La Chine lance des exercices militaires autour de Taïwan, inquiétudes à Washington et Tapei
information fournie par Reuters 14/10/2024 à 10:32

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L'armée chinoise dit que ces exercices sont un "avertissement"

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Le président taïwanais Lai Ching-te dénonce les mesures prises par la Chine

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Les garde-côtes chinois pénètrent dans des eaux à l'accès limité dans l'île de Matsu

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Washington suit l'évolution de la situation, selon un représentant de Joe Biden

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par Ben Blanchard et Yimou Lee

L'armée chinoise a mené lundi une nouvelle série de manoeuvres militaires près de Taïwan présentées comme un avertissement aux "actes séparatistes des forces indépendantistes de Taïwan", une opération condamnée par Washington et le gouvernement de Taipei.

Taïwan était en état d'alerte depuis le discours prononcé la semaine dernière par son président Lai Ching-te, à l'occasion de la fête nationale, au cours duquel ce dernier a estimé que la Chine n'avait pas le droit de représenter l'île.

Pékin, qui qualifie le président taïwanais démocratiquement élu de "séparatiste", considère Taïwan comme faisant partie intégrante de son territoire.

Le commandement du théâtre oriental de l'armée chinoise a précisé que les exercices "Joint Sword-2024B" se déroulaient dans le détroit de Taïwan et dans les régions situées au nord, au sud et à l'est de Taïwan.

"Ces exercices constituent également un important avertissement contre les actes séparatistes des forces indépendantistes de Taïwan. Il s'agit d'une opération légitime et nécessaire pour sauvegarder la souveraineté de l'État et l'unité nationale", indique l'armée chinoise dans un communiqué publié en chinois et en anglais.

Par ailleurs, Pékin a annoncé lundi avoir pris des sanctions à l'égard de Robert Tsao, un homme d'affaires et élu taïwanais, accusé par la Chine d'activités criminelles et indépendantistes présumées.

L'armée chinoise n'a fourni aucun calendrier pour la fin de ses exercices militaires. Elle a publié une carte montrant neuf zones autour de Taïwan où se déroulaient les manoeuvres : deux sur la côte est de l'île, trois sur la côte ouest, une au nord et trois autour d'îles contrôlées par Taïwan et situées à proximité de la côte chinoise.

Des navires de guerre, des contre-torpilleurs et des avions chinois s'approchent de Taïwan "à proximité immédiate depuis différentes directions", en se concentrant sur des patrouilles de préparation au combat mer-air, en bloquant des ports et des zones clés, et en attaquant des cibles maritimes et terrestres, a-t-elle ajouté.

Un communiqué militaire a par la suite confirmé que le porte-avions chinois Liaoning et ses navires de soutien opéraient également à l'est de Taïwan.

Les exercices ne se déroulent toutefois pas à balles réelles ni sur des zones interdites de survol. En 2022, peu après la visite à Taïwan de la présidente d'alors de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Nancy Pelosi, la Chine avait tiré des missiles au-dessus de l'île.

INCURSIONS DES GARDE-CÔTES

La chaîne de télévision publique chinoise CCTV a rapporté que des garde-côtes chinois avaient encerclé Taïwan et organisé des patrouilles de "maintien de l'ordre" à proximité des îles taïwanaises de Matsu et Dongyin. Elle a également expliqué qu'ils avaient pénétré pour la première fois dans les "eaux à l'accès restreint" de l'île de Matsu afin de "détruire complètement" les frontières fixées par les autorités taïwanaises.

CCTV a ajouté que la Chine "pourrait effectuer des patrouilles régulières de maintien de l'ordre autour de Matsu à l'avenir".

D'après des responsables, le Conseil de sécurité nationale mené par Lai Ching-te s'est réuni lundi pour discuter de la situation.

Le président taïwanais a condamné ces exercices et a déclaré qu'ils étaient "destinés à saper la paix et la stabilité régionales et à continuer à contraindre les pays voisins par la force".

"Le recours à la force militaire pour menacer d'autres pays va à l'encontre de l'esprit fondamental de la charte des Nations unies, qui est de résoudre pacifiquement les différends", a déclaré pour sa part à la presse le secrétaire général du Conseil national de sécurité, Joseph Wu.

D'après les médias d'État chinois, l'armée a procédé à des tirs de missiles simulés, tandis que des avions de chasse ont "ouvert des couloirs d'assaut aérien" et des bombardiers ont effectué des missions à long rayon d'action.

Dans une vidéo de propagande, le commandement du théâtre oriental a exposé une caricature de Lai Ching-te avec des oreilles pointues en forme de diable.

"PROVOCATIONS FLAGRANTES"

Le Conseil taiwanais des affaires continentales, qui élabore la politique à l'égard de la Chine, a déclaré que les récentes manoeuvres militaires de Pékin et son refus de renoncer à l'usage de la force constituaient des "provocations flagrantes" qui compromettent gravement la paix et la stabilité régionales.

Le bureau du président de Taïwan a estimé de son côté que Pékin devait reconnaître l'existence de la République de Chine - le nom officiel de Taïwan - et respecter le choix du peuple taïwanais en faveur d'un mode de vie libre et démocratique.

La Chine doit "s'abstenir de toute provocation militaire susceptible de perturber le statu quo de la paix et de la stabilité dans la région et de menacer les libertés démocratiques de Taïwan", est-il écrit dans son communiqué.

Des représentants de l'administration du président américain Joe Biden ont dit, pour leur part, que Washington surveillait les exercices de la Chine et que rien ne justifiait leur tenue après le discours de Lai Ching-te, considéré comme "normal".

"Nous appelons la RPC à agir avec retenue et à éviter toute nouvelle action susceptible de compromettre la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan et dans l'ensemble de la région, ce qui est essentiel à la paix et à la prospérité dans la région et constitue un sujet de préoccupation internationale", a déclaré le porte-parole du département d'Etat américain, Matthew Miller, en utilisant les initiales de la République populaire de Chine, le nom officiel de la Chine.

Un haut responsable taïwanais de la sécurité, s'adressant à Reuters sous couvert d'anonymat, a déclaré que la Chine s'employait à bloquer les ports taïwanais au nord et au sud de l'île et les voies de navigation internationales, ainsi qu'à repousser l'arrivée de forces étrangères.

Le regain de tensions entre la Chine et Taïwan n'a pas provoqué de remous à la Bourse de Taïwan où l'indice de référence .TWII a fini sur un gain de 0,32%.

(Reportage Ben Blanchard et Yimou Lee; avec la contribution de Fabian Hamacher à Hsinchu, à Taiwan, bureau de Pékin et Trevor Hunnicutt à Washington; rédigé par Greg Torode et James Pomfret; version française Claude Chendjou, édité par Blandine Hénault)