L'Etat autorise sous conditions l'achat d'Exaion, filiale d'EDF, par l'américain Mara, avec Xavier Niel dans l'équation information fournie par Boursorama avec AFP 20/02/2026 à 17:14
Le dénouement d'un feuilleton, avec un milliardaire au casting: l'Etat a finalement autorisé EDF à laisser le contrôle de sa filiale Exaion à un acteur américain, Mara, après avoir imposé la présence dans l'équation d'un investisseur français, l'entrepreneur Xavier Niel.
L'Etat, actionnaire à 100% d'EDF, a "subordonné son autorisation" de la cession d'Exaion, spécialisée dans le calcul de haute performance, au respect par Mara, acteur américain du minage de cryptomonnaies, de "conditions juridiquement contraignantes", a indiqué Bercy dans un communiqué vendredi.
Ces conditions prévoient également "la suppression de la clause de non-concurrence" entre Mara et EDF, initialement demandée par l'acquéreur.
"L'État a refusé une cession exclusive pour imposer un partenariat équilibré", a commenté le ministre de l'Economie Roland Lescure, cité dans le communiqué.
"Nous confirmons l'attractivité de la France pour les investissements internationaux, tout en assurant une protection intransigeante de nos intérêts stratégiques et de notre souveraineté technologique", a-t-il ajouté.
Inconnue du grand public, la petite société de 70 ingénieurs, hébergée par EDF Pulse Ventures, filiale d'investissement d'EDF dédiée aux startups du géant du nucléaire, est spécialisée dans le calcul haute performance, le "cloud" souverain et l'intelligence artificielle.
Le projet de cession par EDF de 64% de sa filiale Exaion à Mara pour 168 millions d'euros, officialisé en août, avait soulevé des critiques notamment dans le monde politique, sur la vente d'actifs stratégiques français à des pays étrangers, et la crainte de la perte d'une "pépite" dans une technologie d'avenir.
"Allons-nous brader les pépites tech souveraines qui grandissent en France?", avait notamment apostrophé sur le réseau X l'ancien ministre de l'Economie, Antoine Armand.
Mais Bercy estime vendredi que l'intervention de l'Etat, rendue possible par la procédure du contrôle des investissements étrangers en France (IEF), "transforme le projet de cession initiale en un véritable partenariat compatible avec la souveraineté technologique nationale".
L'Etat a notamment imposé au vendeur EDF de "réexaminer l'offre pour y intégrer un acteur français".
Ainsi, l'accord prévoit l'entrée au capital dans Mara France du groupe NJJ, holding contrôlée par le milliardaire français Xavier Niel.
"NJJ Capital ("NJJ") et Mara Inc ont noué un partenariat capitalistique au terme duquel NJJ prendra une participation minoritaire de 10% au capital de Mara France", indiquent NJJ, Mara et EDF dans leur communiqué.
Un montage qui permet ainsi à la société de Xavier Niel de rentrer dans la gouvernance d'Exaion.
Quant au groupe EDF, il restera actionnaire et client de Exaion.
"Ensemble, les intérêts français représentent désormais près de la moitié du capital d'Exaion", précise le gouvernement.
Le conseil d'administration d'Exaion "est désormais majoritairement nommé par des investisseurs français", un "rééquilibrage" qui "assure une majorité d'intérêts français avec 5 sièges sur 8", précise Bercy.
Dans le détail, le Conseil d'administration d'Exaion comptera "trois représentants désignés par Mara Inc, trois représentants désignés par EDF Pulse Ventures, un représentant désigné par NJJ et le directeur général et co-fondateur d’Exaion", selon le communiqué d'EDF, Mara et Exaion.
"Xavier Niel ainsi que Fred Thiel, PDG de Mara, siégeront au sein du conseil d’administration d’Exaion", précisent les trois sociétés.
Selon une source du dossier, l'accord prévoit que Mara disposera en réalité au total de 4 représentants, en s'engageant à laisser le droit à NJJ de désigner le membre de son choix, donc Xavier Niel.
Le retrait de la clause de non-concurrence permet enfin à EDF de bénéficier d'"une pleine autonomie stratégique pour le développement de ses activités et projets futurs" dans le numérique, estime le ministère.
"L’objectif du partenariat entre Mara, EDF et NJJ est d’accélérer le déploiement d’Exaion, de renforcer ses capacités en matière de cloud sécurisé et de calcul haute performance, et de faire émerger depuis la France, avec Exaion, un acteur européen dans le domaine des infrastructures numériques", ont déclaré les trois sociétés.
Mara avait expliqué à l'automne vouloir s'installer en France en raison de la performance du système électrique français, un atout pour ses activités qui requiert de gros volumes d'électricité sans interruption.
Le groupe a notamment choisi la France parce que "c'est un des pays où le système énergétique électrique est le plus sophistiqué, le plus efficace", avait assuré Gérard Mestrallet, ancien patron de GDF Suez, aujourd'hui Engie, et conseiller du groupe américain.