La BCE relève à nouveau ses taux d'intérêt, l'inflation persiste information fournie par Reuters 10/09/2026 à 16:21
La Banque centrale européenne (BCE) a, comme prévu, relevé jeudi ses taux directeurs pour la deuxième fois cette année, la poursuite du conflit au Moyen-Orient menaçant de maintenir l'inflation au-dessus de l'objectif pendant une période plus longue.
Cette décision, largement anticipée par les économistes et les marchés, fait passer le taux de dépôt de 2,25% à 2,50%, celui du refinancement de 2,40% à 2,65% et celui du prêt marginal de 2,65% à 2,90%.
"Le conflit au Moyen-Orient continue d'engendrer des pressions inflationnistes, et l'inflation devrait rester bien au-dessus de l'objectif pendant une période prolongée", a souligné la banque centrale dans son communiqué de politique monétaire.
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L'inflation dans la zone euro s'est accélérée pour atteindre 3,3% le mois dernier, principalement en raison de la hausse des coûts énergétiques liée aux perturbations de la navigation dans le détroit stratégique d'Ormuz, tandis que la dernière escalade du conflit au Moyen-Orient a de nouveau fait grimper le prix du pétrole au-delà des 100 dollars le baril cette semaine.
"Le choc énergétique pourrait encore s'aggraver, et son impact sur les autres prix et les salaires pourrait être plus important que prévu actuellement", a averti Christine Lagarde, présidente de la BCE, lors de sa traditionnelle conférence de presse à l'issue de la décision.
Elle a souligné que les perspectives restaient "très incertaines".
La BCE, qui s'est réunie cette fois-ci à Berlin à l'occasion de son conclave annuel hors de son siège habituel de Francfort, a également revu à la hausse certaines de ses prévisions d'inflation, laissant entendre qu'elle s'attend à ce que le choc énergétique provoqué par la guerre ne s'estompe que lentement.
La banque centrale table sur une inflation de 3% cette année, comme lors de sa dernière prévision de juin, mais de 2,5% l'année prochaine, soit un niveau supérieur aux 2,3% estimés auparavant. Les prix devraient ensuite ralentir pour s'établir à 2,1% en 2028.
Il est toutefois peu probable que ces prévisions tiennent pleinement compte de la dernière flambée des prix de l'énergie, en particulier ceux du gaz naturel, dont dépendent de nombreux pays européens pour le chauffage.
Les marchés s'attendent à plus
Les opérateurs ont renforcé leurs paris sur de nouvelles hausses des taux et tablent désormais sur une augmentation supplémentaire de 60 points de base d'ici la réunion d'avril 2027, contre environ 51 points de base avant l'annonce.
"Dans l'ensemble, la décision d'aujourd'hui indique que le Conseil des gouverneurs est de moins en moins convaincu que 2,5% soit nécessairement le point d'arrivée de ce cycle", souligne Felix Feather, économiste chez Aberdeen.
Sur les marchés financiers, les rendements obligataires amplifient leurs gains après la décision de la BCE, dans un contexte également marqué par la flambée du prix du baril de Brent, qui évolue autour des 105 dollars.
Le rendement du Bund allemand à dix ans gagne 4,3 points de base à 3,4813%, tandis que celui du titre à deux ans, le plus sensible aux anticipations sur les taux, avance de près de 9 points de base à 3,1378%.
Les rendements obligataires à long terme atteignent des sommets jamais vus depuis la crise financière, ce qui reflète non seulement les craintes inflationnistes, mais aussi les inquiétudes concernant la hausse vertigineuse de la dette publique.
En France, le rendement de l'OAT à dix ans avance de plus de 6 points de base à 4,3876%, tandis que celui de l'obligation à 30 ans continue de grimper et a atteint jeudi 5,1%, son plus haut niveau depuis décembre 2003.
"Ce n'est pas un problème propre à l'euro. Ce phénomène s'observe partout dans le monde et résulte de multiples causes", a défendu la cheffe de la banque centrale, ajoutant que cette progression était intégrée dans les projections de l'institution.
Du côté de la croissance, la BCE prévoit désormais que l'économie de la zone euro progressera de 0,9% en 2026, contre une estimation de 0,8% auparavant, de 1,4% en 2027 et de 1,5% en 2028.
L'économie du bloc s'est révélée plus solide que prévu et la croissance du produit intérieur brut (PIB) s'est établie à 0,6% au deuxième trimestre, plus forte qu'initialement annoncé.
Cette résilience, soulignée par Christine Lagarde, pourrait finalement offrir une plus grande marge de manoeuvre à la banque centrale pour lutter contre la hausse des prix.
"Plus important encore que la décision elle-même, c'est que la BCE a profité de cette réunion pour reconnaître que l'économie est plus solide et que les perspectives d'inflation sont plus tenaces qu'elle ne l'avait prévu il y a encore quelques mois", a déclaré Felix Feather, économiste chez Aberdeen.
Francfort a relevé ses coûts d'emprunt en juin pour la première fois depuis près de trois ans, une mesure visant à freiner l'inflation dont le rythme s'accélérait depuis le début de la guerre, fin février.
(Reportage Francesco Canepa et Balazs Koranyi, version française Diana Mandiá, édité par Benoit Van Overstraeten et Jean-Stéphane Brosse)