La Syrie dénonce une "violation inacceptable" de son territoire après de meurtrières frappes jordaniennes
information fournie par AFP 27/10/2026 à 12:27

Une vitre brisée de l'église du village de Hammoud, dans le sud de la Jordanie, après une attaque, le 23 octobre 2026 ( AFP / - )

La Syrie a dénoncé mardi une "violation inacceptable" de son espace aérien au lendemain de frappes jordaniennes sur son territoire, où Amman a affirmé avoir tué plus de 20 combattants jihadistes, en réaction à l'attaque meurtrière d'une église du royaume imputée à des islamistes radicaux.

Il s'agit de la crise la plus grave entre les deux voisins depuis l'arrivée au pouvoir à Damas d'une coalition islamiste qui a renversé Bachar al-Assad en décembre 2024. Les autorités syriennes et jordaniennes ont avancé des bilans différents pour ces raids aériens.

Les frappes menées lundi soir "ont visé des positions de Daech" (acronyme en arabe du groupe Etat islamique) a affirmé le ministre jordanien des Télécommunications Mohamed al-Momni, faisant état "selon les premiers résultats" de "lourdes pertes dans ses rangs, estimées à plus de 20 combattants".

Les autorités syriennes ont elles recensé cinq personnes, dont trois enfants, tuées dans le hameau isolé d'al-Taf, dans la province méridionale de Deraa, frontalière de la Jordanie, et deux autres dans deux localités différentes.

Le ministère syrien des Affaires étrangères a "rejeté avec la plus grande fermeté les frappes jordaniennes (..) ainsi que la violation et l’incursion inacceptables dans l’espace aérien syrien sans aucune coordination préalable".

Signe de la tension, l'autorité syrienne des frontières et des douanes a annoncé la fermeture du principal poste-frontière avec le pays voisin, et la suspension du "trafic passager et commercial dans les deux sens".

"Peines les plus sévères"

"On dormait quand le missile nous a frappés. Ma mère, mon grand frère, et ses trois enfants, deux garçons et une fille, ont été tués", a relaté à l'AFP Nassouh al-Salim, dont la maison familiale a été entièrement détruite à al-Taf.

Un correspondant de l'AFP a vu les ruines jonchées de cahiers d'écoliers, vêtements et meubles cassés.

Les obsèques de personnes tuées lors d'une attaque contre une église, à Hammoud, dans le sud de la Jordanie, le 25 octobre 2026 ( AFP / Ahmad SHOURA )

Les autorités jordaniennes avaient juré de réagir avec fermeté à l'attaque sans précédent contre les chrétiens du royaume, qui a tué neuf personnes et fait 25 blessés vendredi dans une église orthodoxe grecque du village de Hammoud (sud).

"Nous avions promis que les terroristes n'échapperaient pas à la justice et qu'aucun défenseur d'idéologies obscurantistes divisant les Jordaniens ne serait toléré", a écrit le roi Abdallah II sur X.

Lundi, Amman a annoncé l'arrestation des trois assaillants, deux frères et leur beau-frère, tous Jordaniens, affirmant qu'ils étaient liés à des groupes terroristes dans le sud syrien.

Blessés dans des tirs avec les forces de l'ordre, les suspects ont été hospitalisés.

Regrets pour les civils tués

M. Momni, également porte-parole du gouvernement jordanien, s'est employé à désamorcer la tension, en assurant la Syrie et "son peuple frère" du "profond respect" de son pays. Il a déclaré "regretter" que l'opération ait fait des victimes civiles.

Il a aussi précisé que les frappes avaient détruit "un important dépôt d’armes" de l'EI.

"Les opérations ont été menées sur la base de renseignements de terrain afin de neutraliser des menaces avérées et des projets d’attentats contre la Jordanie", a-t-il ajouté.

L'EI contrôlait de vastes portions du territoire syrien avant d'être vaincu en 2019. Mais il continue de revendiquer épisodiquement des attaques contre les forces gouvernementales, notamment dans le vaste désert syrien, ainsi que dans le nord et le nord-est du pays, et était également implanté par le passé dans la province de Deraa.

La Jordanie a mené par le passé des frappes sur le sud de la Syrie, disant viser des trafiquants d'armes ou de drogue. Depuis l'arrivée au pouvoir des nouvelles autorités à Damas, les deux pays avaient affirmé leur volonté de lutter contre la contrebande à leur frontière commune.