L'immigration au coeur des élections législatives en Suède
information fournie par Reuters 10/09/2026 à 08:00

par Johan Ahlander

Autrefois terre d'accueil, la Suède a fermé ses frontières au cours de la dernière décennie et adopté une politique migratoire plus sévère, un choix assumé de la droite au pouvoir à Stockholm qui brigue un nouveau mandat aux élections législatives du 13 septembre face à une gauche en tête dans les sondages.

Si cette tendance est observée sur l'ensemble du continent européen, la Suède a opéré l’un des revirements les plus radicaux en matière d'immigration, une politique promue par la coalition minoritaire sortante afin de regagner en popularité.

Élu en 2022 grâce à ses promesses de réduire l’immigration et la criminalité en Suède, le Premier ministre Ulf Kristersson a considérablement limité l'accueil des demandeurs d’asile et propose, depuis le début de l’année, jusqu’à 350.000 couronnes suédoises (31.000 euros) aux titulaires non-européens d'un titre de séjour pour qu'ils quittent le pays.

"Mogadiscio vous manque ? L’aide au retour vous aidera à rentrer chez vous", peut-on lire sur une publicité destinée aux immigrés somaliens et financée par les Démocrates de Suède, un parti d'extrême droite qui soutient depuis quatre ans le gouvernement et rêve désormais d'y accéder.

Cette campagne publicitaire a été lancée en juillet dans les transports en commun et dans les quartiers à forte concentration de migrants, en pleine campagne électorale.

"L’amélioration du retour au pays figure en tête des priorités de mon gouvernement", confirme le Premier ministre Ulf Kristersson, chef du parti des Modérés.

Les 349 sièges du Riksdag, le Parlement monocaméral suédois, seront renouvelés dimanche pour quatre ans. La majorité absolue est de 175 sièges.

Les trois partis de la coalition au pouvoir - les Modérés (68 sièges en 2022), les Chrétiens-démocrates (19) et les Libéraux (16) - cherchent à former un partenariat quadripartite avec les Démocrates de Suède (73).

Selon un sondage Novus publié lundi par la chaîne TV4, la coalition gouvernementale et les Démocrates de Suède recueillent 47,9% en intentions de vote cumulées. Les quatre partis de centre-gauche, dont le Parti social-démocrate, sont crédités quant à eux de 50,3% des intentions de vote.

LA SUÈDE COMME LABORATOIRE EUROPÉEN

La gestion de l'immigration en Suède est suivie de près par nombre de pays européens, une grande partie des gouvernements des Vingt-Sept cherchant les moyens de renvoyer les personnes en situation irrégulière dans leur pays d’origine.

La rhétorique anti-immigration en Europe a pris de l’ampleur depuis que plus d’un million de personnes, principalement des Syriens fuyant la guerre, sont arrivées sur le continent en 2015.

Le phénomène a contribué à l'essor des partis nationalistes, poussant les gouvernements à adopter des politiques migratoires de plus en plus restrictives.

Mary Khan-Hohloch, députée européenne du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui a remporté 44% des voix lors des élections régionales de dimanche en Saxe-Anhalt, a salué l’initiative suédoise de financer le retour des immigrants.

"Compte tenu des charges financières et sociales considérables auxquelles sont confrontés de nombreux pays européens en raison des politiques migratoires menées jusqu'à présent, l'intérêt pour des programmes efficaces de retour et de remigration devrait continuer à croître", a-t-elle déclaré à Reuters dans un courriel.

Bram Frouws, directeur du Mixed Migration Centre, un organisme de recherche, souligne toutefois qu’il n’existe aucune preuve que ce type de programmes entraîne une augmentation significative de l’émigration volontaire.

"C’est l’une de ces propositions politiques où cela n’a même pas d’importance : c’est avant tout symbolique, il s’agit de montrer à quel point ils sont intransigeants en matière d’immigration", estime-t-il.

Depuis le début de l’année, 171 personnes ont accepté l'aide financière du gouvernement suédois pour quitter le pays.

Les Démocrates de Suède souhaitent étendre cette offre aux immigrés ayant la nationalité suédoise, à condition qu’ils acceptent d'y renoncer lors de leur départ de Suède. Plus de 2 millions des 10 millions de Suédois sont nés à l'étranger.

LES IMMIGRANTS VEULENT RESTER

A Satra, une banlieue populaire de Stockholm, Reuters a rencontré une douzaine d’immigrés qui ont dit ne pas être intéressés par le programme du gouvernement.

Réunis dans un centre communautaire pour prendre un café et pratiquer le suédois, tous voient leur avenir en Suède. Parmi eux se trouvait une Soudanaise, deux Ukrainiens, un Afghan et un dissident chinois.

"Je veux la liberté, pouvoir travailler et mener une vie agréable", témoigne Elena Ibrahim, 42 ans, originaire du Soudan. Elle a fui son ex-mari et l’oppression religieuse il y a huit ans. Aujourd’hui remariée, elle est artiste.

"Je ne repartirai pas", insiste-t-elle.

Mahmoud Khalfi, imam de la mosquée de Stockholm, la plus grande de Suède, déplore que ce programme et la rhétorique anti-immigrés sèment la division et suscitent de l’inquiétude au sein de la communauté musulmane suédoise.

Ceux qui auraient des opportunités s’ils repartaient sont les personnes hautement qualifiées, comme les médecins ou les professeurs, précise-t-il.

"Ils peuvent partir à Londres ou à Dubaï… mais ceux qui ont un niveau d’études moins élevé n’ont pas le choix, ils ne peuvent pas partir."

Cette politique, ajoute-t-il,"ne résout aucun problème. Même si quelques milliers de personnes partent, cela ne fait qu’aggraver la situation pour celles et ceux qui sont contraints de rester."

La Suède n’accorde plus de titres de séjour permanents et contraint les immigrés à en faire la demande à nouveau au bout de trois ans. En août, le gouvernement a mis en place les tout premiers tests de citoyenneté, obligatoires pour tous les candidats afin d'évaluer leurs connaissances du pays.

"Ce n’était pas si difficile", relate Cornelius, 38 ans, originaire du Cameroun, ajoutant que la citoyenneté lui apporterait une tranquillité d’esprit. "La Suède est un très bon endroit. C’est un pays sûr et il y a du travail."

Le ministre sortant de l’Immigration, Johan Forssell, a déclaré à Reuters que ces tests étaient importants pour souligner la valeur de la citoyenneté et rappeler qu’elle s’accompagnait à la fois de droits et de devoirs.

"Ce sont des exigences tout à fait raisonnables", juge-t-il. "Ce qui est déraisonnable, c’est que jusqu’à présent, on pouvait obtenir la nationalité sans rien savoir de la Suède et sans parler un seul mot de suédois."

(Rédigé par Johan Ahlander ; avec Amina Ismail à Bruxelles ; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)