La Birmanie devant la CIJ pour des accusations de génocide contre les Rohingyas
information fournie par Reuters 12/01/2026 à 03:50

par Stephanie van den Berg

La Birmanie est accusée devant la Cour internationale de justice (CIJ) de génocide contre la minorité musulmane des Rohingyas, un procès historique qui s'ouvre lundi à La Haye et pourrait avoir des répercussions hors du pays d'Asie du Sud-Est, en faisant jurisprudence pour la plainte déposée par l'Afrique du Sud contre Israël pour génocide dans la bande de Gaza.

La plainte a été déposée devant la CIJ en 2019 par la Gambie, pays à majorité musulmane. La Birmanie a nié les accusations la visant.

"Cette affaire devrait vraisemblablement établir un précédent majeur pour la manière dont le génocide est défini et comment il peut être prouvé, et comment remédier aux violations", a déclaré le directeur du Mécanisme onusien d'enquête indépendant pour le Myanmar (IIMM), Nicholas Koumjian, à Reuters.

La Birmanie a lancé en 2017 une campagne militaire brutale qui a contraint au moins 730.000 Rohingyas à fuir vers le Bangladesh voisin. Des massacres, des viols collectifs et des incendies volontaires ont été dénoncés.

Une enquête menée par des experts mandatés par les Nations unies a conclu en 2018 que l'armée birmane a commis des exactions avec une "intention génocidaire" contre la minorité musulmane.

La Birmanie, pays majoritairement bouddhiste, a rejeté les conclusions du rapport de l'Onu, décrivant son offensive militaire comme une campagne légitime de lutte anti-terroriste en réponse à des attaques perpétrées par des combattants musulmans issus de la communauté Rohingya.

Au cours d'audiences préliminaires organisées à la CIJ en 2019, la dirigeante birmane à l'époque, Aung San Suu Kyi, a décrit les accusations de génocide formulées par la Gambie comme "incomplètes et trompeuses".

Une audience inaugurale est prévue lundi à 10h00 (09h00 GMT). Le procès devrait durer trois semaines.

Pour la première fois, les Rohingyas victimes des atrocités présumées seront entendus par une cour internationale, même si les témoignages seront effectués à huis clos pour des raisons de confidentialité et par pudeur.

Secouée en 2021 par un coup d'Etat militaire ayant renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi et à la suite duquel l'armée a mené une répression sanglante des manifestations pro-démocratie, la Birmanie organise actuellement des élections en plusieurs tours. Ce scrutin, le premier depuis le putsch, a été critiqué par l'Onu et par certains pays occidentaux, qui ne le considèrent pas libre.

(Stephanie van den Berg; version française Jean Terzian)