La Corée du Nord dément toute implication dans le "casse" de Binance
information fournie par Reuters 03/11/2026 à 11:25

La Corée du Nord a démenti mardi toute implication dans la cyberattaque qui a visé Binance, la plus grande plateforme d'échange de cryptomonnaies au monde, dénonçant une "rhétorique absurde" de la part du FBI qui accuse Pyongyang.

Des pirates informatiques ont dérobé au total 6,3 milliards de dollars (5,56 milliards d'euros), un vol d'une ampleur sans précédent qui a contraint Binance à suspendre temporairement les retraits et à s'engager à couvrir l'ensemble des pertes.

Les retraits d'actifs ayant de nouveau été autorisés dimanche, les clients de Binance avaient retiré 4,72 milliards de dollars à la date de lundi, mais la situation s'est depuis "normalisée", a dit mardi le co-directeur général de Binance, Richard Teng, en marge de la "Fintech Week" à Hong Kong.

"La santé financière de la compagnie est très solide", a-t-il assuré, précisant que 95% des jetons affectés avaient été reconstitués. "Nous pouvons couvrir, nous en avons la capacité", a-t-il souligné.

Le FBI a affirmé samedi dernier dans un communiqué que la Corée du Nord était l'instigatrice de ce "hold-up" spectaculaire survenu "aux alentours du 29 octobre".

Le Bureau d'enquêtes fédéral a dit avoir constaté que des pirates informatiques nord-coréens, connus sous le nom de TraderTraitor, avaient converti les fonds dérobés en ether, cryptomonnaie du réseau Ethereum, et qu'il s'attendait à d'autres opérations de blanchiment d'actifs virtuels via notamment des conversions instantanées.

La police fédérale américaine a publié une liste de quelque 500 adresses Ethereum utilisées selon elles pour blanchir les tokens siphonnés.

UN MODE DE FINANCEMENT

"Le FBI essaye de faire passer la République populaire démocratique de Corée du Nord pour un 'Etat cybercriminel' en affirmant avoir obtenu des informations selon lesquelles une organisation cybercriminelle 'soutenue' par la RPDC est impliquée dans l'incident", a réagi Kim Yo Jong, l'influente soeur du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un.

"L'assertion américaine est une rhétorique absurde, rien de nouveau", a-t-elle ajouté, selon des propos relayés par l'agence de presse officielle KCNA.

"C'est une grave provocation politique contre la RPDC que les Etats-Unis trompent ainsi l'opinion publique internationale, comme si tous les cybercrimes commis dans le monde étaient de notre fait", a-t-elle martelé.

Selon des experts de la cybersécurité, les pirates informatiques nord-coréens sont parmi les plus actifs des cybercriminels en matière de vol d'actifs virtuels. Des actifs qui permettent selon eux de financer le programme nucléaire militaire et le programme de missiles balistiques de Pyongyang.

La Corée du Nord s'est rendue coupable cette année du vol de quelque 7,6 milliards de dollars de cryptomonnaies, selon une estimation d'Elliptic, société britannique d'analyse de la blockchain.

"Du fait des sanctions, le vol de cryptomonnaie est devenu l'un des canaux majeurs de financement de la Corée du Nord pour le maintien du régime et le développement des armements", explique Lim Eul-chul, professeur à l'université de Kyungnam, en Corée du Sud.

Selon les calculs de la Banque centrale sud-coréenne, le produit intérieur brut de la Corée du Nord s'établissait à quelque 35,09 milliards de dollars en 2025, ce qui ferait du vol présumé des actifs de Binance environ le sixième de son PIB.

La société d'analyse de la blockchain Chainalysis estime que 89% des pertes de cryptomonnaies consécutives à des piratages en 2026 sont liées à la Corée du Nord, alors que cette évaluation n'était "que" de 15% en 2021.

(Reportage Jack Kim, Kyu-seok Shim et Maggie Grether à Séoul; Rae Wee et Ankur Banerjee à Singapour; Summer Zhen à Hong Kong; version française Sophie Louet)