L'industrie européenne en "danger de mort" : le Haut-Commissariat au plan demande des droits de douane de 30% sur les produits chinois
information fournie par Boursorama avec Media Services 09/02/2026 à 17:12

L'industrie chinoise s'appuie sur des "investissements massifs", des "coûts de production durablement plus faibles", des économies d'échelle "massives" de par la taille du marché intérieur, ou encore de "moindres contrôles réglementaires".

Clément Beaune à Paris, le 13 novembre 2024. ( POOL / TERESA SUAREZ )

Automobile, chimie... La concurrence féroce des entreprises chinoises met à mal l'industrie européenne, y compris dans ses secteurs les plus forts et menace sa survie même, met en garde le Haut-commissariat au plan français.

"Comment l'Europe peut-elle rester une puissance industrielle quand la Chine produit désormais à qualité comparable avec des coûts sensiblement inférieurs?", s'interroge le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan (HCSP), dans un rapport publié lundi 9 février. L'instance ayant pour rôle d'éclairer l'action publique sur les enjeux démographiques, économiques, sociaux, environnementaux, sanitaires, technologiques ou culturels, fait le constat d' une "menace vitale" pour de "larges pans de l'appareil productif européen".

Si le secteur industriel est depuis longtemps pénalisé dans la concurrence internationale par des coûts plus élevés qu'en Chine, il a pendant longtemps pu compenser "par des avantages technologiques ou un positionnement plus haut de gamme", dit le HCSP. Mais "tel n'est plus le cas aujourd'hui".

"Rouleau compresseur"

La production automobile en est le plus flagrant exemple, avec la montée en puissance des constructeurs chinois d'une part et les licenciements en cascade chez les équipementiers automobiles en Europe. Mais elle est loin d'être la seule, estime l'instance, qui a tenté de quantifier l'impact sur l'industrie européenne du "rouleau compresseur" chinois.

Elle estime que "près d'un quart des exportations européennes sont aujourd'hui exposées à une concurrence chinoise jugée critique", tandis que sur le marché intérieur, plus de la moitié de la production manufacturière serait menacée "à moyen terme si les tendances actuelles se prolongent". C'est particulièrement vrai en Slovaquie, Tchéquie, Allemagne, Slovénie, Irlande, Hongrie et Italie, selon le rapport, qui observe que la pression chinoise "touche désormais le cœur des bastions industriels européens".

Les industriels de la deuxième puissance économique mondiale peuvent s'appuyer sur des "investissements massifs", des "coûts de production durablement plus faibles" , des chaînes de valeur "toujours plus intégrées", des économies d'échelle "massives" de par la taille du marché intérieur, mais aussi de "moindres contrôles réglementaires" et d'une "sous-évaluation persistante du taux de change, favorables aux exportations".

Protectionnisme "insuffisant"

Le haut-commissaire au Plan Clément Beaune a donc plaidé en faveur de l'introduction de droits de douane de 30% au niveau européen sur les produits chinois pour sauver l'industrie "en danger de mort", a-t-il expliqué lundi sur TF1 . Lors d'un point-presse lundi, Clément Beaune a reconnu qu'il était encore nécessaire de convaincre d'autres pays européens de l'ampleur de cette "menace", sur laquelle il n'existe pas encore de consensus.

"Une protection massive est urgente et vitale" , a-t-il encore plaidé, tout en observant que des mesures protectionnistes seront "une réponse nécessaire, et temporaire, mais insuffisante pour le sursaut économique et industriel dont l'Europe a besoin".

L'ancien patron de la Banque centrale européenne Mario Draghi, qui avait signé un rapport sur l'avenir de l'Union européenne en 2024, avait déploré début février qu'"en matière de défense, de politique industrielle ou d'affaires étrangères" les pays européens sont "traités comme un ensemble disparate d'États de taille moyenne, que l'on peut diviser et traiter en conséquence".

"Individuellement, la plupart des États européens ne sont même pas des puissances moyennes", avait-il tancé, dans un discours dans une université de Louvain en Belgique. "Voulons-nous rester un simple grand marché, soumis aux priorités des autres, ou voulons-nous prendre les mesures nécessaires pour devenir une puissance ?"

En 2024, l'Union européenne affichait un déficit commercial de 305,8 milliards d'euros envers la Chine, d'où provenaient 21,3% des biens qu'elle importait, selon des chiffres de l'UE.