L'Europe risque plus que jamais d'être coupée de l'IA, avertit Christine Lagarde information fournie par Reuters 14/09/2026 à 18:33
L'Europe doit devenir un acteur majeur dans le domaine des technologies d'intelligence artificielle, notamment pour préserver son autonomie et réaliser les gains d'efficacité nécessaires au maintien de son niveau de vie, a déclaré lundi la présidente de la BCE, Christine Lagarde.
Les entreprises européennes investissent dans l’IA, mais importent principalement cette technologie de l’étranger, notamment des États-Unis, ce qui les rend vulnérables en cas de coupure d’accès et pourrait mettre en péril l’ensemble des secteurs.
"D’ici quelques années, l’IA contrôlera les marchandises à la frontière, décidera quelles déclarations fiscales feront l’objet d’un contrôle, gérera la circulation des trains, surveillera les patients dans les services hospitaliers et traitera les paiements dans les banques", a déclaré Christine Lagarde lors d’un discours à Vienne.
"Une suppression de l’accès, ou une modification de ses conditions, toucherait alors tous les secteurs d’un seul coup", a ajouté la présidente de la BCE. "Il s’agit là d’un moyen de pression d’un genre que nul partenaire commercial n’a jamais exercé sur l’Europe, et qui pourrait être utilisé dans n’importe quelle négociation, qu’il s’agisse de droits de douane ou de taxes numériques, par exemple."
Bien que l’UE et les États-Unis soient des alliés, la confiance a récemment été ébranlée par une série de problèmes, tels que les droits de douane, les visées américaines sur le Groenland et le retrait des troupes américaines d’Europe en raison de désaccords politiques.
La solution consiste à renforcer les capacités informatiques européennes, a insisté Christine Lagarde.
Si elle est rapidement mise en œuvre, l’IA pourrait faire progresser le niveau de productivité jusqu’à 4% sur une décennie, ce qui aurait un effet transformateur sur les finances publiques, a-t-elle estimé.
"L’Europe dispose déjà d’une capacité en centres de données insuffisante pour répondre à sa propre demande, et si la tendance actuelle se poursuit, cet écart devrait être multiplié par plus de six d’ici une décennie", a-t-elle ajouté.
L’Europe a donc besoin de modèles "suffisamment performants" pour la plupart des tâches et fonctionnant sur des infrastructures européennes, afin que la menace d’une coupure perde de son poids, poursuit-elle.
Christine Lagarde a déclaré que l’Europe payait déjà pour cette technologie et qu’elle devrait donc l’adopter avec plus de détermination.
Les besoins en investissements des entreprises technologiques américaines sont si importants qu’elles se financent en partie en Europe, ce qui fait grimper les coûts pour tous les autres acteurs en évinçant ces derniers du marché de la dette.
Les fonds de pension européens investissent également massivement dans les valeurs technologiques américaines ; toute correction du marché aurait donc des répercussions sur l’épargne européenne, selon la présidente de la BCE.
(Par Balazs Koranyi et Francois Murphy; Version française Matthieu Huchet, édité par Sophie Louet)