La Corée du Nord renforce ses capacités nucléaires, selon l’AIEA
information fournie par Reuters 15/04/2026 à 15:23

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un visite la base de production de matériel nucléaire du pays

La Corée du Nord a réalisé des progrès "très importants" dans sa capacité ‌à produire des armes nucléaires, avec l'ajout probable d'une nouvelle installation d'enrichissement d'uranium, alors qu'elle a intensifié ses activités dans un complexe clé, a déclaré mercredi ​le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi.

L’enrichissement de l’uranium est considéré comme une voie alternative et, selon les experts, plus efficace pour obtenir des matières de qualité militaire, par rapport au retraitement du plutonium usé.

S'exprimant à Séoul, Rafael Grossi a confirmé une augmentation rapide de l'activité au niveau du ​réacteur de 5 mégawatts, de l'unité de retraitement, d'un réacteur à eau légère et d'autres installations du complexe nucléaire nord-coréen de Yongbyon.

LE PROGRAMME ESTIMÉ À QUELQUES DIZAINES D'OGIVES

Le programme nucléaire de la Corée du Nord ​a été estimé à quelques dizaines d’ogives, a-t-il déclaré lors d’une conférence de ⁠presse, citant des signes d’activité tels que le fonctionnement d’un réacteur à eau légère et la mise en service d’autres installations en dehors de ‌Yongbyon.

"Tous ces éléments indiquent une augmentation très sérieuse des capacités de la RPDC dans le domaine de la production d’armes nucléaires", a déclaré Rafael Grossi, utilisant l’acronyme du nom officiel de la Corée du Nord, la République populaire démocratique de Corée.

L'agence avait ​observé la construction d'une nouvelle installation similaire aux halls d'enrichissement ‌d'uranium de Yongbyon, a-t-il ajouté, précisant que l'analyse des caractéristiques externes montrait une expansion significative de la capacité ⁠d'enrichissement.

Rafael Grossi a déclaré lors d’une réunion des gouverneurs de l’agence ce mois-ci que celle-ci surveillait un nouveau bâtiment à Yongbyon présentant des similitudes avec une installation d’enrichissement située à Kangson, un autre site nucléaire clé près de la capitale Pyongyang.

IMAGERIE SATELLITE ET ÉVALUATIONS DE L’AIEA

Des images satellites datant d'avril corroborent l'évaluation de ⁠l'AIEA, a déclaré lundi le Centre ‌d’études stratégiques et internationales (Center for Strategic and International Studies, CSIS), basé aux États-Unis.

Celles-ci montrent l’achèvement d’une installation suspectée d’enrichissement d’uranium capable ⁠de produire des matières de qualité militaire, selon un rapport du centre.

Mercredi, Rafael Grossi a déclaré que l'agence n'avait trouvé aucune preuve de l'utilisation de technologie ‌russe dans le programme d'armes nucléaires de la Corée du Nord.

Les références à une coopération dans le pacte signé l’an dernier entre les ⁠deux pays semblent limitées à des projets nucléaires civils, même s’il est encore trop tôt pour tirer des ⁠conclusions définitives, a-t-il ajouté.

"S’engager sur la ‌voie des armes nucléaires n’apporterait jamais davantage de sécurité à aucun pays", a déclaré Rafael Grossi, mais pourrait au contraire déclencher une prolifération.

LE PROGRAMME DE SOUS-MARINS NUCLÉAIRES ​DE LA CORÉE DU SUD

Évoquant le programme sud-coréen de construction de sous-marins nucléaires, Rafael ‌Grossi a déclaré avoir invité Séoul à travailler en étroite collaboration avec l'agence afin d'éviter les risques de prolifération, des discussions officielles devant débuter à ce sujet.

Les réacteurs navals posent des ​défis particuliers, car le combustible nucléaire embarqué sur les sous-marins peut rester hors inspection pendant de longues périodes en mission.

"Il est essentiel que cette activité ne favorise pas la prolifération des armes nucléaires", a déclaré Rafael Grossi, ajoutant que l’AIEA chercherait à obtenir une "garantie absolue" contre tout détournement de matières.

Le ministre ⁠sud-coréen des Affaires étrangères, Cho Hyun, a réaffirmé lors d’une rencontre avec Rafael Grossi que son pays coopérerait avec l’AIEA en toute transparence sur le projet de sous-marins nucléaires, en tant que partie au Traité de non-prolifération ayant adopté le plus haut niveau de mesures de garanties, a déclaré le ministère dans un communiqué.

Les ambitions de Séoul en matière de sous-marins à propulsion nucléaire ont avancé après la finalisation, en novembre dernier, par le président Lee Jae Myung et le président américain Donald Trump, de mesures conjointes sur le commerce et la sécurité, Washington ayant approuvé le projet de construction des sous-marins.

(Kyu-seok Shim et Joyce Lee, ​version française Elena Smirnova, édité par Augustin Turpin)