La bataille climatique contre le méthane pourrait contribuer à atténuer la crise énergétique information fournie par AFP 04/05/2026 à 17:03
Des responsables gouvernementaux ont réclamé lundi une action plus rapide du secteur des énergies fossiles pour réduire les émissions de méthane, soulignant qu'elle permettrait à la fois de freiner le changement climatique et de fournir d'énormes quantités de gaz pour atténuer la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient.
Dans le cadre de la présidence tournante du G7, la France a réuni lundi à Paris des responsables gouvernementaux, dirigeants d'entreprise et experts pour relancer la mobilisation avant le sommet climatique de l'ONU de la COP31, en novembre.
Deuxième contributeur du changement climatique après le CO2, le méthane a un pouvoir de réchauffement environ 80 fois supérieur sur vingt ans. Mais sa durée de vie plus courte fait de sa réduction une source de "bénéfices climatiques significatifs à court terme", souligne lundi l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans son rapport annuel Global Methane Tracker.
Inodore et invisible, le méthane est la molécule du gaz naturel qui s'échappe notamment des infrastructures pétrogazières, de l'agriculture et des décharges.
Dans son discours d'ouverture, la ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, a dit espérer que les discussions du jour permettraient "d'unir nos forces pour accélérer la mise en œuvre de solutions efficaces visant à réduire les émissions de méthane".
- "Aucun signe" de baisse -
Près de 160 pays se sont engagés à les réduire de 30% d'ici 2030, mais le monde est encore "très loin" de l'objectif, selon la ministre. Environ 60% des émissions mondiales de méthane sont imputables à l’activité humaine, l'agriculture en tête, suivie de l'énergie.
"Il n'y a toujours aucun signe" montrant que les émissions du secteur des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) baissent malgré des solutions d'atténuation "bien connues et éprouvées", indique l'AIE dans son rapport.
Les émissions de ce secteur - issues notamment de fuites ou d'opérations volontaires de dégazage ou de torchage - se sont maintenues à des "niveaux très élevés" en 2025, représentant 35% du méthane anthropique.
Pourtant, la détection et réparation des fuites ou la limitation des torchages de routine permettraient d'éviter 30% des émissions liées aux combustibles fossiles, "à coût nul", le gaz capturé pouvant être revendu, selon l'AIE.
Ainsi, en pleine crise énergétique, "s'attaquer au méthane pourrait également aider les pays à renforcer la sécurité des marchés gaziers", a affirmé l'agence.
La crise énergétique "donne certainement à chacun une raison supplémentaire d'agir avec célérité", a déclaré à l'AFP la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley. "La question est de savoir si une partie de ce gaz peut être mis en production à court ou moyen terme, en tout cas plus rapidement qu'il ne faudrait pour réparer certaines des installations de production" endommagées par la guerre, a-t-elle ajouté.
Le commissaire européen à l'Énergie, Dan Jorgensen, a aussi souligné l'intérêt de lutter contre ce "gaspillage". "La réduction du méthane et la sécurité énergétique ne sont pas des priorités concurrentes", a-t-il dit.
La guerre contre l'Iran lancée fin février par les Etats-Unis et Israël, a entraîné en réaction le blocage par Téhéran du détroit d'Ormuz, provoquant une chute brutale de l'approvisionnement et une flambée des prix.
Selon l'AIE, 200 milliards de m3 de gaz pourraient être récupérés annuellement grâce en réduisant les émissions provenant des opérations pétrogazières et en éliminant le torchage non lié à des situations d'urgence. C'est près du double des volumes de gaz qui ont transité par le stratégique détroit d'Ormuz en 2025.
Atteindre un tel niveau de réduction prendrait du temps mais 15 milliards de m3 pourraient être libérées rapidement, estime l'agence.
"Réduire les émissions de méthane demeure l'une des meilleures choses que nous puissions faire pour ralentir le réchauffement climatique tout en assainissant notre air, en améliorant la santé publique et en renforçant notre sécurité énergétique", a déclaré le ministre britannique de l’Énergie, Ed Miliband, dans un message vidéo.
L'agriculture est également une importante source de méthane émis par les vaches et les moutons, tandis que la riziculture crée aussi des conditions idéales pour les bactéries productrices de méthane. Les décharges en produisent également en quantité. "Nous devons cependant être clairs: le secteur de l'énergie offre aujourd'hui les réductions les plus rapides et souvent les plus rentables", selon Mme Barbut.