L'Islande dit non à l'Union européenne, un revers pour Bruxelles information fournie par Boursorama avec Media Services 31/08/2026 à 09:05
L'UE s'est élargie pour la dernière fois en 2013 avec l'admission de la Croatie. Le sujet a repris de l'épaisseur avec l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, mais sans grand résultat depuis.
L'Union européenne y voyait l'occasion de relancer sa politique d'élargissement, à l'arrêt depuis 13 ans. Mais les Islandais ont souffleté Bruxelles samedi 29 août, en refusant par référendum la reprise des négociations pour adhérer à l'UE, pour le plus grand plaisir des eurosceptiques.
L'UE "respecte pleinement le choix démocratique" des Islandais , a fait savoir le président du Conseil européen Antonio Costa à la Première ministre Kristrun Frostadottir, après l'annonce des résultats du référendum. L'île de l'Atlantique Nord est déjà étroitement liée à l'UE en tant que membre de l'Espace économique européen (EEE) et de l'espace Schengen. Les deux dirigeants se sont engagés à "continuer de renforcer cette relation".
Mais la consternation était palpable à Bruxelles. "Le constat est clair : l'UE aujourd'hui ne fait plus rêver", a résumé la députée européenne écologiste Saskia Bricmont.
Sandro Gozi, député européen centriste, a quant à lui qualifié ce résultat d'"avertissement que l'Europe doit prendre au sérieux". Il a déclaré que le "pouvoir d'attraction" de l'UE ne devait pas être "tenu pour acquis" et que celle-ci devait "continuer à gagner la confiance", notamment en réduisant la bureaucratie.
L'UE s'est élargie pour la dernière fois en 2013 avec l'admission de la Croatie. Bien que l'élargissement soit revenu sur le devant de la scène comme priorité stratégique depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, les résultats obtenus depuis lors sont maigres.
Candidat modèle
Ces dernières années ont été marquées par des progrès timides parmi les candidats des Balkans occidentaux, le Monténégro et l'Albanie étant les plus proches d'adhérer, et par l'ouverture d'un processus d'adhésion vaste et complexe avec l'Ukraine.
Bruxelles a pris soin de ne pas donner l'impression de s'ingérer dans le vote islandais de ce week-end, mais n'a guère caché son enthousiasme à l'idée d'accueillir au sein de l'UE cette île riche et stratégiquement située. Pour de nombreuses capitales européennes, l'Islande apparaissait comme un candidat modèle, et Bruxelles avait indiqué être prête à faire des concessions sur des questions sensibles , telles que les droits de pêche, pour faciliter son intégration.
Il semble que ce message n'ait eu que peu de retentissement auprès des quelque 400.000 Islandais, qui ont voté à 52,8 % contre 47,2 % pour ne pas reprendre les négociations d'adhésion suspendues il y a 13 ans, enterrant ainsi la question pour un avenir proche.
Les eurosceptiques se sont réjouis de ce résultat. Marine Le Pen, dirigeante de l'extrême droite française, a déclaré qu'il démontrait l'attrait d'une Europe de "nations libres et souveraines" par rapport à une intégration plus poussée.
Nigel Farage, dirigeant du parti Reform UK, a félicité les Islandais d'avoir "voté pour préserver leur indépendance".
Ce "non" de l'Islande, malgré un contexte sécuritaire international "incertain", "devrait donner à réfléchir à Bruxelles", selon le groupe ECR, à l'aile droite du Parlement européen. Le coprésident du groupe, Nicola Procaccini, a affirmé que Bruxelles devrait s'interroger sur les raisons pour lesquelles "un pays européen prospère, démocratique et ouvert sur le monde" a choisi de ne pas relancer les négociations d'adhésion.
"Pressions géopolitiques"
La géopolitique a pesé sur le référendum, les menaces du président américain Donald Trump de prendre le contrôle du Groenland trouvant un écho en Islande voisine, dont la sécurité repose sur l'Otan.
Mais le débat s'est finalement concentré sur des questions telles que la pêche et la volatilité de la monnaie islandaise.
Le vote islandais constitue un revers dans la quête de l'UE visant à renforcer sa présence dans la région arctique. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, doit d'ailleurs se rendre au Groenland en septembre. La députée européenne Kathleen Van Brempt, du groupe des Socialistes et Démocrates, a déclaré que l a coopération arctique avec l'Islande en matière de sécurité demeurait "plus importante que jamais" , promettant que les travaux se poursuivraient "ouvertement et respectueusement".
Son collègue socialiste Andreas Schieder a souligné que l'Islande "(était et restait) membre de la famille européenne". "Il s'agit maintenant de résister ensemble aux pressions géopolitiques", a-t-il déclaré.
Le "non" de l'Islande "est un choix souverain que nous respectons", a pour sa part déclaré le ministre français délégué à l'Europe Benjamin Haddad. "Contrairement aux empires prédateurs qui nous entourent, notre Europe respecte la souveraineté des peuples qui veulent la rejoindre ou la quitter. C'est sa force", a-t-il ajouté.