La Banque du Japon relève fortement ses prévisions d'inflation face au conflit au Moyen-Orient information fournie par Boursorama avec AFP 28/04/2026 à 09:24
La Banque du Japon (BoJ) a laissé mardi ses taux inchangés, mais a très fortement relevé ses prévisions d'inflation en raison de l'impact du conflit au Moyen-Orient, qui pourrait l'inciter à un resserrement dès juin.
Comme largement attendu, l'institution a maintenu son taux directeur, fixé depuis décembre à 0,75%, son plus haut niveau depuis 1995, tout en faisant état de risques accrus liés à la situation géopolitique et à la flambée des cours du pétrole.
La banque centrale en a déjà tiré les conséquences en relevant drastiquement ses prévisions de hausse des prix à la consommation dans l'archipel: elle mise désormais sur une inflation (hors produits frais) de 2,8% durant l'exercice 2026, contre 1,9% anticipés précédemment.
Elle table ensuite pour l'exercice 2027 sur une inflation de 2,3%, contre 2% auparavant.
Dopés par la quasi-paralysie depuis fin février du détroit d'Ormuz, où transite d'ordinaire un cinquième du brut mondial, les prix du pétrole se sont envolés et ont dépassé régulièrement les 100 dollars le baril.
La BoJ a également révisé à la baisse sa prévision de croissance économique pour l'exercice 2026, la ramenant de 1,0% à 0,5%. Pour l'exercice 2027, elle anticipe une croissance de 0,7%, contre 0,8% précédemment.
-"Impact significatif"-
L'institution pointe "la possibilité que des effets négatifs s'intensifient au-delà des prévisions, si les turbulences liées à la situation au Moyen-Orient se prolongent et que les prix du pétrole brut demeurent à un niveau élevé".
Dans ce cas, "l'économie pourrait ralentir davantage, sous l'effet d'une baisse significative des bénéfices des entreprises et du revenu réel des ménages. Un tel ralentissement pourrait tirer vers le bas l'inflation sous-jacente", estime-t-elle.
Mais pour l'heure, "en ce qui concerne les prix, les risques sont orientés à la hausse: étant donné que le pétrole brut est largement utilisé comme matière première dans divers secteurs industriels, des cours élevés du baril pourraient faire grimper non seulement les prix de l'énergie, mais aussi les prix en général".
La Banque met en garde contre un renchérissement des prix alimentaires dans la foulée de ceux des matières premières, et contre "le risque de perturbations à grande échelle des chaînes d'approvisionnement" susceptibles de plomber l'activité au Japon.
Les prix à la consommation dans l'archipel (hors produits frais) ont augmenté le mois dernier de 1,8% sur un an, en nette accélération, selon des chiffres officiels publiés vendredi, tirés par les prix alimentaires.
-Equation délicate-
L'archipel, longtemps guetté par la déflation, est confronté depuis le printemps 2022 à une inflation avoisinant 2%. Pour l'endiguer, la BoJ avait entamé en mars 2024 un resserrement de ses taux, longtemps restés nuls ou négatifs.
Une tendance inflationniste que devrait désormais aggraver la guerre en Iran. Mais la BoJ a préféré dans l'immédiat le statu quo, et les analystes s'attendent à ce que la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine (Fed) en fassent de même dans les prochains jours.
"Le contexte global n'offre aucune option politique aisée. Le conflit au Moyen-Orient constitue un choc stagflationniste, alimentant l'inflation tout en freinant la croissance du PIB réel", avait prévenu avant la décision Stefan Angrick, économiste de Moody’s Analytics.
Selon lui, "dans cet environnement, un resserrement monétaire de la BoJ pourrait soutenir le yen et contenir l'inflation, mais pénaliserait les PME dépendantes du crédit et les jeunes ménages détenteurs de prêts immobiliers".
Nombre d'analystes tablent désormais sur un nouveau relèvement des taux en juin: trois des neuf membres du conseil de politique monétaire de la BoJ se sont d'ailleurs exprimés mardi contre le statu quo.
"Ce vote divisé témoigne d'une dissidence croissante en faveur d'une hausse des taux. Cela suggère que le débat au sein de la BoJ (...) devient celui de savoir combien de temps les décideurs peuvent se permettre d'attendre", commente Charu Chanana, de Saxo Markets.
"Le conflit au Moyen-Orient devient un risque pour les banques centrales: la hausse des coûts de l'énergie et des matières premières crée une situation complexe, marquée par une inflation plus élevée, une croissance plus faible, des prévisions plus délicates sur les prix", insiste-t-elle.
Les marchés ont entendu le message "haussier" de la BoJ: le yen s'est soudainement renforcé peu après l'annonce, glissant à 159 yens pour un dollar. Il gagnait encore 0,12% vers 06H30 GMT.