La clause d'assistance mutuelle de l'UE est sans ambiguïté, dit Macron en Grèce information fournie par Reuters 25/04/2026 à 14:39
(Actualisé avec déclarations supplémentaires, précisions et contexte)
La clause d'assistance mutuelle de l'Union européenne est sans ambiguïté, a déclaré samedi le président Emmanuel Macron, lors d'une visite à Athènes dans le cadre du renouvellement du partenariat stratégique signé entre la France et la Grèce en 2021.
S'exprimant lors d'une conférence de presse commune avec le Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis, le chef de l'Etat français a dit à la presse : "Sur l'article 42 paragraphe 7 (...), je crois que pour nous il est clair et qu'il y a pas d'interprétation, d'ambiguïté, si je puis dire sur cet article".
Cet article du Traité sur l'Union européenne stipule qu'"au cas où un État membre serait l'objet d'une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir".
Contrairement à l'article 5 du pacte de défense collective de l'Otan, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord, la clause d'assistance mutuelle de l'UE ne s'appuie sur aucun plan opérationnel ni sur aucune structure militaire. Elle n'a été activée qu'une seule fois, par la France en 2015, après les attentats du 13 novembre à Paris, qui avaient fait plus de 130 morts.
Les dirigeants de l'UE ont demandé aux responsables du bloc communautaire d'élaborer un plan expliquant la manière dont fonctionnerait la clause d'assistance mutuelle dans un contexte de doutes quant à la poursuite de l'engagement des Etats-Unis envers l'Otan.
Le président américain Donald Trump a encore exprimé ce mois-ci sa frustration à l'égard de l'Otan lors d'une réunion privée avec le secrétaire général de l'alliance transatlantique, Mark Rutte, dans un contexte de tensions accrues entre les Etats-Unis et leurs alliés traditionnels en raison de la guerre en Iran.
Mécontent que des pays de l'Otan n'aient pas répondu favorablement à sa demande d'aider à garantir la liberté de circulation dans le détroit d'Ormuz en marge de la campagne militaire lancée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février, Donald Trump avait dit à Reuters envisager "absolument" de se retirer de l'alliance, qu'il avait déjà critiquée à plusieurs reprises par le passé.
Par ailleurs, face aux menaces formulées par Donald Trump en début d'année de s'emparer du Groenland, territoire autonome du royaume du Danemark, les pays de l'UE ont été incités à revoir les dispositions relatives à l'assistance mutuelle au sein des Etats membres.
Emmanuel Macron et Kyriákos Mitsotákis ont tous deux affirmé que les efforts visant à renforcer la défense au niveau de l'UE devaient être considérés comme venant en complément de l'Otan, et non comme un substitut.
"L'Otan apporte des choses et nous n'avons jamais considéré que nos alliances, nos partenariats, où l'Union européenne était une alternative à l'Otan, quelque chose pour supprimer l'Otan. L'Otan, c'est une alliance plus large", a déclaré Emmanuel Macron.
"Je dirais que l'Otan et les Etats-Unis devraient se réjouir que l'Europe prenne au sérieux son autonomie stratégique et investisse davantage dans sa défense. Nous renforçons ainsi le pilier européen de l'Otan", a déclaré, pour sa part, Kyriákos Mitsotákis.
PARTENARIAT ENTRE PARIS ET ATHÈNES
Emmanuel Macron est par ailleurs revenu sur le partenariat signé en 2021 avec la Grèce, estimant que Paris avait su réagir à l'époque aux menaces qui émergaient et qui touchaient Athènes.
"Ce partenariat, aujourd'hui, nous ne venons pas simplement de le consacrer, mais de l'élargir par la signature d'un partenariat stratégique global renforcé", a déclaré le chef de l'Etat français.
"Avec, en matière d'innovation, là aussi un renforcement de nos liens, la dimension nouvelle que représente la dissuasion avancée que j'ai annoncé il y a quelques semaines, qui a fait l'objet d'un travail intense entre nos équipes et que nous allons poursuivre et qui permet d'ancrer ce lien stratégique entre la Grèce et la France", a poursuivi Emmanuel Macron, ajoutant que les échanges franco-grecques ont doublé en dix ans.
Concernant le conflit en cours au Moyen-Orient, Emmanuel Macron a dit vouloir une Europe plus forte qui puisse peser, tout en appelant de ses voeux à la paix.
"Face à la situation que nous connaissons au Moyen-Orient, nous appelons l'un et l'autre au retour de la paix, au maintien du cessez-le-feu, incluant le Liban, à la poursuite des négociations diplomatiques pour traiter de la question nucléaire, balistique et des déstabilisations régionales, à la réouverture pacifique du détroit d'Ormuz", a-t-il dit.
RISQUE DE PÉNURIE D'ÉNERGIE?
Invité à réagir aux récentes déclarations de Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies TTEF.PA , qui a mis en garde contre une "ère de pénurie énergétique" dans le monde si la guerre avec l'Iran se prolongeait, Emmanuel Macron a dit vouloir se garder de faire de la politique fiction.
"On est tous embarqués dans la même galère et cette galère, on ne l'a pas choisie, si je puis dire. Nous subissons la géopolitique et nous subissons cette guerre qui a été enclenchée il y a maintenant plusieurs mois", a-t-il rappelé.
"Je crois pouvoir vous dire, à ce stade, que la situation, elle, est contrôlée (...) qu'on a mis en place des dispositifs d'aide sectorielle et un accompagnement pour les plus grands rouleurs, qu'aujourd'hui la situation ne nous fait envisager aucune pénurie et qu'on consacre plutôt notre énergie pour rouvrir le plus vite possible Ormuz".
Patrick Pouyanné, qui appelle à un renforcement des chaînes d'approvisionnement énergétique, a déclaré vendredi, lors d'une intervention à la World Policy Conference organisée par l'Institut français des relations internationales (Ifri) près de Paris, que de nouveaux investissements étaient nécessaires dans les infrastructures de transport de l'énergie.
"Nous avons désormais absorbé tout le surplus. Si la situation perdure encore deux ou trois mois, nous entrerons dans une ère de pénurie énergétique, comme celle que subissent déjà certains pays asiatiques", a-t-il prévenu.
"La pénurie n'est pas encore présente dans le bassin atlantique (...) mais on ne peut pas se permettre de laisser 20% des réserves mondiales de pétrole et de gaz inaccessibles sans conséquences majeures", a-t-il ajouté.
Plus d'une dizaine de pays se sont déclarés prêts à rejoindre une mission internationale menée par la France et le Royaume-Uni pour protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz lorsque les conditions le permettront.
(Rédigé par Claude Chendjou, avec la contribution de Makini Brice et Daria Sito-Sucic)