La BCE maintient inchangés ses taux directeurs, minimise l'impact d'un euro fort
information fournie par Reuters 05/02/2026 à 16:42

PHOTO D'ARCHIVES : Répétition de l'illumination du bâtiment de la BCE célébrant l'adhésion de la Bulgarie à la zone euro

La Banque centrale européenne (BCE) a, comme prévu, laissé jeudi ses taux directeurs à leur niveau actuel, réaffirmant que l'inflation devrait se stabiliser autour de son objectif et minimisant l'impact de la vigueur de l'euro sur la politique monétaire.

Il s'agit de la cinquième pause d'affilée ‍dans le cycle d'assouplissement monétaire de l'institut de Francfort après des décisions similaires en juillet, septembre, octobre et décembre.

Le taux de dépôt reste ainsi à 2,0% et celui du refinancement à 2,15%, alors que l'inflation en zone euro oscille autour de 2%, cible de la banque centrale, depuis au moins un an.

"L'évaluation actualisée (du Conseil des gouverneurs) confirme une nouvelle fois que ‌l'inflation devrait se stabiliser au niveau de son objectif de 2% à moyen terme. L'économie continue de résister dans un environnement mondial difficile", a souligné la BCE dans un communiqué.

La banque centrale note que la croissance est soutenue par le faible niveau de chômage, la solidité des bilans dans le secteur privé, le déploiement progressif des ​dépenses publiques supplémentaires consacrées à la défense et aux infrastructures et les effets bénéfiques des réductions passées des taux d'intérêt directeurs.

Cependant, elle prévient que les perspectives restent ⁠incertaines, "en particulier en raison des incertitudes entourant les politiques commerciales au niveau mondial et des tensions géopolitiques".

La présidente de l'institution, Christine Lagarde, a également noté lors de la traditionnelle conférence de presse qui suit l'annonce sur les taux que "les perspectives en matière d'inflation restent plus incertaines que d'habitude ⁠en raison de l'instabilité de l'environnement politique mondial".

Les derniers chiffres sur ‍l'inflation dans le bloc monétaire montrent un indice des prix à la consommation à 1,7% sur un an en janvier, son ⁠plus bas niveau depuis septembre 2024.

L'inflation pourrait continuer à ralentir cette année, ce qui rappellerait les difficultés rencontrées par la BCE pour stimuler la croissance des prix au cours de la décennie précédant la pandémie de COVID-19.

L'EURO SURVEILLÉ

La vigueur de la monnaie européenne, qui a franchi le mois dernier la barre de 1,20 dollar pour la première fois depuis 2021, suscite ​également des doutes car un euro fort réduit les coûts d'importation, en particulier ceux de l'énergie, et freine l'inflation à un moment où celle-ci est déjà légèrement inférieure à l'objectif de la BCE.

Christine Lagarde a précisé que l'institution avait discuté du taux de change et qu'elle surveillait avec attention son évolution, mais a minimisé son impact sur les décisions futures de ⁠la banque centrale, ajoutant que les fluctuations du taux de change depuis l'année dernière étaient intégrées dans le scénario de référence de Francfort.

"Un euro plus fort pourrait ​faire baisser l'inflation au-delà des prévisions actuelles, tandis que des marchés financiers plus volatils et plus réticents au risque pourraient ​peser sur la demande et ainsi également faire ​baisser l'inflation", a-t-elle déclaré.

La volatilité des marchés des matières premières, la récente recrudescence des tensions commerciales autour du Groenland - bien que brève - et les changements à venir à la tête ​de la Réserve fédérale américaine (Fed) sont d'autres facteurs susceptibles d'ajouter à l'incertitude.

CROISSANCE SOLIDE

L'économie de la zone ⁠euro a quant à elle progressé plus que prévu au quatrième trimestre de 2025, l'accélération de la consommation et des investissements ayant compensé la faiblesse des exportations et l'incertitude liée à la politique commerciale américaine, selon la première estimation d'Eurostat.

La BCE a relevé en décembre ses prévisions de croissance économique, disant se trouver dans une situation favorable du point de vue de la politique monétaire, un message qu'elle a réitéré jeudi.

La dernière baisse des taux de la BCE remonte à la réunion du 5 juin de l'année dernière où les coûts d'emprunt avaient été réduits ‌de 25 points de base.

Tous les économistes interrogés par Reuters le mois dernier avaient estimé que la BCE maintiendrait ses taux directeurs inchangés à l'issue de la réunion de ce mois-ci.

"C'est l'une de ces occasions où les banques centrales doivent faire preuve d'un bon sens de l'équilibre pour peser le pour et le contre. Laisser les taux directeurs inchangés semble être la bonne décision. Il existe certes des vulnérabilités externes, mais aussi une résilience interne, en partie grâce aux dépenses de défense et d'infrastructure de l'Allemagne", signale Mark Wall, analyste chez Deutsche Bank.

Sur les marchés financiers, les rendements des obligations d'Etat de la zone euro sont stables après la décision de politique monétaire.

L'euro est lui quasi inchangé (+0,03%), à 1,1809 dollar.

(Rédigé par ‌Balazs Koranyi, version française Diana Mandiá, édité par Blandine Hénault)