L'armée israélienne se retire de Hébron, les habitants retrouvent leurs maisons saccagées
information fournie par AFP 02/11/2026 à 13:05

Un Palestinien examine les dégâts causés à son domicile dans le quartier de Deir Baha, à Hébron, en Cisjordanie occupée, le 2 novembre 2026, après être rentré chez lui suite à son déplacement lors d'une opération militaire israélienne menée la semaine dernière. ( AFP / HAZEM BADER )

L'armée israélienne s'est retirée de Hébron après avoir "terminé" selon un responsable militaire une vaste opération ayant entraîné le déplacement de plus de 3.000 habitants palestiniens, qui ont retrouvé lundi leurs maisons saccagées.

L'armée était entrée il y a dix jours dans la ville, la plus grande de Cisjordanie occupée, juste après une attaque meurtrière à un checkpoint voisin qui avait coûté la vie à deux soldats.

Le quartier dont étaient originaires les deux assaillants, tués pendant l'attaque, avait été entièrement bouclé et vidé de ses habitants - 500 familles environ selon la municipalité -, principalement pendant la nuit.

Après plus d'une semaine sur place et des "fouilles approfondies" ainsi que des interrogatoires et arrestations, l'opération a permis de saisir "quatre armes et plusieurs gilets pare-balles", a indiqué lundi le responsable militaire.

Dans la matinée, l'AFP y a vu des dizaines d'immeubles tagués d'une large croix noire ou rouge, indiquant qu'ils avaient été fouillés. À l'intérieur, les habitations sont sens dessus dessous : meubles jetés au sol, matelas retournés, habits ou jouets d'enfant éparpillés, bris de fenêtres au sol.

Une Palestinienne examine les dégâts causés à son domicile dans le quartier de Deir Baha, à Hébron, en Cisjordanie occupée, le 2 novembre 2026, après être revenue chez elle suite à son déplacement lors d'une opération militaire israélienne menée la semaine dernière. ( AFP / HAZEM BADER )

Dans l'une d'elles, un étron trône au sol des toilettes.

Les habitants, tout juste rentrés dans la matinée, constatent les dégâts. Partout, des femmes rangent et nettoient.

Muhannad al-Tamimi, qui avait trouvé refuge à la mosquée pendant ces dix jours, est rentré chez lui il y a une heure à peine, dans son appartement au rez-de-chaussée d'un immeuble. C'est ici selon lui que les soldats se sont installés, comme ils le font habituellement lors d'opérations durant plusieurs jours.

Le frigo est vidé, et on voit que des gens y ont dormi.

Au début de l'opération dans la nuit, une vingtaine de soldats ont fait sauter sa porte, dit-il à l'AFP. "Ils m'ont agressé, braqué une arme sur la tête de ma femme, terrifié mes enfants et donné un coup de pied à ma fille", décrit-il, assurant qu'outre les dégâts, plusieurs milliers de dollars avaient disparu après les fouilles.

Sollicitée par l'AFP sur ces accusations, l'armée israélienne a dit se renseigner.

Les véhicules militaires ont désormais disparu de Hébron, remplacés par ceux des pompiers, de la Défense civile (organisation de secours) et des forces de sécurité de l'Autorité palestinienne.

Fenêtres en miettes

Cette photo aérienne montre une vue du quartier de Deir Baha à Hébron, en Cisjordanie occupée, le 2 novembre 2026, alors que les Palestiniens y reviennent après avoir été déplacés à la suite d'une opération militaire israélienne menée la semaine dernière. ( AFP / Hazem BADER )

De l'extérieur, la plupart des immeubles du quartier sont intacts, mais quelques habitations ont été détruites, notamment celles des deux assaillants - c'est quasi systématique après des attaques perpétrées par des Palestiniens.

Sur le mur du hall de l'immeuble de l'un d'eux, les soldats ont calculé au marqueur noir les charges nécessaires pour faire exploser l'appartement du cinquième et dernier étage, celui de l'assaillant. Il n'en reste plus rien. Les pans de murs et autres débris ont atterri dans les étages du dessous, où les fenêtres sont en miettes.

Dans la première nuit de l'opération, "on nous a dit au haut-parleur de sortir des appartements et de les laisser ouvert", explique Mohammad Juaaba, le grand-père de l'un des assaillants. Il vient de revenir après avoir séjourné chez des proches, comme une quarantaine de membres de la famille qui habite l'immeuble.

Un jeune Palestinien marche sur un drapeau israélien alors qu'il rentre chez lui dans le quartier de Deir Baha, à Hébron, en Cisjordanie occupée, le 2 novembre 2026, après avoir été déplacé à la suite d'une opération militaire israélienne menée la semaine dernière. ( AFP / HAZEM BADER )

L'attaque s'était produite le 23 octobre, à quelques jours des élections législatives en Israël.

Dans ce contexte, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'était rendu immédiatement sur place, et avait annoncé une opération d'ampleur à venir dans l'ensemble de la Cisjordanie.

Les autorités israéliennes ont attribué l'attaque "à une cellule du Hamas", au pouvoir dans la bande de Gaza et responsable de l'attaque sans précédent du 7 octobre 2023 en Israël. Le mouvement islamiste palestinien s'était félicité de l'attaque à Hébron, sans la revendiquer.

Le ministre israélien de la Défense avait prévenu que les habitants du quartier ne seraient "pas autorisés à revenir tant que nous n'aurons pas fini de régler tous les problèmes liés au Hamas à Hébron".

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres et son Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Volker Türk, avaient de leur côté dénoncé l'opération.

"Nous assistons à une escalade de la répression, tandis que le spectre du nettoyage ethnique plane de plus en plus lourdement. Cela doit cesser", avait notamment déclaré M. Guterres.