L'Europe entre dans le débat sur la sécurité de l'IA, Berlin refuse une pause
information fournie par Reuters 14/09/2026 à 16:48

PHOTO D'ARCHIVES : Illustration montrant les lettres de l'acronyme IA (Intelligence Artificielle) et une carte mère d'ordinateur

par Friederike Heine

Des gouvernements européens ont réagi lundi à l'appel du PDG ‌d'Anthropic à ralentir le développement des systèmes d'IA et à consacrer plus de temps aux tests et à la surveillance, l'Allemagne rejetant pour sa part une ​pause synonyme de retard.

Dario Amodei a relancé le débat sur la sécurité de l'IA ce week-end en affirmant que les entreprises pionnières en la matière devraient être soumises à un examen indépendant et travailler à l'élaboration de normes communes à mesure que des systèmes de plus en plus puissants émergent.

Le ministère ​allemand du Numérique a estimé que l'arrêt du développement de l'IA n'était pas un scénario réaliste pour l'Europe.

"Nous ne considérons pas l'arrêt du développement comme une option viable pour l'Europe", a déclaré un porte-parole ​du ministère, ajoutant que le renforcement de la souveraineté numérique de l'Europe ⁠nécessitait davantage de développement et d'innovation dans le domaine de l'IA.

Dans le même temps, Berlin précise suivre de très près l'évolution de l'IA ‌à l'échelle mondiale et prendre au sérieux les avertissements publics des principaux développeurs d'IA. Le ministère a indiqué que les systèmes d'IA capables de s'échapper des environnements de test et d'accéder de manière autonome à d'autres systèmes constitueraient « un scénario de menace ​totalement inédit » nécessitant une nouvelle réponse politique.

Le porte-parole a ‌également plaidé en faveur d'une coordination internationale sur la gouvernance de l'IA, affirmant qu'une supervision efficace nécessiterait la ⁠participation des États-Unis et de la Chine. L'Allemagne soulève la question au niveau du G7, a-t-il ajouté.

En Espagne, le ministre de la Transformation numérique, Oscar Lopez, a jugé que le débat sur la nécessité d'un accord international pour gérer les risques liés à l'IA gagnait en importance, comparant certaines propositions aux ⁠accords de non-prolifération nucléaire.

"Les voix que ‌j'entends ces jours-ci donnent l'impression qu'elles recherchent un accord international qui nous permettrait, par exemple, de limiter les risques liés ⁠à l'intelligence artificielle", a-t-il dit sur la chaîne de télévision publique TVE.

LONDRES VEUT DES PREUVES

Selon lui, l'IA offre d'énormes opportunités, notamment la découverte de nouveaux ‌médicaments et l'amélioration des traitements, mais présente des risques importants dans des domaines tels que la finance et la cybersécurité.

Il a critiqué ⁠le président américain Donald Trump pour avoir balayé d'un revers de main les inquiétudes exprimées par les ⁠chercheurs et les développeurs en intelligence artificielle, ‌affirmant que ceux qui construisaient cette technologie avertissaient qu'elle pourrait finir par échapper à leur contrôle.

La Commission européenne a déclaré que l'innovation et la sécurité ​devaient aller de pair.

"L’Union européenne est favorable au développement de l’innovation dans le domaine ‌de l’intelligence artificielle, mais les entreprises doivent prouver que leurs services sont sûrs pour que les citoyens puissent les utiliser dans l’Union", a déclaré le porte-parole de la Commission, Thomas Regnier.

La ​Grande-Bretagne a salué le débat entre les principales entreprises d'IA sur les risques posés par des systèmes de plus en plus puissants, mais a déclaré que toute future réponse réglementaire devrait être fondée sur des preuves plutôt que sur des spéculations.

"C’est une bonne chose que les entreprises qui développent ⁠les systèmes d’IA les plus avancés parlent désormais ouvertement des risques autant que des opportunités", a déclaré un porte-parole du Premier ministre Andy Burnham.

"Mais nous ne devons pas supposer que le cadre existant sera toujours suffisant à mesure que les capacités de l'IA évolueront", a-t-il ajouté, précisant que toute mesure future devrait être fondée sur des preuves et ciblée sur des risques démontrables.

La Grande-Bretagne, principal pôle européen d'investissement et de création d'entreprises dans le domaine de l'IA, a généralement privilégié une approche réglementaire plus souple, s'alignant davantage sur les États-Unis que sur l'Union européenne.

(Par Friederike Heine, Alistair Smout, Inti Landauro et Andrey ​KhalipVersion française Matthieu Huchet, édité par Sophie Louet)