L'Europe résiste aux demandes des USA pour leur guerre contre l'Iran information fournie par Reuters 31/03/2026 à 18:57
(Actualisé avec positions d'autres pays, contexte)
par John Irish et Angelo Amante
La France et l'Italie se sont montrées à leur tour réticentes à prêter leur concours aux opérations américano-israéliennes contre l'Iran, dans le sillage de l'Espagne, ont dit des sources mardi dans un contexte de divisions croissantes entre l'Europe et les Etats-Unis, pourtant alliés au sein de l'Otan.
Quelques jours après que le président américain Donald Trump a qualifié ses alliés européens au sein de l'Otan de "lâches" en raison de leur absence de soutien à l'effort de guerre américain, il s'en est de nouveau pris mardi à certains pays, dont la France.
"La France n'a pas laissé les avions à destination d'Israël, chargés de matériel militaire, survoler (son) territoire. La France a été TRÈS PEU AIDANTE concernant le 'Boucher d'Iran', qui a été éliminé avec succès ! Les États-Unis s'en SOUVIENDRONT !!!", a écrit Donald Trump sur son réseau social Truth Social.
Un diplomate occidental et de deux sources informées de la décision ont confirmé que la France n'avait pas autorisé Israël à utiliser son espace aérien pour acheminer des armes américaines destinées à la guerre contre l'Iran.
C'est la première fois que Paris émet un tel refus depuis le début de la guerre en Iran, le 28 février, ont ajouté les deux dernières sources.
"Nous nous étonnons de ce tweet", a-t-on réagi à l'Elysée. "La France n’a pas changé de position depuis le premier jour et nous confirmons cette décision qui est conforme à la position française depuis le début de ce conflit."
VIVES CRITIQUES DE L'ESPAGNE
L'Italie a pour sa part refusé d'autoriser des avions militaires américains à faire escale sur la base aérienne de Sigonella, en Sicile, avant de se rendre au Moyen-Orient, indique une source au fait de la décision, confirmant un article du quotidien Corriere delle Sera.
Le journal ne précise pas quand les avions devaient atterrir. Il rapporte que l'autorisation a été refusée parce que les États-Unis ne l'avaient pas sollicitée au préalable et que les responsables militaires italiens n'avaient pas été consultés, comme l'exigent les traités régissant l'utilisation des installations militaires américaines dans le pays.
L'Espagne a dit lundi avoir fermé son espace aérien aux avions américains participant aux frappes contre l'Iran, Madrid enfonçant le clou vis-à-vis de Washington après avoir déjà refusé l'utilisation de ses bases dans le cadre de ce conflit.
L'Espagne n'autorisera l'utilisation de ses bases que si cela sert à la "défense collective" des alliés de l'Otan, a ajouté mardi la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, précisant que le refus d'autoriser l'utilisation de l'espace aérien espagnol par les avions américains impliqués dans le conflit avec l'Iran était en vigueur depuis le début de la guerre, le 28 février.
Au début du mois, furieux du refus de Madrid sur l'utilisation des bases espagnoles, le président américain Donald Trump avait déclaré que les Etats-Unis allaient mettre fin à tous leurs échanges commerciaux avec l'Espagne.
Madrid ne craint pas de représailles, a rétorqué le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, lors d'une interview sur la chaîne publique TVE.
"Nous ne craignons absolument rien. Comment un pays pourrait-il avoir peur de quoi que ce soit lorsqu'il défend le droit international, la paix mondiale et la Charte des Nations unies ? Dans quel genre de monde vivrions-nous si ceux qui devaient avoir peur sont ceux qui respectent la loi?", a-t-il ajouté.
La Grande-Bretagne n'a pas été épargnée par Donald Trump, le président américain la qualifiant d'inutile et ce, au moment où Buckingham Palace a confirmé que le roi Charles III et la reine Camilla se rendraient pour une visite d'Etat aux Etats-Unis à la fin du mois d'avril.
"À tous ces pays qui ne peuvent pas s'approvisionner en kérosène à cause du détroit d'Ormuz, comme le Royaume-Uni, qui a refusé de participer à la décapitation de l'Iran, j'ai une suggestion à vous faire: premièrement, achetez-en aux États-Unis, nous en avons en abondance, deuxièmement, trouvez le courage qui vous manque, rendez-vous dans le détroit et PRENEZ-LE, tout simplement", a encore écrit le président américain sur Truth Social.
En guise de représailles à l'attaque déclenchée le 28 février par les Etats-Unis et Israël, l'Iran a de fait bloqué le détroit d'Ormuz, via laquelle transite un cinquième du transport maritime mondial d'hydrocarbures.
Ce blocage fait flamber les cours mondiaux du pétrole, contraignant un nombre croissant de pays à adopter des mesures de protection de leurs économies et conduisant à la révision à la baisse des prévisions de croissance à travers le monde.
(Angelo Amante et Giselda Vagnoni à Rome, Charlie Devereux et Emma Pinedo à Madrid et John Irish à Paris; version française Benoit Van Overstraeten, édité par Bertrand Boucey)