L'UE veut renforcer son industrie avec plus de contenu local et moins de dépendance à la Chine
information fournie par Reuters 04/03/2026 à 10:43

Illustration montrant les drapeaux de l'UE et de la Chine

La Commission européenne présentera mercredi ses plans visant ‌à la fois à renforcer la compétitivité d'une industrie manufacturière européenne engagée dans une transition vers la décarbonation et à ​réduire, en exigeant d'utiliser davantage de produits locaux, la dépendance aux importations chinoises.

Ce dispositif de soutien à l'industrie continent - l'Industrial Accelerator Act (IAA), fruit d'âpres débats et dont Reuters a pu consulter les esquisses, impose d'une part une exigence de production à ​faibles émissions de carbone et, d'autre part, une obligation d'un "Made in Europe".

Et ceci s'appliquera pour les marchés publics - ou les subventions - destinés à la production d'aluminium, ​de ciment et d'acier, et aux technologies telles que les éoliennes ⁠ou les véhicules électriques.

L'IAA vise à garantir qu'en 2035, l'industrie manufacturière représente 20% du produit intérieur brut (PIB) de ‌l'UE, contre 14% aujourd'hui.

Certains voix estiment cependant qu'en mettant en place ce dispositif, l'UE court le risque de se voir fermer les portes des marchés à l'export.

De leur côté, les tenants de ​l'IAA soulignent que des règles similaires relatives ‌aux produits locaux existent aux États-Unis, en Chine ou au Brésil et que, en ⁠les mettant en place de son côté, l'UE peut combler l'énorme déficit d'investissement par rapport à ces pays.

"Nous devons proposer une alternative à l'ordre du jour de Trump, qui mise clairement sur une économie fossile", a déclaré Bas Eickhout, co-président du ⁠Groupe des Verts au ‌Parlement européen, soulignant la nécessité d'une "transition massive" vers les technologies propres et les industries à forte intensité ⁠énergétique.

Une fois que la Commission aura proposé son texte sur l'IAA, le Parlement européen et les Etats de l'UE ‌négocieront le texte final, ce qui laisse présager d'autres modifications.

VUES DIVISÉES SUR LE CONTENU LOCAL

La Commission a ⁠retardé à plusieurs reprises la proposition en raison de désaccords sur son contenu, avec ⁠des changements apportés pas plus tard ‌que cette semaine.

Laurent Donceel, directeur de l'association industrielle Hydrogen Europe, a déclaré que Bruxelles avait fortement revu à la baisse ​ses propositions, par exemple la part d'acier bas carbone que ‌les entreprises devraient produire pour bénéficier des subventions – ramenée à 25% contre environ 70% initialement.

"Nous sommes extrêmement déçus que l'exigence que nous avions espérée soit ​loin d'être significative", a-t-il ajouté.

Une question clé pour les partenaires commerciaux est la définition exacte de "Made in Europe".

La France estime qu'elle pourrait se limiter à l'Union des 27 et aux membres de l'Espace économique européen que sont la ⁠Norvège, l'Islande et le Liechtenstein. Certains pays de l'UE préconisent une définition plus large, qui inclurait le Royaume-Uni.

Les projets de texte mentionnent également la possible inclusion des 21 pays développés avec lesquels l'UE a des engagements en matière de marchés publics, la réciprocité étant une condition clé.

Ces esquisses prévoient aussi de passer en revue les investissements étrangers afin de s'assurer d'une implication suffisante des entreprises européennes et d'un transfert de technologies vers l'UE.

(Reportage Philip Blenkinsop et Kate Abnett, version française Elena ​Smirnova, édité par Benoit Van Overstraeten)