La BCE maintient ses taux face à l'incertitude liée à la guerre en Iran information fournie par Reuters 19/03/2026 à 17:36
par Francesco Canepa et Balazs Koranyi
La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu jeudi ses trois taux directeurs à leur niveau actuel et a averti que la guerre en Iran assombrissait les perspectives en terme de croissance et d'inflation dans la zone euro.
Les prix du pétrole et du gaz ont bondi depuis le début des frappes américano-israéliennes contre l'Iran, le 28 février, ce qui accroît le risque que la hausse des coûts de l'énergie n'entraîne une augmentation des prix à la consommation et ne freine l'activité économique dans l'ensemble du bloc monétaire, fortement dépendant des importations de carburant.
"La guerre au Moyen-Orient a considérablement accentué l'incertitude entourant les perspectives, créant des risques à la hausse pour l'inflation et des risques à la baisse pour la croissance économique", écrit la BCE dans son communiqué de politique monétaire.
"Elle aura une incidence significative sur l'inflation à court terme via le renchérissement de l'énergie. Ses implications à moyen terme dépendront de l'intensité et de la durée du conflit ainsi que de la manière dont les prix de l'énergie affectent les prix à la consommation et l'économie", poursuit l'institution.
La BCE a cependant fait savoir qu'elle maintenait ses options ouvertes, disant surveiller l'évolution de la guerre et son impact sur la croissance économique sur l'inflation, en incluant et en excluant les prix de l'énergie.
Commentant la décision de la BCE, Christine Lagarde, présidente de l'institution, a souligné que la résilience de la zone euro et la faible inflation actuelle signifiaient que le bloc était "bien positionné" pour faire face à "un choc majeur qui est en train de se produire".
Christine Lagarde a également noté que les responsables de la banque suivaient de près l'évolution des marchés de l'énergie et des matières premières et leur influence sur les revendications salariales, le comportement des consommateurs et la fixation des prix par les entreprises.
LES MARCHÉS ACTIONS SOUFFRENT
Sur les marchés financiers, les grands indices boursiers en Europe sont restés en forte baisse après la décision de la BCE. Le CAC 40 parisien reculait de 1,95%, le Dax à Francfort de 2,27%, le FTSE à Londres de 2,36% et l'indice paneuropéen Stoxx 600 de 2,24%, à l'approche de la clôture.
Parallèlement, l'euro s'est apprécié davantage, gagnant 0,51% à 1,1506 dollar, la BCE ayant indiqué qu'elle surveillait de près les risques pour la croissance et l'inflation liés à la flambée des cours de l'énergie.
Les banques centrales des Etats-Unis, du Canada, du Japon, du Royaume-Uni, de la Suède et de la Suisse ont publié mercredi et jeudi des messages globalement similaires.
Les marchés financiers anticipent désormais une inflation proche de 4% dans la zone euro au cours de l'année prochaine, tandis qu'un retour à l'objectif à moyen terme de 2% fixé par la BCE devrait prendre des années.
Les traders prévoient deux ou trois hausses de taux directeurs de la BCE d'ici décembre, pariant sur le fait que la BCE n'acceptera pas une nouvelle flambée inflationniste alimentée par la guerre. La zone euro avait été durement touchée par la hausse des prix après l'invasion de l'Ukraine par la Russie il y a quatre ans.
Mais pour la plupart des économistes sondés par Reuters, la BCE devrait opter pour un statu quo sur ses taux tout au long de cette année.
Avec la décision prise ce jeudi, le taux de dépôt reste ainsi à 2,0% et celui du refinancement à 2,15%, alors que l'inflation en zone euro a été confirmée en février à 1,9% sur un an.
DE NOUVELLES PRÉVISIONS ET HYPOTHÈSES
Les projections trimestrielles actualisées de la BCE prévoient désormais une inflation à 2,6% en 2026, à 2,0% en 2027 et à 2,1% en 2028. La croissance économique, quant à elle, devrait s'établir à 0,9%, 1,3% et 1,4%.
La BCE a par ailleurs élaboré plusieurs hypothèses concernant l'évolution de l'inflation. Selon l'une d'elles, la hausse des prix en zone euro pourrait atteindre 4,8% l'année prochaine si les cours du pétrole et du gaz continuent d'augmenter et si les taux directeurs ne bougent pas.
Dans le scénario le plus pessimiste de la BCE, le prix du pétrole atteindrait près de 150 dollars le baril et celui du gaz 110 euros par mégawatt-heure au deuxième trimestre 2026, ce qui porterait l'inflation globale à 4,4% cette année, 4,8% l'année prochaine et 2,8% en 2028.
"Les hausses importantes de l'inflation, notamment dans le scénario le plus pessimiste, seraient probablement compensées en partie par un resserrement de la politique monétaire ou par des mesures de soutien budgétaire susceptibles de faire baisser les prix de l'énergie pour les consommateurs", indique la BCE dans ses nouvelles hypothèses publiées après la conférence de Christine Lagarde.
"Les implications pour l'inflation à moyen terme dépendent de manière cruciale de l'ampleur des effets indirects et de second tour d'un choc énergétique plus important et plus persistant", avait auparavant expliqué la BCE dans son communiqué.
Dans une note, les économistes de Barclays estiment que la BCE relèvera ses taux si le cours du pétrole Brent se stabilise autour de 100 dollars le baril, contre 111,3 dollars jeudi, et celui du gaz naturel à 70 euros le mégawattheure, soit légèrement au-dessus des prix actuels.
"L'expérience de la crise énergétique de 2022 et les attentes des consommateurs encore marquées par cet épisode pourraient inciter la BCE à relever ses taux plus rapidement si les pressions énergétiques persistent", prédit pour sa part Fabio Balboni, économiste chez HSBC.
Isabel Schnabel, membre de la BCE très en alerte sur un risque de résurgence de l'inflation, a également mis en garde contre les séquelles de cet épisode sur les ménages et les entreprises. Elle a toutefois souligné que les politiques monétaires et budgétaires n'étaient pas cette fois-ci accommodantes, ce qui devrait limiter les pressions inflationnistes.
HAUSSE DES RENDEMENTS SOUVERAINS
Les marchés obligataires se préparent cependant déjà à une hausse des emprunts publics en réponse à la crise actuelle, ce qui viendrait s'ajouter aux projets de dépenses militaires et d'infrastructures prévus en Allemagne.
Le rendement du Bund allemand, référence pour la zone euro, prenait jeudi neuf points de base (pb), à 2,5356%, sur la maturité à deux ans, la plus sensible aux fluctuations sur les taux, après avoir grimpé en séance à 2,618%, soit un bond de 18 pb.
La hausse actuelle des rendements des obligations d'État devrait faire grimper les coûts d'emprunt pour les entreprises et les ménages de la zone euro, avant même un éventuel relèvement des taux de la BCE.
L'institution de Francfort devrait toutefois s'accommoder, au moins dans un premier temps, à un resserrement des conditions du crédit.
"L'objectif à ce stade doit être d'empêcher les effets de second tour – la hausse des anticipations d'inflation et, en particulier, leur répercussion sur les salaires", explique Spyros Andreopoulos, fondateur du cabinet de conseil en macroéconomie Thin Ice.
(Version française Claude Chendjou, édité par Blandine Hénault)