La Banque du Japon parée pour remonter ses taux, sous pression de l'inflation et de Washington
information fournie par Boursorama avec AFP 15/09/2026 à 11:54

( AFP / RICHARD A. BROOKS )

La Banque du Japon est parée à relever de nouveau ses taux vendredi pour contrer une inflation alimentée par la flambée des cours énergétiques et soutenir le yen, sous l'oeil attentif de Washington.

Les marchés guettent la décision de la Réserve fédérale américaine (Fed) mercredi après une hausse des taux de la Banque centrale européenne (BCE) la semaine passée.

Pour la BoJ, réunie jeudi et vendredi, le suspense est limité: certains de ses membres ont eux-mêmes envoyé des signaux suggérant qu'elle relèverait de 0,25 points son taux directeur, à 1,25%, au plus haut depuis plus de trois décennies. La dernière hausse remonte à mi-juin.

Principale raison: l'envolée des cours du pétrole, sur fond de reprise des hostilités au Moyen-Orient, devrait continuer d'alimenter le renchérissement des prix à la consommation. L'inflation au Japon avait déjà accéléré en juillet (+1,8%), se rapprochant de la cible de 2% fixée par la BoJ.

"Une hausse des taux (vendredi) est déjà anticipée par les marchés (...) Face à la montée de l'inflation, il est impératif de relever les taux d'intérêt en temps opportun pour la contenir", indique à l'AFP Takehiko Nakao, ex-président de la Banque asiatique de développement (BAD) et ex-responsable des changes du Japon.

En cas de réaction trop tardive, "le risque est de n'avoir d'autre choix que de procéder à des hausses brutales des taux, ou de voir l'inflation s'accélérer", prévient-il.

De quoi laisser présager de nouveaux relèvements rapprochés alors que s'éternise la guerre au Moyen-Orient.

"On peut anticiper une inflation hors produits frais et énergie progressant vers 2,5% d'ici début 2027. Et si le gouvernement ne rétablit pas les subventions pour l'électricité et le gaz, la hausse des coûts de production pourrait propulser l'inflation globale bien au-delà de 3%", estime Marcel Thieliant, de Capital Economics, voyant la BoJ porter ses taux à 2% dès mi-2027.

Yen affaibli

Par ailleurs, alors que le yen a chuté cet été à ses plus bas niveaux face au dollar depuis 40 ans, les Etats-Unis et le Japon se sont entendus fin juillet pour intervenir conjointement sur le marché des changes pour soutenir la devise nippone.

Le yen avait notamment été plombé par l'écart entre les taux d'intérêt japonais, toujours très bas, et ceux bien plus élevés de la Fed, qui encouragent les investisseurs à préférer des actifs en dollars, mieux rémunérés.

"Cette intervention conjointe a eu un impact de courte durée sur le yen, mais a accru la pression sur la BoJ pour qu'elle accélère le rythme de ses hausses de taux", observe Shigeto Nagai, analyste d'Oxford Economics.

"Les marchés semblent refléter l'idée que le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent exigeait une accélération du relèvement des taux en contrepartie de l'intervention. Le coût économique et politique d'une déception des marchés et des États-Unis est devenu trop élevé pour être ignoré", prévient-il.

S'entretenant avec le gouverneur de la BoJ Kazuo Ueda en août, M. Bessent avait exprimé "un soutien ferme aux mesures décisives, tant monétaires que autres, prises par le Japon pour remédier" à la faiblesse du yen.

Début août, Scott Bessent avait aussi évoqué la nécessité d'un "yen stable" en raison des "contributions (du Japon) au marché mondial de l'épargne". Le Japon est le premier détenteur de dette américaine.

Craintes sur la dette

Après dix ans de politique ultra-accommodante jusqu'en 2024, "la lenteur de la BoJ à normaliser les taux d'intérêt est un facteur majeur de la faiblesse du yen", abonde Takehiko Nakao.

Or, un yen affaibli tend à renchérir les produits importés et nourrit donc l'inflation: certes, cela peut renforcer la compétitivité des exportateurs nippons, mais "les inconvénients — notamment la baisse du pouvoir d'achat qui pèse sur la consommation et l'investissement — sont sous-estimés", juge-t-il.

Surtout, pour soutenir le yen, "il est important que le gouvernement japonais réduise l'encours de sa dette et s'assure de la confiance des marchés", insiste-t-il.

La politique budgétaire de la Première ministre Sanae Takaichi, favorable à une relance musclée avec accroissement des dépenses publiques - notamment dans la Défense - et rabais fiscaux, inquiète les investisseurs: le rendement de la dette nippone à 10 ans dépassait 3% mardi, au plus haut depuis 1996.

Source de nervosité supplémentaire: Tokyo a entériné mardi une réduction drastique prévue de la taxe sur la vente de produits alimentaires à partir d'avril prochain.