L'armée syrienne lance une offensive contre les Kurdes à Alep
information fournie par Reuters 09/01/2026 à 21:36

(Actualisé avec déclarations de l'armée)

L'armée syrienne a annoncé vendredi le lancement d'une opération visant à chasser les forces kurdes du quartier de Cheikh Maqsoud à Alep (Nord), où des affrontements meurtriers ont éclaté ces derniers jours entre les deux parties.

Les combattants kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS) avaient auparavant rejeté vendredi les conditions du cessez-le-feu temporaire décrété par le ministère syrien de la Défense dans trois quartiers d'Alep.

Le ministère avait annoncé jeudi accorder aux groupes armés un laps de six heures pour quitter les zones disputées.

Les combattants devaient quitter les quartiers de Cheikh Maqsoud, Achrafiyah et Bani Zaïd entre 03h00 (minuit GMT) et 09h00 (06h00 GMT). Alors que des sources sécuritaires syriennes avaient initialement indiqué vendredi qu'aucun retrait n'était intervenu avant l'échéance, deux responsables ont ensuite déclaré que l'armée allait reprendre par la force le quartier de Cheikh Maqsoud à la suite de l'échec du cessez-le-feu.

Dans un communiqué, les conseils kurdes qui dirigent les quartiers de Cheikh Maqsoud et Achrafiyah à Alep ont déclaré que leur retrait serait "un appel à la reddition" et que les forces kurdes allaient "défendre leurs quartiers".

La déclaration affirme que le gouvernement de Damas n'est pas digne de confiance "pour notre sécurité et nos quartiers" et que les attaques contre ces zones visent à provoquer des déplacements forcés.

Survenue mardi, cette escalade des tensions a contraint quelque 140.000 personnes à fuir. Au moins neuf civils ont été tués, d'après les autorités syriennes. Ni le gouvernement ni les forces kurdes n'ont annoncé le nombre de victimes parmi leurs combattants.

L'armée syrienne a annoncé vendredi qu'elle allait cibler des zones à Cheikh Maqsoud et a exhorté les habitants à quitter les lieux, ont rapporté les médias d'État. Les frappes ont commencé deux heures après contre des sites utilisés selon Damas par les FDS pour "attaquer le peuple d'Alep".

Selon des sources au sein des FDS, un hôpital figure parmi les cibles et a été bombardé quatre fois depuis jeudi. Le ministère syrien de la Défense affirme qu'il s'agit d'un dépôt d'armes qui a été détruit intégralement vendredi.

ÉCHEC DE L'ACCORD D'INTÉGRATION ?

Tom Barrack, l'envoyé américain pour la Syrie, avait salué dans la nuit ce qu'il a qualifié de "cessez-le-feu" temporaire, précisant oeuvrer à une nouvelle échéance pour sa mise en application. "Nous espérons que ce week-end apportera un calme plus durable et un dialogue plus approfondi", a-t-il écrit sur X.

Une source occidentale a précisé par la suite qu'il était attendu à Damas, ce que l'entourage de Tom Barrack a refusé de commenter.

Le ministère français des Affaires étrangères dit travailler avec les Etats-Unis en vue d'une désescalade, appelant le président Ahmed Al Charaa à la "retenue".

Les tensions à Alep représentent un défi majeur pour le nouvel homme fort de Damas, qui s'est engagé à unifier la Syrie après quatorze années de guerre civile. Les Kurdes résistent à la reprise en main du pays par les autorités et à l'intégration de leurs combattants au sein des forces gouvernementales.

Ahmed Al Charaa, ancien commandant d'Al-Qaïda appartenant à la majorité musulmane sunnite, a promis à plusieurs reprises de protéger les minorités mais des violences opposant ses forces à des combattants alaouites et druzes ont fait des centaines de morts et semé la panique dans les communautés minoritaires.

Le président syrien s'est entretenu vendredi par téléphone avec Massoud Barzani, chef du Parti démocratique du Kurdistan, et l'a assuré que les Kurdes "étaient une part fondamentale du tissu national syrien".

Pendant la guerre civile (2011-2024), les Kurdes, sous l'impulsion des Unités de protection du peuple (YPG) et avec le soutien des Etats-Unis, ont instauré une administration semi-autonome dans le nord-est du pays et dans des zones d'Alep.

Après la chute du président Bachar al Assad en décembre 2024 face à l'offensive d'une coalition islamiste menée par Ahmed Al Charaa, les FDS sont convenues avec le nouveau pouvoir d'un accord prévoyant leur intégration complète dans les troupes gouvernementales d'ici la fin 2025. Mais le processus patine.

Des discussions chapeautées par les Etats-Unis n'ont pas permis de réaliser de progrès tangibles. Une réunion s'était notamment tenue dimanche.

La Turquie, pays voisin, considère les FDS comme une organisation terroriste liée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et a menacé de mener une action militaire si le groupe ne respectait pas l'accord d'intégration.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a évoqué vendredi la situation à Alep avec son homologue syrien Assaad al Chibani, a déclaré une source du ministère turc des Affaires étrangères.

(Reportage Mahmoud Hasano, Orhan Qereman, Maya Gebeily et Enas Alasheray, avec la contribution de Khalil Ashawi à Alep et Kinda Makieh à Damas, Huseyin Hayatsever à Ankara, Jana Choukeir à Dubaï, Lili Bayer, rédigé par Tom Perry ; version française Jean Terzian et Etienne Breban, édité par Kate Entringer et Sophie Louet)