La confiance est "détruite" : le patronat fustige les concessions du gouvernement au Parti socialiste dans le budget 2026
information fournie par Boursorama avec Media Services 19/01/2026 à 14:49

Les différentes organisations patronales sont d'accord : le budget 2026 et les mesures qui visent les entreprises constituent une rupture des promesses du gouvernement.

( AFP / THOMAS SAMSON )

"Renoncement", "rupture de la parole donnée", "cuisine politicienne"... Les organisations patronales n'ont pas de mots assez durs pour qualifier le projet de budget 2026 du gouvernement, marqué par des concessions concessions accordées par Sébastien Lecornu au PS pour éviter la censure qui font porter l'effort sur les entreprises .

Tout un message : le président du Medef, Patrick Martin, a posté dimanche sur X une photographie du livre "Bocuse" de Gautier Battistella, retraçant l'histoire du célèbre chef étoilé, décédé en 2018. "Ça, c'était de la grande cuisine, celle qui plaçait la France en haut du podium mondial! Pas celle, politicienne, qui pour flatter l'opinion accable les entreprises et va tous nous reléguer dans les profondeurs du classement : pouvoir d'achat, innovation, compétitivité", a lancé le leader patronal.

Le vœu qu'il exprimait vendredi dans un communiqué, ne pas avoir de "contreparties fiscales" aux annonces en faveur du pouvoir d'achat faites par le Premier ministre, n'a pas été exaucé.

Le retour de la surtaxe d'impôt sur les sociétés (IS) pour les grandes entreprises -les ETI, entreprises de taille intermédiaire, seront cette fois épargnées- pour un montant d'environ 8 milliards d'euros, exaspère particulièrement. En effet, il avait été promis aux entreprises que cet impôt, initié dans le budget 2025, qui touche notamment le luxe et les banques, ne serait pas reconduit.

Une parole politique qui n'a "plus aucune valeur"

Il n'est même pas garanti que ce sera la dernière fois. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, avait ainsi souligné, le 10 janvier sur France Inter, "la justification de certaines mesures ciblées et temporaires tant que le déficit public n'est pas revenu sous 3%" du PIB , prenant justement en exemple cette surtaxe. Or le déficit public ne reviendra pas sous 3% avant 2029.

Quant à la baisse progressive de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises), un impôt de production dont les gouvernements successifs promettent depuis 2022 l'éradication d'ici la fin du quinquennat, elle ne baissera pas en 2026, contrairement aux engagements du budget initial.

Même si les entreprises adhérentes de la CPME, deuxième organisation patronale, ne sont pas concernées directement par la surtaxe d'IS, "on sait bien qu'il y aura des répercussions sur les sous-traitants" PME, estime auprès de l'AFP son président, Amir Reza-Tofighi.

Surtout, ces revirements sont "un signal terrible pour la parole politique : ça veut dire qu'elle n'a plus aucune valeur" , ajoute-t-il. La CPME appellera en définitive à ce que "le budget soit validé : mieux vaut ce budget que pas de budget. Mais c'est un budget de renoncement", insiste-t-il.

Menaces de délocalisation

L'Afep (Association française des entreprises privées), lobby puissant autant que discret, ne commentait pas les mesures, lundi. Néanmoins, un représentant des grandes entreprises, proche de cette association, jugeait également auprès de l' AFP que le maintien de la surtaxe d'IS "constitue une rupture de la parole donnée qui détruit la confiance" .

"Seize milliards d'euros en moins dans l'économie en deux ans, c'est autant qui ne se diffuseront pas vers les sous-traitants, ne soutiendront pas la dynamique salariale et ne financeront pas l'innovation et l'investissement productif en France", estimait-il.

À un moment, ajoutait ce représentant, où "la période de tension géopolitique et d'affrontements commerciaux, technologiques et armés que nous traversons" nécessite, pour "réduire nos dépendances, un effort historique de production, d'innovation et de compétitivité".

"On ne grandit pas un pays en attaquant ses champions" , estimait-il encore, concluant par un avertissement : "Les décisions d'implantation et d'allocation de capital (des entreprises, NDLR) se prennent maintenant pour les cinq prochaines années. Elles se prendront ailleurs".

Patrick Martin pour sa part semblait vouloir tourner la page du budget lundi après-midi, indiquant sur X que "les priorités présentées par Emmanuel Macron à la veille du Sommet de Davos" sont aussi "celles des entreprises que représente le Medef : promouvoir notre industrie de défense, simplifier, investir dans l'innovation : nous serons en appui de chacun de ces combats".