L'Afghanistan fait état de 408 morts dans une frappe du Pakistan contre un centre de désintoxication à Kaboul
information fournie par Reuters 17/03/2026 à 13:19

(Actualisé avec bilan et précisions)

par Mohammad Yunus Yawar, Ariba Shahid et Asif Shahzad

Plus de 400 personnes ont été tuées et 265 autres blessées dans une frappe aérienne pakistanaise sur un centre de désintoxication à Kaboul, a déclaré mardi un porte-parole du gouvernement taliban, une accusation qualifiée de fausse et trompeuse par Islamabad.

Le gouvernement pakistanais a dit avoir "visé avec précision des installations militaires et des infrastructures de soutien au terrorisme".

Ce bombardement intervient alors que les deux pays voisins, jadis alliés, sont depuis le mois dernier en "guerre ouverte".

D'après un message sur X de Hamdoullah Fitrat, porte-parole adjoint du gouvernement taliban, une frappe aérienne survenue lundi à 21h00 (16h30 GMT) a visé l'hôpital Omid, un établissement d'accueil pour toxicomanes de 2.000 lits.

Le ministère pakistanais de l'Information a pour sa part déclaré que cet hôpital se trouvait à plusieurs kilomètres de Camp Phoenix, le "site de stockage d'équipements et de munitions militaires terroristes" visé par cette frappe.

"Les explosions secondaires visibles après les frappes indiquent clairement la présence de vastes dépôts de munitions", a écrit le ministre pakistanais de l'Information, Attaullah Tarar, sur X.

Des habitants de Kaboul, dont un journaliste de Reuters, disent que Camp Phoenix, ancienne base militaire de l'Otan dans la capitale afghane, a été transformé il y a une dizaine d'années en centre de désintoxication et qu'il est désormais appelé Camp Omid, ou "camp de l'espoir", bien que son nom officiel soit l'hôpital Ibn Sina de traitement des addictions aux drogues.

Selon ces habitants, c'est bien cet établissement qui a été touché et l'hôpital Omid et le camp Omid n'ont aucun rapport.

BÂTIMENTS DÉTRUITS

Sur les lieux du bombardement, un bâtiment de plain-pied aux murs calcinés porte les traces des flammes qui l'ont ravagé. D'autres bâtiments sont réduits à l'état d'amas de bois et de métal, avec ça et là quelques lits superposés restés intacts et des couvertures, des draps et des effets personnels éparpillés au sol.

Abdul Mateen Qanie, porte-parole du ministère afghan de l'Intérieur, a fait état de 408 morts et 265 blessés. Les victimes ont été réparties dans divers hôpitaux de Kaboul et les autorités afghanes n'ont pas précisé comment elles avaient établi ce bilan.

Les personnes tuées étaient essentiellement des civils et des toxicomanes, a dit Zabihullah Mujahid, porte-parole des taliban.

Reuters n'a pu vérifier de manière indépendante le bilan annoncé.

Le Conseil norvégien pour les réfugiés, organisation humanitaire indépendante, a dit que son personnel avait vu un grand nombre de victimes.

"Nous avons visité ce matin l'hôpital accueillant les toxicomanes à Kaboul et avons découvert des centaines de civils tués ou blessés", a-t-il dit dans un communiqué.

Des témoins disent avoir entendu trois bombes exploser alors que les personnes présentes dans ce centre de désintoxication terminaient leur prière du soir. Deux de ces explosions ont retenti dans la partie accueillant les patients et les chambres.

"Tout a pris feu. On aurait dit l'apocalypse", témoigne Ahmad, un patient de 50 ans. "Mes amis brûlaient dans les flammes et on n'a pas pu tous les sauver."

Le porte-parole du Premier ministre pakistanais a qualifié de "mensonges constants" les affirmations afghanes et a déclaré que les "opérations de contre-terrorisme" pakistanaises se poursuivraient aussi longtemps que nécessaire.

Islamabad accuse les taliban au pouvoir à Kaboul de laisser l'Afghanistan servir de sanctuaire aux combattants du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) et du groupe Etat islamique (EI) pour lancer des attaques contre le Pakistan, ce que démentent les taliban. Ces derniers jugent que la lutte des autorités pakistanaises contre les groupes armés relève d'un problème interne au Pakistan.

(Mohammad Yunus Yawar à Kaboul, Asif Shahzad à Islamabad et Ariba Shahid à Karachi, avec Sayed Hassib à Kaboul, rédigé par YP Rajesh; version française Jean Terzian et Bertrand Boucey, édité par Sophie Louet)