L'Europe face à la montée du coût climatique information fournie par Reuters 18/08/2026 à 12:02
par Mark John et Yoruk Bahceli
Les dégâts provoqués par des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes en Europe ont un coût et, comme la plupart des pertes ne sont pas assurées, la charge risque de retomber sur les finances publiques en l'absence d'une action rapide.
Les incendies de forêt survenus cette année dans le sud-ouest de l'Europe mais aussi les graves inondations en Espagne en 2024 ainsi qu'en Allemagne et dans les pays voisins en 2021 montrent que le changement climatique accentue depuis un moment les pressions sur les finances européennes, déjà confrontées à la hausse des dépenses de défense et au vieillissement de la population.
"Le problème, c'est qu'elles se répètent de plus en plus souvent", a déclaré Federico Barriga-Salazar, responsable des notations souveraines d'Europe occidentale chez Fitch, à propos de catastrophes jusqu'alors perçues comme des chocs budgétaires ponctuels plutôt que comme une charge régulière.
"Si un gouvernement est déjà confronté à des contraintes budgétaires, cela l'oblige à faire des arbitrages", a-t-il déclaré, soulignant la pression que ces pertes économiques exercent sur les autres dépenses publiques.
Si l'impact sur les finances publiques reste pour l'heure limité, il devrait s'accentuer dans les années à venir en Europe, le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde.
Les phénomènes météorologiques extrêmes et les événements liés au changement climatique ont coûté 822 milliards d'euros à l'Union européenne entre 1980 et 2024, dont un quart au cours des quatre dernières années seulement, selon l'Agence européenne pour l'environnement.
Les déficits publics dans la zone euro s'établissent déjà en moyenne à environ 3% du produit intérieur brut (PIB). Federico Barriga-Salazar cite des estimations selon lesquelles les inondations qui ont touché l'Espagne en 2024, les plus graves en Europe depuis un demi-siècle, entraîneront des coûts de reconstruction équivalant à 0,7 point de PIB sur la période 2024-2026.
Seul un quart des pertes liées aux catastrophes climatiques dans l'UE est couvert par des assurances, un taux qui tombe sous 5% dans certains pays, selon les estimations de l'UE. Certains craignent que les assurances ne couvrent qu'une part de plus en plus réduite des pertes à mesure que les événements météorologiques extrêmes se multiplient.
"Je pense que plus ces risques deviennent fréquents, moins ils seront couverts par les assurances", a déclaré David Zahn, responsable de la gestion obligataire européenne chez Franklin Templeton. "C'est un problème majeur et, pour certains pays, son coût pourrait atteindre entre 1% et 2% du PIB."
Selon les calculs du think tank Bruegel, si la plupart des dommages causés par les inondations de 2021 en Belgique étaient couverts par les assurances, le faible niveau de couverture en Allemagne a contraint le pays à mobiliser 30 milliards d'euros de fonds publics pour financer l'essentiel des dégâts.
ADAPTATION ET PARTAGE DES RISQUES
Alors que l'Union européenne doit dévoiler cet automne ses propositions en matière de résilience climatique et de gestion des risques, l'attention se tourne vers les solutions possibles.
La Grèce, dont l'économie dépend largement du tourisme et est particulièrement exposée aux vagues de chaleur et aux incendies de forêt, cherche à améliorer la couverture d'assurance et la résilience des infrastructures d'eau et d'énergie dans les régions touristiques.
Après les inondations massives du début de 2026, le Portugal a annoncé un projet d'assurance habitation obligatoire, accompagné d'un fonds contre les catastrophes naturelles et les séismes ainsi que d'un mécanisme de solidarité garantissant un accès universel.
Une solution temporaire pourrait consister à recourir aux "obligations-catastrophes", qui offrent aux investisseurs des rendements élevés mais les exposent à la perte d'une partie ou de la totalité de leur capital en cas de survenance d'un événement prédéfini, tel qu'un ouragan ou un séisme.
David Zahn, de Franklin Templeton, a ajouté qu'il pourrait s'agir d'un pari coûteux pour les États: "Si l'événement se produit, le versement est immédiat. Mais il est aussi possible qu'il ne se passe rien pendant cinq ans et que vous ayez simplement payé 8% par an."
Heather Grabbe, chercheuse senior chez Bruegel, a déclaré que les gouvernements devraient aller au-delà des dépenses d'urgence ponctuelles, qui risquent d'inciter les ménages et les entreprises à ne pas souscrire d'assurance.
"Tous les gouvernements européens doivent évaluer leur exposition aux risques et élaborer des plans complets pour réduire les dommages futurs grâce à des investissements d'adaptation, tout en mutualisant les risques au-delà des frontières", a-t-elle déclaré.
De nombreuses études montrent que les investissements précoces dans l'adaptation au changement climatique peuvent générer des économies à long terme et éviter ce qu'une étude de l'université d'Oxford en 2025 a appelé un "piège de l'investissement dans l'adaptation", dans lequel la répétition des catastrophes climatiques alourdit la dette et réduit les ressources disponibles pour les mesures de protection.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a indiqué que des investissements verts représentant 0,1% du PIB pourraient éviter des pertes économiques huit fois supérieures ainsi que des pertes de recettes fiscales équivalant à trois fois l'investissement initial.
La Banque centrale européenne (BCE) a proposé un dispositif européen de réassurance public-privé contre les catastrophes naturelles, complété par un fonds européen destiné à financer les dommages qu'elles causent.
Reste à savoir si les vagues de chaleur de cet été susciteront la volonté politique nécessaire pour prendre en charge une partie des coûts initiaux de telles mesures, tant au niveau national qu'européen.
Un porte-parole de la Commission européenne a déclaré que l'exécutif européen examinait des moyens de réduire le déficit de couverture en matière d'assurance climatique dans le cadre d'un ensemble de mesures devant être adoptées d'ici la fin de l'année.
(1 dollar = 0,8624 euro)
(Rédigé par Mark John avec la contribution de Kate Abnett à Bruxelles, Aislinn Laing à Madrid, Andrei Khalip à Lisbonne, Johann M Cherian à Bengaluru et Francesco Canepa à Francfort; version française par Aleksandra Kret, édité par Benoit Van Overstraeten)