L'UE veut instaurer un accès "progressif et gradué" des mineurs aux réseaux sociaux
information fournie par AFP 13/07/2026 à 14:06

L'Union européenne envisage d'instaurer un accès "progressif et gradué" des enfants et adolescents aux plateformes en ligne, pour les protéger contre leurs risques ( AFP / Nicolas TUCAT )

L'Union européenne envisage d'instaurer un accès "progressif et gradué" des enfants et adolescents aux plateformes en ligne, pour les protéger contre leurs risques, comme l'ont recommandé des experts dans un rapport lundi.

"L'enfance est une période extraordinaire et délicate pour le développement du cerveau. Et durant cette phase, les enfants ont besoin de passer du temps dans le monde réel, pour jouer, nouer des amitiés, faire des erreurs, construire leur personnalité, avant qu'un algorithme le fasse pour eux", a affirmé la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.

C'est pourquoi "nous devons envisager un accès progressif et gradué pour différentes classes d'âge" aux réseaux sociaux et autres plateformes en ligne présentant des risques pour les mineurs, a-t-elle expliqué, ajoutant qu'elle ferait des propositions "après l'été".

Elle semble ainsi prête à suivre l'avis du comité d'experts européens, chargé de réfléchir à l'introduction d'une "majorité numérique" à l'échelle de toute l'Union européenne, qui a préconisé une approche plus nuancée.

Ils ont recommandé une interdiction d'accès aux plateformes en ligne pour les moins de 13 ans, à l'exception de brèves périodes sous supervision d'un parent ou d'un cadre éducatif.

Et entre 13 et 18 ans, plutôt qu'une interdiction généralisée, ils proposent de limiter l'accès aux plateformes qui ont démontré qu'elles étaient suffisamment sûres, par exemple celles qui auraient supprimé leurs fonctionnalités les plus addictives comme les flux de contenus illimités et hautement personnalisés.

Cependant, les pays de l'UE seraient libres de mettre en place des interdictions au-delà de 13 ans, s'ils le souhaitent.

TUn adolescent consulte Facebook sur son téléphone portable, le 24 octobre 2025 à Gosford, en Australie ( AFP / David GRAY )

Au sein des 27, de nombreux pays, France en tête, mais aussi l'Espagne, la Grèce, le Danemark, l'Autriche ou la Suède, sont déjà en train de mettre en place des interdictions ou restrictions d'accès aux réseaux pour les mineurs, ou l'envisagent.

Le sujet ne fait cependant pas l'unanimité, l'Estonie s'opposant à des interdictions, tandis que d'autres pays ne sont pas encore prononcés.

Instaurer de telles mesures dans toute l'UE permettrait d'éviter de se retrouver avec un méli-mélo de règles nationales, et serait par nature plus facile à faire appliquer aux plateformes, d'autant que leur régulation est déjà largement l'affaire de Bruxelles, en coordination avec les 27.

"Les enfants doivent être en sécurité"

C'est pour nourrir cette réflexion qu'Ursula von der Leyen avait mis en place un comité présidé par l'épidémiologiste française Maria Melchior et l'universitaire allemand Jörg Fegert, expert en psychiatrie de l'enfant.

"Nous sommes convaincus que l'Europe doit introduire des mesures de protection pour garantir la sécurité des enfants et des adolescents dans le monde numérique", a plaidé Maria Melchior.

Le logo d'Instagram sur le téléphone portable d'une adolescente à Bruxelles, le 7 juillet 2026 ( AFP / Nicolas TUCAT )

"Nos conclusions sont très claires. Les enfants et les adolescents doivent être en sécurité sur les réseaux sociaux et les autres services numériques qu'ils utilisent, quelle que soit la plateforme", a indiqué l'experte française.

"Ce n'est qu'après avoir prouvé la sécurité technique et l'adéquation de leurs services aux mineurs que les fournisseurs de réseaux sociaux devraient bénéficier d'un accès général à ces derniers au sein du marché unique", a ajouté le professeur Fegert, appelant également à "renforcer l'application de la réglementation en vigueur".

"Le débat a clairement évolué: ce n'est plus aux enfants et aux parents de gérer les risques présentés par les plateformes, mais à celles-ci d'être sûres et adaptées à l'âge avant d'être accessibles aux enfants. Il s’agit d'un transfert de la charge de la preuve et d'une victoire pour les droits de l'enfant", a salué Leanda Barrington-Leach, directrice de la fondation 5Rights, qui défend les droits numériques de la jeunesse.

En revanche, d'autres organisations se sont montrées très critiques à l'égard de ces propositions, jugeant qu'elles pourraient entraver fortement les droits de tous les internautes si elles étaient appliquées.

"Tout le monde serait soupçonné d'être mineur et à moins de pouvoir prouver le contraire, se retrouverait sévèrement limité dans l'exercice de ses libertés fondamentales", a mis en garde Simeon De Brouwer, de l'ONG European Digital Rights, disant craindre l'émergence d'un "âge de la vérification d'âge en masse".