L'offre de dialogue du président libanais ignorée par Israël
information fournie par Reuters 13/03/2026 à 17:16

par Maya Gebeily

Israël a rejeté une offre historique de pourparlers directs avec le Liban, la jugeant insuffisante et trop tardive de la part d'un gouvernement libanais qui partage son objectif de désarmer le Hezbollah mais n'est pas en mesure d'agir contre le groupe armé chiite sans risque de guerre civile.

Le président libanais, Joseph Aoun, a déclaré cette semaine qu'il était prêt à entamer des négociations directes avec Israël pour mettre fin au conflit déclenché le 2 mars dernier par l'entrée en guerre du Hezbollah au côté de l'Iran, attaqué par les Etats-Unis et Israël depuis le 28 février.

Mais dans un communiqué diffusé vendredi, la présidence libanaise a fait savoir que Joseph Aoun avait informé le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, en visite à Beyrouth, qu'il n'avait reçu aucune réponse à cette offre alors qu'Israël poursuit ses bombardements contre le Hezbollah dans la banlieue sud de la capitale et au Liban-Sud.

Les opérations de Tsahal ont fait en 12 jours au moins 773 morts et quelque 800.000 déplacés, d'après les autorités libanaises.

Selon deux sources ayant connaissance de la position du chef de l'Etat, Joseph Aoun avait commencé à nommer des négociateurs et lors de réunions privées, il est allé jusqu'à dire qu'il était prêt à aller jusqu'à une normalisation des relations.

"Tout est sur la table", a dit une troisième source.

Il y a encore quelques années, une telle offre aurait représenté une ouverture diplomatique majeure mais la proposition de Joseph Aoun n'a guère suscité l'intérêt des responsables israéliens ou américains selon les deux sources sus-citées, ainsi qu'un responsable libanais et deux responsables étrangers.

Toutes ces sources ont souligné que l'incapacité du Liban à freiner les activités du Hezbollah ces derniers mois et à l'empêcher d'attaquer Israël le 2 mars dernier avait fait perdre à Beyrouth sa crédibilité et ne lui donnait pas grand chose de concret à proposer autour d'une table de négociation.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a déclaré cette semaine au Times of Israel que son pays était prêt à dialoguer avec le gouvernement libanais en vue d'une normalisation de leurs relations.

"Mais le problème actuel est que ce dialogue ne peut pas empêcher les tirs à partir du territoire libanais", a-t-il dit.

"IL FALLAIT AGIR EN 2025"

L'ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, a abondé en déclarant qu'Israël ne pouvait pas négocier avec le Liban "tant que des roquettes sont lancées sur le nord d'Israël". "Le temps est venu de décider : est-ce que le Liban s'en tient aux déclarations ou agit concrètement?" a-t-il dit.

La présidence libanaise, le département d'Etat américain, le ministère israélien des Affaires étrangères et le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu n'ont pas donné suite dans l'immédiat à des demandes de commentaire.

Le gouvernement de Beyrouth a interdit la semaine dernière toute activité militaire au Hezbollah mais l'application de ce décret paraît complexe pour un Etat libanais fragilisé comme rarement depuis la guerre civile de 1975-1990 tant le groupe armé parrainé par l'Iran conserve un arsenal puissant et reste soutenu par une frange importante de la communauté chiite.

Au cours de l'année écoulée, les autorités libanaises ont procédé avec prudence pour confisquer les armes du groupe dans le sud du pays, comme le prévoyait le cessez-le-feu de novembre 2024 qui a mis fin à un an de conflit avec Israël.

Mais ces mesures ont produit des résultats mitigés, le Hezbollah parvenant clandestinement à se réarmer, et même à installer de nouvelles roquettes dans le sud du Liban dont l'armée assurait pourtant avoir repris le contrôle. Le groupe chiite a tiré une salve de 200 roquettes mercredi soir sur le nord d'Israël.

Lorsque le Liban a contacté cette semaine des émissaires américains pour présenter son offre de négociations, ses interlocuteurs ont opposé une fin de non-recevoir.

"Ils ont dit que c'est en 2025 que nous aurions dû agir contre le Hezbollah et nous ne l'avons pas fait et qu'ils ne pouvaient donc plus rien faire", a déclaré un responsable libanais.

Trois personnes au fait de la politique américaine au Moyen-Orient ont déclaré à Reuters que Washington n'avait guère le temps de traiter avec le Liban en raison de la guerre en Iran et laissait Israël gérer le conflit comme il l'entendait.

L'armée israélienne a annoncé vendredi avoir bombardé le pont de Zrarieh, sur le fleuve Litani, déclarant qu'il servait aux combattants du Hezbollah pour passer du nord au sud du pays. C'est la première fois depuis le début de sa nouvelle campagne militaire au Liban qu'Israël reconnaît le bombardement d'une infrastructure civile.

"Le gouvernement libanais (...) paiera un coût de plus en plus élevé par des dommages aux infrastructures et des pertes de territoires" tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé, a prévenu le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, dans un communiqué.

(Maya Gebeily; avec la contribution de Tom Perry à Beyrouth, Emily Rose à Jérusalem, et Humeyra Pamuk à Washington; Jean-Stéphane Brosse pour la version française, édité par Sophie Louet)