"Je ne peux pas rester ici" : des commerçants étrangers en grève en Allemagne contre l'extrême droite
information fournie par AFP 05/11/2026 à 16:43

Une manifestation contre le racisme à Halle, dans l'est de l'Allemagne, le 5 novembre 2026 ( AFP / Jens SCHLÜTER )

"A cause du racisme, je ne peux pas rester ici à Halle, ni en Saxe-Anhalt", témoigne auprès de l'AFP Mohamad-Samer, en grève dans ce Land de l'est de l'Allemagne où le parti d'extrême droite AfD a presque obtenu la moitié des voix aux élections régionales en septembre.

"Mon plan désormais, c'est de quitter Halle, à cause de l'AfD", ajoute cet homme de 29 ans qui n'a pas souhaité divulguer son nom de famille. Il habite cette ville de plus de 200.000 habitants depuis trois ans et travaille dans un fast food.

Mais, jeudi, celui-ci est fermé par un bandeau rouge et blanc, comme une trentaine d'autres commerces du centre-ville.

Barbiers, restaurateurs, vendeurs de téléphones et d'accessoires..., les commerçants ont répondu à l'initiative citoyenne "Halle sans nous ?" et organisé des fermetures coordonnées de leurs commerces dans la journée.

Environ 200 personnes se sont en outre rassemblées dans l'après-midi sur la place du marché, a constaté un journaliste de l'AFP, pour dénoncer "l'incertitude croissante" des personnes issues de l'immigration et des réfugiés en Saxe-Anhalt.

L'Allemagne retient son souffle, aucun accord de coalition n'ayant été trouvé jusqu’à présent pour gouverner ce Land et la tête de file régionale de l'AfD, Ulrich Siegmund, devant tenter de se faire élire au poste de ministre-président en décembre.

Respectant la tradition politique du "pare-feu", les autres partis ont toujours refusé de s'allier avec ce parti anti-immigration et prorusse. Mais, le mois dernier, la petite formation de gauche radicale prorusse BSW a ouvert la porte à des coopérations ponctuelles avec celui-ci.

Fadi Darwish est propriétaire d'un bar à chicha avec son père et vit à Halle depuis 13 ans. Il dit "vouloir travailler normalement, comme n'importe qui d'autre".

"Il y a beaucoup de magasins arabes à Halle et les Allemands en ont toujours besoin de temps en temps ! De la cuisine arabe, des produits arabes et bien d'autres choses encore", ajoute cet homme de 24 ans.

"Et, au final, on paie des impôts, on ne fait rien de mal", déclare-t-il devant son établissement.

Il dit espérer ne pas rencontrer "trop de gens racistes" et pouvoir "juste vivre tranquillement, sans stress, avec ses enfants".

Manque de main-d'oeuvre

Un magasin fermé à Halle, dans l'est de l'Allemagne, au cours d'une action contre le racisme, le 5 novembre 2026 ( AFP / Jens SCHLÜTER )

Une initiative similaire avait rassemblé environ 160 entreprises à Magdebourg, dans la même région, peu avant le scrutin en septembre, qui s'est conclu par un score historique pour l'AfD et par l'élection du premier président d'extrême droite d'un Parlement régional depuis 1945.

Au cours de sa campagne, Ulrich Siegmund a promis d'expulser tous les étrangers en situation irrégulière dès son arrivée au pouvoir.

Mais la région, l'une des plus pauvres d'Allemagne, souffre d'un manque criant de main-d’œuvre. Depuis la réunification allemande 1990, elle a perdu près d'un quart de sa population, la plus grosse saignée démographique de toute la RDA, ses habitants étant souvent partis dans l'ouest de l'Allemagne pour des emplois mieux rémunérés.

"Dans ce Land, tout s'arrête quand les gens partent", s'exclame à l'AFP Mamad Mohamad, un député des Verts au Parlement régional, présent pour soutenir les manifestants.

Il déclare recevoir chaque jour des messages de personnes lui disant qu'elles vont quitter la Saxe-Anhalt.

"Le racisme des rues a trouvé un foyer au Parlement", dénonce-t-il, espérant que l'action du jour soit un signal fort pour dire "nous n'allons pas simplement accepter ça".