L'armée iranienne s'engage à protéger les biens publics alors que la répression s'accentue information fournie par Reuters 10/01/2026 à 11:36
L'armée iranienne a déclaré samedi qu'elle protégerait les infrastructures stratégiques et les biens publics et a exhorté les Iraniens à déjouer "les complots de l'ennemi", alors que la répression des manifestations provoquées par une situation économique catastrophique s'accentue.
La déclaration de l'armée iranienne se veut une réponse à de nouvelles menaces formulées vendredi par Donald Trump contre les dirigeants iraniens et au chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, qui a affiché samedi son soutien au "courageux peuple iranien".
Les troubles se sont poursuivis pendant la nuit à huis clos, internet étant totalement coupé dans le pays. Les médias officiels ont déclaré qu'un bâtiment municipal avait été incendié à Karaj, à l'ouest de Téhéran, et ont accusé des "émeutiers". La télévision d'État a diffusé des images de funérailles de membres des forces de sécurité tués, selon elle, lors de manifestations dans les villes de Shiraz, Qom et Hamedan.
Un habitant joint par téléphone dans l'ouest de l'Iran a déclaré que des membres des Gardiens de la révolution étaient déployés et ouvraient le feu sur les manifestants. Il n'a pas souhaité être identifié pour des raisons de sécurité.
Les Gardiens de la révolution ont déclaré samedi que la sécurité du pays et les acquis de la révolution islamique de 1979 étaient des "lignes rouges" pour les manifestants.
Dans un communiqué publié par des sites d'information semi-officiels, l'armée a accusé de son côté Israël et des "groupes terroristes hostiles" de chercher à "porter atteinte à la sécurité publique du pays".
"L'armée, sous le commandement du commandant en chef suprême, et les autres forces armées, en plus de surveiller les mouvements de l'ennemi dans la région, protégeront et sauvegarderont résolument les intérêts nationaux, les infrastructures stratégiques du pays et les biens publics", indique le communiqué.
LE FILS DU CHAH APPELLE À LA MOBILISATION
Les manifestations se sont étendues à la majeure partie de l'Iran au cours des deux dernières semaines, d'abord en réponse à l'inflation galopante, puis en prenant une tournure de plus en plus politique contre le pouvoir en place.
L'organisation iranienne de défense des droits humains HRANA a déclaré avoir recensé 65 morts, dont 50 manifestants et 15 membres des forces de sécurité, à la date du 9 janvier. Selon l'organisation de défense des droits de l'homme Hengaw, basée en Norvège, plus de 2.500 personnes ont été arrêtées au cours des deux dernières semaines.
Un médecin du nord-ouest de l'Iran a déclaré que depuis vendredi, un grand nombre de manifestants avaient été amenés à l'hôpital. Certains ont été violemment battus, souffrant de blessures à la tête, de jambes et de bras cassés, ainsi que de profondes coupures, a-t-il dit.
Dans ce contexte, le fils du dernier chah d'Iran, renversé en 1979, a lancé depuis les États-Unis où il vit en exil un appel à la mobilisation.
"Notre objectif n'est plus seulement de descendre dans la rue, mais de nous préparer à nous emparer des centres-villes et à les tenir", a écrit Reza Pahlavi sur les réseaux sociaux, appelant les employés des secteurs clés de l'économie, dont les transports, le pétrole et le gaz, à entamer une grève générale.
Donald Trump, qui n'a pas souhaité pour le moment rencontrer Reza Pahlavi, a averti Téhéran la semaine dernière que les États-Unis pourraient venir en aide aux manifestants: "Vous feriez mieux de ne pas commencer à tirer parce que nous tirerons
aussi", a-t-il lancé vendredi aux dirigeants iraniens, en écho aux frappes américaines contre l'Iran l'été dernier.
Le guide suprême de la Révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, a en retour accusé les manifestants d'être des "mercenaires" au service de Washington.
Le régime iranien a surmonté à de nombreux épisodes de contestation par le passé, notamment les manifestations des étudiants en 1999, après les élections contestées en 2009, contre les difficultés économiques en 2019 ou encore du mouvement "Femme, vie, liberté" en 2022 après la mort en détention de Mahsa Amini.
(Bureau de Dubaï, rédigé par Tom Perry ; version française Tangi Salaün)