L'emprise au coeur du procès de l'ancien plumassier du Lido, jugé pour viols et agressions sexuelles sur mineurs
information fournie par AFP 31/03/2026 à 21:31

Jean-Claude de Roo, alias Dominique, le plumassier du Lido, le 1er juin 2022 ( AFP / Thomas COEX )

L'une des deux victimes présumées de l'ancien plumassier belge du Lido, accusé de viols et d'agressions sexuelles sur mineurs, a décrit mardi devant la cour criminelle de Paris une relation "sous emprise" dont elle dit avoir souffert dès l'âge de 14 ans.

"Petit à petit, il a tissé sa toile autour de moi, il m'a isolé des personnes autour de moi, il m'a mise sous cloche", déclare Baptiste, aujourd'hui âgé de 33 ans.

À la barre, il raconte d'une voix claire et posée sa relation avec Jean-Claude de Roo, jugé à 77 ans pour viols et agressions sexuelles sur mineur, ainsi que corruption de mineur - des faits survenus à son égard entre janvier 2007 et octobre 2010.

À cette époque, le plumassier, surnommé " Dominique ", fait la connaissance de Baptiste, un adolescent qui rêve de devenir danseur, par l'intermédiaire d'une connaissance commune.

Le garçon évolue dans un environnement familial compliqué à Nice, avec un père absent et une mère dépressive, et subit du harcèlement scolaire.

" Je me suis dit que c'était peut‑être la bonne étoile qui veillait sur moi", dit-il à propos de M. de Roo, qui "parle très vite de toutes les célébrités qu'il connaît".

- "J'ai totalement déconnecté" -

D'après l'enquête, une relation "sous emprise" s'installe rapidement entre l'adolescent et le plumassier, qui a contribué aux costumes féeriques du Lido, mythique cabaret des Champs-Élysées.

Le premier viol dont est accusé M. de Roo remonte à début 2007, quand Baptiste à 14 ans.

Lors d'une séance photo, se souvient-il, "j'ai pleuré, il m'a pris dans ses bras et m'a dit +Ne t'inquiète pas, je fais pareil avec mon fils+".

"Il a touché mon sexe et m'a fait une fellation", poursuit le jeune homme. "J'ai totalement déconnecté".

"Je n'avais personne à qui en parler, déplore Baptiste, je n'étais même pas capable de qualifier les faits".

Selon lui, "D." - il refuse de prononcer son prénom - "a exercé son emprise par chaque acte, chaque viol". "Et une fois l'emprise acquise, il y a eu beaucoup de chantage affectif".

Autour de ses "15‑16 ans", Baptiste, alors installé à Nice, part vivre à Paris chez Jean‑Claude de Roo, qui se remet d'un cancer. Celui‑ci, insiste‑t‑il, avait proposé de l'héberger pour ses études.

Le jeune homme explique qu'ils dormaient dans le même lit pour des " raisons logistiques"  et affirme que l'accusé exerçait sur lui une forme de "chantage affectif", lui disant: "tu vas me laisser tout seul, je vais me suicider".

- "Pas compris pourquoi" -

Baptiste, qui dit aujourd'hui avoir des "pensées suicidaires très importantes" liées à cette affaire, a assuré avec constance à la barre que Jean-Claude de Roo était "son seul adulte référent".

Il dit aussi n'avoir "jamais été en couple" avec lui. "C'était un neveu et son oncle puis un père et son fils", décrit-il à propos de leur relation.

M. de Roo, qui a toujours réfuté les accusations, affirme "avoir entretenu une relation consentie" avec Baptiste, "qui a démarré à l'initiative" de ce dernier à l'aube de ses 18 ans - jusqu'à leur "rupture" en 2016.

"Cette séparation (...) je l'ai très mal vécue", a-t-il assuré lundi à l'ouverture de son procès, affirmant "à trois reprises (avoir) essayé d'en finir".

Jean-Claude de Roo doit être interrogé mercredi, dernier jour de son procès.

Il est également poursuivi pour une agression sexuelle commise en 2016 par personne ayant autorité sur une deuxième victime présumée.

Louison (qui, comme Baptiste, a souhaité donner son vrai prénom), 16 ans à l'époque et en CAP plumasserie, a raconté lundi que lors d'une visite à Jean‑Claude de Roo dans sa boutique-atelier à Paris, il a subi des "attouchements".

"Je n'ai pas compris pourquoi il a dit ça", s'est défendu l'accusé mardi matin, avançant l'idée d'une machination de la part de "concurrents" pour le "faire tomber".

Plus tard dans la journée, celui qu'il appelait son "fils" (M. de Roo n'a en réalité pas de fils) est venu témoigner. À la surprise générale, cet autre jeune homme a expliqué avoir subi "des rapports sexuels non consentis" de ses 14 ans à ses 18 ans. Aucune plainte n'a été déposée à ce jour concernant ces faits.