Keir Starmer, l'avocat discipliné incapable d'impulser le "renouveau" au Royaume-Uni information fournie par AFP 22/06/2026 à 14:25
Le travailliste Keir Starmer avait juré de mettre à profit à Downing Street son expérience d'avocat et de procureur rigoureux mais il aura tenu moins de deux ans, devenu rapidement impopulaire et incapable de concrétiser sa promesse de "renouveau" pour le Royaume-Uni.
Le Premier ministre a annoncé lundi sa démission après des semaines de spéculations sur son avenir.
Les ambitions de son rival au Labour, Andy Burnham, élu jeudi député, ont précipité son départ. Ce dernier a confirmé lundi vouloir lui succéder.
Keir Starmer a quitté Downing Street comme il y était entré, avec gravité. Mais, rare signe d'émotion chez ce dirigeant souvent jugé austère, il avait des sanglots dans la voix à l'évocation de son épouse et de leurs deux enfants au cours de son discours de démission.
Le 5 juillet 2024, son arrivée après la large victoire du Labour aux législatives avait été saluée comme un espoir de restaurer la crédibilité de Downing Street. Sa sortie illustre les limites d'un chef du gouvernement incapable d'imprimer un récit mobilisateur.
Transformation du Labour
Né dans une famille modeste - un père outilleur et une mère infirmière handicapée en raison d'une maladie rare - Keir Starmer est entré tardivement en politique.
Elu député en 2015, après une carrière d'avocat spécialiste des droits humains, puis à la direction du parquet national - ce qui lui vaut d'être anobli par la reine Elizabeth II - il grimpe rapidement au sein d'un parti travailliste fracturé.
Son accession à la tête du Labour en 2020 intervient dans un moment de crise pour la formation, après les années du très à gauche Jeremy Corbyn. Keir Starmer - nommé en hommage au fondateur du Labour Keir Hardie - entreprend une mue idéologique : recentrage, mise à distance de l'aile gauche, promesse de respectabilité après les critiques sur l'antisémitisme au sein du parti.
Cette stratégie s'avère d'abord gagnante chez un électorat qui veut tourner la page de 14 années de pouvoir conservateur dans un Royaume-Uni confronté à une économie apathique, une hausse du coût de la vie, et à des services publics, notamment de santé, éreintés par des années d'austérité.
Keir Starmer s'emploie à démontrer que cette promesse de sérieux peut apporter des résultats concrets. Son bilan est marqué par certaines avancées dans l'accès à la santé et de nouveaux droits pour les travailleurs notamment.
Il enregistre des succès à l'international, où il s'est évertué à redonner du poids à la voix du Royaume-Uni, affaiblie depuis le Brexit.
Il a d'abord maintenu de bonnes relations avec Donald Trump, obtenant des droits de douane plus avantageux que ceux imposés par le président américain à d'autres pays. Mais son refus de soutenir pleinement l'offensive israélo-américaine contre l'Iran a ulcéré le républicain, qui a multiplié les piques contre lui.
Il a satisfait le monde économique en relançant les relations avec l'UE, mais les hausses d'impôts et de cotisations sont mal passées.
Déconnexion
Sa méthode de gestionnaire l'a finalement desservi. Les Britanniques ont rapidement semblé peiner à voir où celui qui se dit plus "pragmatique" qu'idéologue, voulait emmener le pays.
Sa personnalité sobre est apparue comme un handicap face à des adversaires plus offensifs comme Nigel Farage à la tête du parti anti-immigration Reform UK et Zack Polanski (Verts), bien plus à gauche.
Et une partie des Britanniques continue de ressentir une stagnation, voire un déclin, là où le Premier ministre avait promis le "renouveau".
Le durcissement de la politique migratoire qu'il a opéré n'a pas empêché la montée de Reform UK.
À cela s'ajoute une fragilité dans son propre camp. En recentrant le Labour, Keir Starmer s'est aliéné une partie de son aile gauche.
La défaite cuisante du parti aux élections locales début mai avait déclenché de nombreux appels à sa démission.
Il n'a pas non plus échappé aux affaires au sein de son gouvernement.
Plusieurs de ses ministres ont été contraints au départ, dont sa numéro deux Angela Rayner.
Et il a été accusé de ne pas prendre ses responsabilités dans l'affaire Peter Mandelson: nommé ambassadeur à Washington, l'ex-commissaire européen a été limogé neuf mois plus tard, après des révélations sur son amitié avec le pédocriminel Jeffrey Epstein.
Flûtiste et violoniste, joueur de football et supporteur d'Arsenal, Keir Starmer avait dit espérer qu'on se souvienne de lui comme ayant dirigé un gouvernement "audacieux et réformateur".
Il partira avec l'image d'un dirigeant discipliné mais indécis, ayant échoué à impulser le changement attendu.