Kyiv accuse Moscou d'avoir violé la "trêve énergétique" de Trump
information fournie par Reuters 12/10/2026 à 18:23

(Nombre de victimes actualisé, nouvelles déclarations de Zelensky, Merz et Peskov)

par Daniel Flynn et Pavel Polityuk

La Russie a frappé au moins six cibles énergétiques en Ukraine au cours d'une nuit et d'une matinée marquées par des bombardements meurtriers à travers le pays, a déclaré lundi le président Volodimir Zelensky, preuve selon lui que Moscou n'a aucun intérêt pour le cessez-le-feu annoncé par Donald Trump.

Donald Trump, sous la pression des prix élevés de l'énergie à l'approche des élections de mi-mandat américaines le 3 novembre, a pris au dépourvu Kyiv et ses alliés européens ce weekend en annonçant un "cessez-le-feu énergétique", après avoir également dévoilé un accord visant à acheter du diesel à la Russie.

Le président ukrainien, Volodimir Zelensky, a déclaré qu’il attendait toujours les détails de l’accord annoncé par Donald Trump, Kyiv se méfiant de tout traité qui pourrait donner un avantage à la Russie en contraignant l’Ukraine à cesser unilatéralement ses attaques contre les raffineries russes.

"Il y a eu des violations russes du cessez-le-feu énergétique annoncé par le président Trump", a annoncé Volodimir Zelensky lors d’une conférence à Varsovie par visioconférence.

"Nous attendons les détails des conditions convenues entre les Américains et les Russes, et nous attendons de voir quelle mesure concrète les Américains sont prêts à prendre", a-t-il précisé, disant avoir pris connaissance de l’accord par la presse.

"Ce cessez-le-feu énergétique peut fonctionner, et il peut constituer une avancée majeure vers la fin de la guerre si les Américains interviennent véritablement dès maintenant et veillent à ce que les Russes le respectent."

Le chef de l'Etat ukrainien a indiqué que l’Ukraine n’avait mené aucune attaque contre les raffineries russes pendant la nuit de dimanche à lundi, mais a clairement fait savoir que l'Ukraine ne suspendrait pas ces attaques plus longtemps si la Russie ne cessait pas de frapper le réseau énergétique ukrainien.

"Il apparaît de plus en plus clairement que la Russie n’est pas disposée à accepter le cessez-le-feu énergétique proposé par les États-Unis et qu’elle a l’intention de poursuivre ses attaques aériennes terroristes contre notre peuple et nos communautés", a par ailleurs ajouté Volodimir Zelensky sur X.

NOUVELLES SANCTIONS DE L'UE

La Russie, pour sa part, a indiqué que des discussions étaient en cours concernant un éventuel cessez-le-feu énergétique, et le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que de plus amples informations seraient communiquées en temps voulu. Il a toutefois rejeté la proposition de Zelensky pour une trêve totale de 60 jours.

"Au Kremlin, tant le président (Vladimir) Poutine que les responsables à d’autres niveaux ont déclaré à plusieurs reprises que nous ne voulions pas d’un cessez-le-feu", a déclaré le porte-parole. "Nous voulons une paix durable et sommes prêts à tout mettre en œuvre pour y parvenir."

Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, a déclaré qu’elle préférerait un cessez-le-feu "qui implique qu’il n’y ait pas de morts", et qu’il n’était pas certain que la Russie s’y tienne.

"Nous appellerions les États-Unis à mettre en place les sanctions nécessaires pour que nous puissions réellement mettre fin à la guerre", a-t-elle déclaré lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères à Luxembourg.

Le chancelier allemand Friedrich Merz a quant à lui déclaré que Moscou "ne négociera i sérieusement que sous la pression, c’est pourquoi nous maintenons nos sanctions contre la Russie."

Après des attaques nocturnes qui ont fait au moins trois morts à Kharkiv, d’autres frappes ont eu lieu dans la matinée, touchant des immeubles d’habitation et blessant au moins 22 autres personnes, ont indiqué les autorités municipales. Au moins trois autres personnes auraient été tuées dimanche dans la ville d’Ivano-Frankivsk, dans l’ouest du pays.

Afin de maintenir la pression sur Moscou, les ministres de l’Union européenne ont adopté lundi près de 1.600 nouvelles sanctions visant le complexe militaro-industriel russe, a déclaré Kaja Kallas sur X.

"Plus de la moitié d’entre elles sont liées à la chaîne de production des missiles balistiques", a-t-elle indiqué.

Donald Trump exige que l’Ukraine cesse ses attaques contre les raffineries de pétrole russes, imputant à ces frappes la hausse des prix du diesel qui nuit à son parti républicain à l’approche des élections aux États-Unis.

(Daniel Flynn, Pavel Polityuk, Inti Landauro, Lili Bayer, Karol Badohal, Pawel Florkiewicz; rédigé par Matthias Williams; version française Etienne Breban et Matthieu Huchet)