L'UE espère que les élections hongroises mettront fin aux blocages d'Orban
information fournie par Reuters 27/03/2026 à 12:46

Peu de dirigeants européens regretteront le départ du Premier ministre hongrois Viktor Orban si jamais il perdait les élections du 12 avril, au vu de ses capacités d'obstruction répétées - notamment dans tout ce qui touche l'aide à l'Ukraine - et sa proximité avec Moscou et l'administration Trump.

Ceci étant dit, ils ne s'attendent pas non plus à ce que le rival de Viktor Orban, s'il est élu, change du tout au tout la position de Budapest vis-à-vis de l'Union européenne et rende les choses faciles.

La plupart des sondages d'opinion suggèrent que le parti nationaliste Fidesz de Viktor Orban, au pouvoir depuis 2010, pourrait être battu par le parti Tisza (centre-droit) dirigé par Peter Magyar.

Viktor Orban, outre ses relations amicales avec le président russe Vladimir Poutine et sa proximité avec la président américain Donald Trump, a surtout exaspéré ses partenaires de l'UE au sujet de l'Ukraine ces derniers temps, avec notamment le blocage d'un prêt vital de 90 milliards d'euros pour Kyiv.

"C'était la goutte d'eau qui a fait déborder le vase", a déclaré un diplomate européen. "De notre côté, l'espoir de faire entendre raison à Orban s'est envolé."

Si Viktor Orban perd le pouvoir, des diplomates de plusieurs gouvernements de l'UE espèrent la fin du blocage par la Hongrie de toute une série de décisions politiques prises par la majorité des pays de l'UE, comme, en plus du prêt à l'Ukraine, par exemple les sanctions contre la Russie et les colons israéliens violents.

En revanche, s'il fait mentir les sondages et gagne une nouvelle fois les élections, certains responsables s'attendent à ce que l'on cherche à mettre la Hongrie sur la touche si Viktor Orban veut continuer à jouer le blocage.

""Encore la même chose" ne semble plus être une option pour la plupart des pays de l'UE", a dit à Reuters l'ancien Premier ministre letton Krisjanis Karins, qui a siégé pendant des années à côté de Voktor Orban lors des sommets de l'UE.

"Si Orban reste, nous devrons changer notre façon de travailler", a ajouté un haut responsable européen.

Un porte-parole du gouvernement hongrois n'a pas répondu à une demande de commentaire.

"TOUT LE MONDE ESPÈRE QU'ORBAN PERDRA"

Reuters s'est entretenu avec plus d'une douzaine de responsables actuels et anciens, familiers des relations entre l'Europe et la Hongrie, au sujet des implications pour l'UE des élections du mois prochain.

S'exprimant sous couvert d'anonymat étant donné qu'ils discutent de la politique interne d'un État membre, beaucoup ont clairement fait part de leur frustration à l'égard de Viktor Orban.

"Je pense que tout le monde espère qu’Orban perdra", a déclaré un deuxième diplomate de l’UE.

Les responsables européens s'inquiètent depuis longtemps de ce qu'ils considèrent comme une érosion des normes démocratiques en Hongrie, où Victor Orban a consolidé le pouvoir exécutif, limité la liberté des médias et des ONG et mené des campagnes dénigrant l'UE et ses décisions politiques.

Viktor Orban nie les accusations d'érosion de la démocratie, se présentant comme le défenseur des valeurs chrétiennes traditionnelles de l'Europe face à une élite libérale déconnectée.

Mais les liens étroits du gouvernement de Viktor Orban avec le Kremlin, même après l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en février 2022, ont provoqué une rupture plus profonde entre Budapest et de nombreuses capitales occidentales.

Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré la semaine dernière que le veto de Viktor Orban sur le prêt à l'Ukraine constituait un acte de "grossière déloyauté", nuisant à la réputation de l'UE et à sa capacité à agir.

PAS DE "RÉVOLUTION" SI L'OPPOSITION GAGNE

Bien que beaucoup à Bruxelles espèrent une nouvelle ère dans les relations avec Budapest en cas de victoire de Tisza, ils restent néanmoins prudents.

Vera Jourova, ancienne vice-présidente de la Commission européenne, a déclaré à Reuters qu’une victoire de l’opposition "renouvellerait la chance d’une unité sur les questions fondamentales de sécurité" au sein de l’UE à 27.

Mais Peter Magyar – réputé à Bruxelles comme un négociateur habile du temps où il était diplomate hongrois – resterait l'une des voix les plus sceptiques sur la migration et sur la possibilité pour l'Ukraine de rejoindre l'UE, selon des responsables.

"Je n’ai que très peu d’illusions sur la vision du monde de Peter Magyar. Il faut faire attention à ne pas trop en attendre", a déclaré un troisième diplomate de l'UE. "La différence sera plus dans le ton que dans le fond."

Un quatrième diplomate européen a ajouté: "Magyar est issu de la même famille politique (qu’Orban), personne ne s’attend à une révolution."

Peter Magyar a déclaré qu’il voulait ancrer fermement la Hongrie dans l'UE et l'Otan, ajoutant qu'il voulait surtout aboutir au déblocage de la majeure partie des quelque 17 milliards d’euros de fonds de l'UE destinés à la Hongrie.

Bruxelles a gelé cette somme en raison du refus Viktor Orban de respecter les normes de l’État de droit en Hongrie

Richard Demeny, analyste au sein du groupe de réflexion Political Capital basé à Budapest, a déclaré: "Je ne m'attends pas à un revirement à 180 degrés (de la part d’un gouvernement dirigé par Magyar) concernant les relations avec l'UE, mais nous pouvons nous attendre à une relation plus constructive avec Bruxelles."

Un conseiller de Peter Magyar, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a déclaré qu'il était vrai qu'un tel gouvernement ne différerait pas beaucoup de l'administration de Viktor Orbán en matière de migration et d'élargissement de l'UE.

"Mais la différence", a ajouté le conseiller, "c'est qu Viktor Orban s'en est servi pour faire chanter (l'UE) et défendre les intérêts russes. Nous défendrons les intérêts hongrois."

(Reportage Lili Bayer, Krisztina Than et Anita Komuves, version française Elena Smirnova, édité par Benoit Van Overstraeten)