L'Italie va abaisser ses prévisions de croissance alors qu'Eurostat rend son verdict sur le déficit
information fournie par Reuters 22/04/2026 à 09:32

Vue de la ligne d'horizon de Milan au coucher du soleil à Milan

par Giuseppe Fonte et Gavin Jones

L'Italie devrait revoir à la ‌baisse ses prévisions de croissance économique mercredi en raison de la guerre au Moyen-Orient et de la flambée consécutive des coûts de l'énergie, ont ​indiqué des responsables gouvernementaux, les perspectives des finances publiques dépendant d'une décision d'Eurostat concernant les comptes 2025 du pays.

Le gouvernement de la présidente du Conseil Giorgia Meloni devrait ramener ses estimations de croissance pour cette année à environ 0,5% ou 0,6%, contre un objectif actuel de 0,7%, ​et revoir à la baisse ses prévisions pour l'année prochaine de 0,8% à 0,6% ou 0,7%, ont indiqué ces sources.

La troisième économie de la zone euro a fortement rebondi après la ​pandémie de COVID-19, aidée par des mesures de soutien lancées par Rome, ⁠mais est depuis retombée parmi les plus atones de la zone euro.

LA DETTE AUGMENTE

Même en supposant que les prévisions du gouvernement ‌se réalisent, l'Italie affichera cinq années consécutives de croissance du produit intérieur brut inférieure à 1% entre 2023 et 2027, malgré un afflux constant de milliards d'euros provenant des fonds de relance de l'UE liés à la pandémie.

La ​faiblesse économique pèse sur les finances publiques. Le ‌Fonds monétaire international a prévu la semaine dernière que l'Italie dépasserait la Grèce cette année pour ⁠afficher le ratio dette/PIB le plus élevé de la zone euro, estimé à 138,4% et 136,9% respectivement.

Le Conseil des ministres devrait se réunir à 10h00 GMT pour discuter et approuver le Document des finances publiques (DFP), qui actualisera les estimations pluriannuelles concernant le déficit, la dette et la croissance ⁠du PIB.

Ces estimations seront des ‌projections plutôt que des objectifs officiels, que le gouvernement estime impossibles à fixer en raison de incertitude géopolitique suscitée ⁠par la guerre américano-israélienne contre l'Iran.

Malgré l'affaiblissement des perspectives de croissance, l'Italie prévoit un déficit budgétaire à environ 2,8% du PIB en 2026 ‌et environ 2,6% en 2027, ce qui correspond globalement aux objectifs fixés l'automne dernier.

PROCÉDURE DE DÉFICIT EXCESSIF

Avant la réunion du ⁠Conseil des ministres, à 09h00 GMT, l'agence statistique de l'UE Eurostat publiera les données sur les ⁠déficits des États membres pour 2025. ‌L'Italie affirme depuis des semaines qu'elle espère une révision à la baisse à 3%, contre les 3,1% estimés en mars par l'ISTAT, l'office statistique ​de Rome.

Cependant, le quotidien financier Il Sole 24 Ore a rapporté mercredi ‌que le chiffre de 3,1% serait confirmé.

Un déficit de 3%, tel que le gouvernement l'avait prévu pour 2025, permettrait à l'Italie de sortir de la procédure pour déficit ​excessif (PDE) de l'UE cette année, à condition que Bruxelles soit convaincue que l'amélioration de ses comptes est durable.

Sortir de la PDE signifierait que, si l'UE décidait d'assouplir les règles budgétaires à un stade ultérieur pour aider les États membres à faire face à la crise ⁠énergétique, l'Italie pourrait utiliser cette marge de manœuvre supplémentaire sans s'exposer à de nouvelles mesures disciplinaires.

Jusqu'à présent, la Commission européenne a exclu d'activer une "clause d'échappatoire générale" de ses règles budgétaires qui avait permis aux États membres de faire face à la pandémie de COVID-19 entre 2020 et 2023.

Dans ce contexte, l'Italie a laissé entendre qu'elle pourrait recourir à une "clause d'exemption nationale" permettant aux États membres de négocier avec Bruxelles des objectifs de déficit plus élevés en réponse à des circonstances externes exceptionnelles, ou d'augmenter ses dépenses de défense.

(Giuseppe Fonte et Gavin Jones, Mara Vîlcu pour ​la version francaise, édité par Augustin Turpin)