L'Irak annonce des procédures judiciaires contre les détenus de l'EI transférés de Syrie information fournie par AFP 22/01/2026 à 22:15
L'Irak a annoncé jeudi des procédures judiciaires contre des prisonniers du groupe jihadiste Etat islamique (EI), transférés depuis le nord-est de la Syrie par l'armée américaine qui y craint des failles sécuritaires.
Washington avait affirmé mercredi avoir transféré 150 membres de l'EI détenus dans une prison de Hassaké, en Syrie, "vers un lieu sûr en Irak", en précisant que jusqu'à 7.000 prisonniers pourraient au total être concernés.
"Les terroristes non-Irakiens ne resteront en Irak que temporairement", a déclaré dans un communiqué le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, exhortant "les pays à assumer leurs responsabilités et à rapatrier leurs ressortissants", en ligne avec la position des Etats-Unis depuis la défaite de l'EI en 2019. Des dizaines de pays, dont des Etats occidentaux, refusent de rapatrier leurs ressortissants.
Les autorités irakiennes, qui ont confirmé jeudi avoir reçu un premier groupe de 150 prisonniers irakiens et étrangers, ont annoncé des procédures judiciaires et le placement des détenus "dans les établissements pénitentiaires appropriés".
"Tous les suspects, qu'importe leur nationalité ou leur position au sein de l'organisation terroriste, sont soumis exclusivement à l'autorité de la justice irakienne et nos procédures judiciaires leur seront appliquées sans exception", indique le Conseil judiciaire suprême dans un communiqué.
Les Etats-unis ont décidé de transférer les prisonniers de l'EI au moment où des affrontements entre l'armée syrienne et les forces kurdes, qui contrôlaient jusqu'ici les centres de détention depuis la défaite de l'EI en 2019, font craindre des brèches dans la surveillance.
Mardi, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, avaient annoncé être "contraintes de se retirer" d'al-Hol, le plus grand des camps de détention de proches de jihadistes, pour défendre leurs régions du nord-est menacées par l'armée syrienne.
Cette dernière est entrée mercredi dans le camp, qui abrite quelque 24.000 personnes, dont 15.000 Syriens et environ 6.300 femmes et enfants étrangers de 42 nationalités. Parmi eux figurent des Français et d'autres Occidentaux, que leurs pays respectifs refusent de rapatrier.
Damas, qui a récemment rejoint la coalition antijihadiste, avait dit être en mesure de prendre le relais pour la surveillance des prisons et des camps, dans un accord prévoyant que l'administration kurde chargée de ce dossier soit intégrée aux institutions étatiques.
Le président Ahmad al-Chareh cherche à reprendre le contrôle du nord-est de la Syrie, où les Kurdes jouissaient d'une autonomie de facto depuis plus de dix ans.
Une source au ministère des affaires étrangères à indiqué à l'AFP qu'il avait choisi d'annuler son voyage prévu à Davos pour suivre la situation et les négociations sur place.
Selon l'ONU, plus de 134.000 personnes ont été déplacées dans la province syrienne de Hassaké, après les affrontements entre l'armée et les forces kurdes.
Jeudi, l'envoyé américain Tom Barrack a notamment rencontré à Erbil le chef des FDS Mazloum Abdi, selon la présidence de la région autonome du Kurdistan irakien.
M. Barrack a indiqué sur X que Washington apportait son "fort soutien" et son engagement à faire avancer le processus d'intégration prévu par l'accord du 18 janvier entre les FDS et le gouvernement syrien.
- Peine de mort -
Lors d'un échange téléphonique avec le président syrien, l'amiral Brad Cooper, commandant des forces américaines au Moyen-Orient, avait réclamé que "les forces syriennes et toutes les autres forces évitent toute action pouvant interférer" avec l'opération de transfert de prisonniers.
A son apogée, l'EI contrôlait de vastes territoires en Syrie et en Irak, soumettant les populations des deux côtés de la frontière à un régime de terreur.
Par le passé, l'Irak a été épinglé pour des centaines de procès qualifiés d'expéditifs, des aveux obtenus sous la torture ou une représentation juridique inefficace, selon les défenseurs des droits humains.
Les tribunaux irakiens ont déjà condamné à la peine de mort et à la prison à vie des centaines de personnes, dont de nombreux combattants étrangers, certains qui avaient été transférés de Syrie.
En 2019, la justice irakienne avait condamné à mort 11 Français, avant de commuer leur peine en prison à vie.
En 2024, après la fin de la mission d'enquête des Nations unies sur ces crimes, l'Irak a créé un Centre national pour la coopération judiciaire internationale, chargé de documenter les crimes du groupe jihadiste et d'assurer la coordination avec les différents pays concernés.