L'AIEA plaide pour une vérification nucléaire "très poussée" en Iran
information fournie par AFP 26/06/2026 à 11:30

Rafael Mariano Grossi, le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) lors d'une conférence de presse à Tokyo, le 26 juin 2026 ( AFP / Yuichi YAMAZAKI )

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a estimé vendredi qu'après les hostilités au Moyen-Orient, un système de vérification "très poussé" était nécessaire en Iran pour s'assurer qu'il ne développe pas d'armes nucléaires, un dossier épineux des négociations irano-américaines en cours.

Le protocole d'accord signé le 17 juin, plus de trois mois après le début du conflit, prévoit que l'Iran ne développera pas d'armes nucléaires. Le texte prévoit aussi la mise en place d'un mécanisme pour traiter les stocks iraniens d'uranium hautement enrichi par, "au minimum, une méthode de dilution sur place sous la supervision de l'AIEA".

Le directeur de l'Agence s'est exprimé après que le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio s'est efforcé jeudi, lors d'une visite auprès des pétromonarchies alliées, de les rassurer, affirmant que malgré sa détermination à arracher un accord final avec Téhéran, Washington n'en voulait pas "à n'importe quel prix".

"Je pense que l'objectif de cet accord est de garantir qu'il n'y ait pas de développement d'armes nucléaires en Iran. Le gouvernement iranien a déclaré très clairement que ce n'est pas son intention", a déclaré M. Grossi, lors d'une conférence de presse au Japon.

Mais "les intentions ne suffisent pas. Nous devons mettre en place un système de vérification très poussé (...) dès que possible", a-t-il ajouté.

Avant les frappes américaines et israéliennes de juin 2025, l'AIEA avait calculé que l'Iran possédait environ 440 kilogrammes d'uranium enrichi à 60%, soit un niveau proche des 90% nécessaires à la fabrication d'une bombe.

Depuis, le sort de ce stock reste incertain, Téhéran refusant l'accès aux inspecteurs sur les sites bombardés.

Téhéran a toujours nié vouloir se doter de la bombe atomique, tout en restant inflexible sur son droit à exploiter une filière nucléaire civile.

Les autorités iraniennes ont suspendu en juillet 2025 la coopération avec l'AIEA. Elles avaient toutefois accepté en septembre d'accueillir de nouveau des inspecteurs, et des membres de l'agence se sont rendus ces derniers mois sur place, mais sans avoir accès aux sites bombardés.

Selon M. Grossi, l'AIEA a "à peine entamé" des discussions avec l'Iran sur le devenir du stock d'uranium.

Une alternative à la dilution pourrait consister à expédier l'uranium enrichi hors d'Iran, a-t-il avancé, une option également soutenue par Washington.

Craintes du Golfe

Des bateaux cargo au large du Port De Khor Fakkan dans le golfe d'Oman, le 19 juin 2026 ( AFP / - )

A Téhéran, des habitants partagent avec l'AFP leur anxiété face à une situation quotidienne que le protocole d'accord n'a en rien amélioré.

"Il n'a eu aucun effet réel", dit Amir, 28 ans, employé du gouvernement: "la situation reste la même, la vie est simplement devenue plus difficile", affirme-t-il, déplorant une envolée du coût de la vie.

Les Iraniens sont en proie à un sentiment "de confusion et d’anxiété", après une guerre qui a laissé "non seulement des dégâts économiques, mais aussi de profondes cicatrices dans la société", abonde Mehdi, 35 ans, créateur de contenu.

Et si dans le Golfe, cible d'attaques iraniennes inédites, la fin des hostilités a été accueillie avec soulagement, ces pays veulent aussi voir traités le programme balistique de l'Iran et son soutien à des groupes armés, des sujets qui ne figurent pas dans le protocole d'accord.

Autre sujet brûlant: le détroit d'Ormuz, voie large d'une trentaine de kilomètres où transitait 20% du commerce mondial d'hydrocarbures avant la guerre.

L'Iran veut y imposer des droits de passage, contre l'avis de Washington et du voisin omanais, autre pays riverain.

Un cargo qui avait emprunté cette voie y a été endommagé jeudi par un projectile d'origine inconnue, selon l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.

Les médias américains, citant un responsable, ont imputé le tir aux forces armées iraniennes.

L'autorité maritime iranienne a averti, après l'attaque, que "tout passage en dehors du cadre défini" par l'Iran "ne bénéficierait pas des garanties de passage sécurisé".

Dans la foulée, l'Organisation maritime internationale (OMI) a suspendu l'évacuation de quelque 11.000 marins toujours bloqués dans le Golfe.

"Défaite" israélo-américaine

Des partisans du Hezbollah brandissent le portrait du leader historique du mouvement assassiné par Israël, Hassan Nasrallah, à l'occasion de l'Achoura, journée de deuil pour la mort de Hussein, figure clé de l'islam chiite,à Beyrouth, le 26 juin 2026 ( AFP / Joseph EID )

Sur le front libanais, une cinquième session de pourparlers entre Beyrouth et Israël, censée se terminer jeudi, doit se poursuivre vendredi à Washington, selon le département d'Etat.

Le protocole d'accord prévoit la cessation des hostilités, y compris au Liban, comme exigé par l'Iran.

Mais malgré une accalmie, Israël a mené de nouvelles frappes, faisant sept morts depuis mardi, selon Beyrouth. Son armée, déployée dans le sud du Liban, a dit avoir visé jeudi des combattants du Hezbollah pro-iranien.

Israël exclut tout retrait du pays voisin tant que pèsera la menace du Hezbollah sur ses citoyens.

Le chef de la formation chiite, Naïm Qassem, a lui appelé vendredi à un retrait israélien "inconditionnel", rejetant toute normalisation avec Israël.

En écho à la position iranienne, il a aussi qualifié le protocole d'accord de déclaration de "défaite" d'Israël et des Etats-Unis.