L'actuel El Niño pourrait être "le plus puissant" depuis quatre décennies, met en garde l'ONU
information fournie par AFP 03/09/2026 à 18:04

Un graphique montrant l'évoluation du phénomène El Nino, lors d'une conférence de presse de l'Organisation météorologique mondiale à Genève, le 3 septembre 2026 ( AFP / Fabrice COFFRINI )

L'épisode actuel d'El Niño pourrait être "le plus puissant" observé depuis le début des mesures du phénomène climatique il y a quatre décennies, a mis en garde jeudi l'Organisation météorologique mondiale de l'ONU (OMM).

Dans une nouvelle mise à jour de ses prévisions, l'OMM annonce qu'"El Niño s'est solidement installé et va s'intensifier pour devenir un phénomène de très forte intensité dans les mois à venir, avec des répercussions importantes sur les régimes de température et de précipitations, ainsi que sur les risques d'inondations, de sécheresses et de chaleurs extrêmes".

L'épisode devrait "parvenir à son apogée vers la fin de l'année 2026", prévient encore l'OMM, indiquant aussi "une probabilité exceptionnellement élevée" de près de 100% qu'El Niño se maintienne jusqu'en février 2027.

Cet épisode "pourrait être plus puissant que tout ce que nous avons observé depuis le début de nos relevés, au point de littéralement dépasser les limites des graphiques que nous utilisons depuis quatre décennies", a alerté devant la presse à Genève la secrétaire générale de l'OMM, Celeste Saulo.

"Nous nous trouvons dans une zone à hauts risques où les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent la nouvelle norme", s'est alarmé de son côté dans un communiqué le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

Pacifique équatorial en surchauffe

El Niño est un phénomène naturel qui revient tous les deux à sept ans.

Les eaux de surface dans le centre et l'est du Pacifique équatorial se réchauffent à partir du printemps, ce qui entraîne les mois suivants des modifications majeures des régimes de vents, de pression et de précipitations à l'échelle mondiale.

Les températures de surface de la mer dans cette zone du Pacifique équatorial sont déjà nettement supérieures à la moyenne et continuent d'augmenter.

Elles étaient en moyenne supérieures de 1,5°C aux normales entre mai et juillet 2026, puis de 2,0°C en juillet, relève l'OMM, évoquant aussi entre fin juillet et mi-août des relevés de 2,2°C à 2,6°C au-dessus de la moyenne, "ce qui témoigne de la poursuite du renforcement du phénomène".

Sous la surface de l'océan, les températures océaniques étaient même dans certaines zones supérieures de plus de 8°C à la moyenne en juillet et au début du mois d'août. Cet énorme réservoir d'"eaux océaniques très chaudes va alimenter l'intensité d'El Niño", a annoncé Mme Saulo.

Si chaque El Niño est différent, le phénomène a historiquement provoqué ou intensifié des sécheresses et risques d'incendies dans certaines régions de l'Amazonie, d'Amérique centrale, d'Indonésie et d'Australie, des perturbations de la mousson en Inde ou des pluies diluviennes dans l'est de l'Afrique.

Wilfran Moufouma-Okia, chef des prévisions climatiques à l'OMM, a indiqué que certaines régions seraient touchées avant, d'autres pendant et d'autres encore après le pic attendu plus tard cette année, précisant toutefois que l'intensité de ce pic ne permet pas de préjuger de la gravité de ses conséquences.

"Course contre la montre"

Depuis 1950, sept épisodes ont atteint le niveau "très fort", selon l'Agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA), le plus fort étant apparu en 1982-1983.

Ce phénomène s'ajoute au changement climatique causé par les activités humaines, dopant les événements météo extrêmes. Ses effets varient selon les régions et les saisons et peuvent être modifiés par d'autres facteurs climatiques, notamment les conditions dans les océans Indien et Atlantique.

Pour la période septembre-novembre 2026, les prévisions de l'OMM indiquent une probabilité accrue de températures supérieures à la normale sur la quasi-totalité des terres émergées, ainsi que des régimes de précipitations correspondant à un fort El Niño dans le Pacifique.

El Niño "a le potentiel de porter un coup dur aux populations et aux économies du monde entier", a prévenu la secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo.

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a parallèlement lancé jeudi un appel de 110 millions de dollars (environ 95 millions d'euros) en vue de protéger 4,9 millions de personnes contre les effets "potentiellement graves" du nouvel épisode d'El Niño.

Ces fonds "permettraient à l'OIM et à ses partenaires d'agir avant que les besoins humanitaires ne s'aggravent", indique l'organisation.

La secrétaire générale de l'Organisation météorologique mondiale Celeste Saulo à Genève, le 3 septembre 2026 ( AFP / Fabrice COFFRINI )

"Une course contre la montre se joue désormais entre l'aggravation des risques et notre détermination à agir pour le climat et à protéger les populations", a exhorté M. Guterres.

L'année suivant El Niño, la chaleur emmagasinée dans l'océan se libère dans l'atmosphère, contribuant généralement à augmenter les températures mondiales, ce qui fait prédire à de nombreux climatologues que l'année 2027 sera la plus chaude jamais enregistrée.

L'année la plus chaude à ce jour a été 2024, après le dernier El Niño. "Nous ne devrions pas être surpris si ce record est battu", a estimé Mme Saulo.