L'Iran met en garde les pays du Golfe contre toute aide aux Etats-Unis
information fournie par AFP 19/08/2026 à 17:18

Un navire au large de Charjah, aux Emirats arabes unis, le 3 août 2026 ( AFP / - )

L'Iran a mis en garde mercredi les pays du Golfe contre toute assistance à l'armée américaine, après la décision des Emirats arabes unis de suspendre leurs échanges commerciaux avec Téhéran, sur fond d'intensification des tensions régionales.

"Toute assistance ou facilité apportée à l'armée agresseuse américaine équivaut à une participation aux opérations militaires américaines", a averti le chef des forces armées iraniennes, le général Ali Abdollahi, à l'adresse des pays du Golfe, selon l'agence Mehr.

"Il paraît improbable qu'un tel nombre d'avions militaires, notamment ravitailleurs, se trouvent sur des bases régionales à l'insu des pays hôtes", a-t-il pointé, alors que nombre d'Etats de la région avaient affirmé qu'ils ne laisseraient pas les Etats-Unis utiliser leurs territoires contre l'Iran.

Après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, Téhéran a riposté par des frappes sur les pays voisins alliés de Washington et verrouillé le détroit d'Ormuz, voie de transit stratégique pour les hydrocarbures. Les Etats-Unis ont imposé de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Des médias ont fait état de frappes contre des cibles iraniennes provenant d'Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, du Koweït et de Bahreïn, qui accueillent des installations militaires américaine, mais les pays concernés ont généralement démenti.

Missiles balistiques

Malgré une récente baisse des hostilités, les tensions dans la région restent vives au sixième mois de conflit.

Les Emirats arabes unis ont accusé mardi l'Iran d'avoir tiré deux missiles balistiques, tombés en mer, qui visaient "la navigation maritime".

Dans la foulée, la diplomatie émiratie a annoncé suspendre jusqu'à nouvel ordre "tous les échanges commerciaux et les transactions financières" avec l'Iran.

Téhéran a "catégoriquement" rejeté les accusations émiraties.

Les deux pays voisins, séparés par le détroit d'Ormuz, partagent des liens culturels et historiques profonds, et les Émirats arabes unis — qui abritent une importante communauté iranienne — constituaient jusqu'au début du conflit un partenaire commercial majeur pour l'Iran, confronté aux sanctions américaines.

Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio s'est entretenu avec le conseiller à la sécurité nationale émirati Tahnoun ben Zayed al-Nahyane de la coordination entre les deux capitales pour "tenir l'Iran et ses groupes armés alliés comptables des attaques en cours", selon le département d'Etat.

M. Rubio a également souligné l'importance de la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz.

"Aucune discussion"

Le contrôle de cette voie maritime stratégique est un point d'achoppement entre les Etats-Unis et l'Iran dans la recherche d'une issue au conflit, et le trafic dans la zone demeure très faible.

"Aucune conversation ni discussion n'a lieu en ce moment ni n'est programmée avec la République islamique d'Iran", a assuré le président américain Donald Trump sur son réseau Truth Social.

"Le blocus naval reste pleinement en vigueur et effectif. Le détroit d'Ormuz est ouvert et fonctionnel", a ajouté cet imprévisible dirigeant qui multiplie les déclarations contradictoires sur le conflit en cours.

Lundi, son gendre et émissaire, Jared Kushner, avait fait état de tractations "très positives et animées" avec Téhéran.

Selon une source américaine contactée par l'AFP, les échanges ont été suspendus et Donald Trump a demandé à ses équipes de ne pas reprendre le dialogue tant que Téhéran ne se rapprocherait pas des positions américaines.

Téhéran n'a guère envoyé de signaux en ce sens. Le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf a déclaré que le détroit ne serait pas ouvert tant que Washington n'aurait pas rempli ses engagements prévus dans le protocole d'accord signé en juin.

Ce texte, qui instaurait une trêve de soixante jours en vue d'un règlement durable, a volé en éclat avec la reprise des hostilités en juillet.

Le président américain Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 17 août 2026 à Washington ( AFP / Jim WATSON )

Le négociateur iranien a cité parmi ces conditions "la levée du blocus naval (américain), le déblocage des avoirs (iraniens) gelés, la levée de l'embargo pétrolier" et "la fin des opérations militaires sur tous les fronts".

Discussions Iran-Oman

En visite à Bagdad mercredi, il a appelé à "accélérer le renforcement de la coopération" régionale, et dénoncé "l'ingérence étrangère", au moment où Washington presse l'Irak de désarmer de puissantes factions armées soutenues par Téhéran.

Dans le même temps, l'Iran et Oman, riverains du détroit d'Ormuz, discutent depuis plusieurs semaines de la future gestion de ce passage. Téhéran a affirmé que les coordonnées géographiques du tracé envisagé par ceux-ci "ont été approuvées".

L'Iran, qui prend pour cible des navires tentant de traverser le détroit sans demander d'autorisation, veut imposer des frais de navigation pour des services aux vaisseaux y transitant, ce que refusent fermement les Etats-Unis et certains pays de la région.