Japon: répit pour l'inflation en août, avant un durcissement attendu de la banque centrale
information fournie par Boursorama avec AFP 18/09/2026 à 07:56

( AFP / RICHARD A. BROOKS )

L'inflation au Japon a légèrement ralenti en août, un répit précaire alors que flambent à nouveau les cours énergétiques, et qui ne devrait pas dissuader la banque centrale (BOJ) de relever vendredi ses taux d'intérêt.

Les prix à la consommation hors produits frais ont augmenté de 1,7% sur un an le mois dernier, selon des chiffres officiels, contre 1,8% en juillet.

Ce chiffre s'inscrit en deçà des attentes des analystes sondés par l'agence Bloomberg qui tablaient sur une stabilisation.

Cette pause après plusieurs mois de nette accélération s'explique notamment par un reflux des prix de l'énergie (-0,7% sur un an), grâce aux subventions sur les carburants et à l'encadrement des prix institués par le gouvernement.

Le sursis pourrait s'avérer très temporaire alors que les cours de l'énergie et du gaz flambent à nouveau ces dernières semaines sur fond de reprise des hostilités au Moyen-Orient: les prix du pétrole dépassent à nouveau les 100 dollars le baril.

Le Japon, pauvre en ressources, est extrêmement dépendant de ses importations d'hydrocarbures.

Bien qu'en reflux, l'inflation alimentaire reste élevée et renchérit le panier des ménages nippons: les prix des aliments (hors produits frais) ont encore bondi de 2,7% sur un an en août.

On note par ailleurs des hausses notables pour le chou (+45%, en raison de conditions météorologiques défavorables) et le thon (+24,4%).

Resserrement monétaire

La hausse des prix, en excluant l'alimentation fraîche et l'énergie - un chiffre scruté de près par la banque centrale pour jauger les tensions inflationnistes -, s'est établie à 1,9%, au même niveau qu'en juillet et toujours très proche du niveau cible de 2% fixé par la BOJ.

En incluant énergie et produits frais, l'inflation globale s'établit aussi à 1,9%.

Alors que l'institution doit annoncer vendredi à la mi-journée une décision de politique monétaire, analystes et marchés anticipent une nouvelle hausse de son taux directeur, de 0,25 point à 1,25% au plus haut depuis plus de trois décennies.

Cette mesure viserait à juguler les tensions inflationnistes, qui devraient s'exacerber dans les prochains mois, alors qu'aucune solution diplomatique ne semble s'esquisser au Moyen-Orient.

Parallèlement, la chute du yen, tombé à son plus bas niveau depuis 40 ans face au dollar avant une intervention conjointe des Etats-Unis et du Japon pour le renforcer, augmente également le coût des importations, contribuant à l'inflation.

"L'inflation ne restera pas modérée bien longtemps (...) De plus en plus d'indices montrent que la récente flambée des prix à la production se répercute sur l'inflation des biens", notamment celle des produits industriels, observe Marcel Thieliant, analyste du cabinet Capital Economics.

"La hausse des coûts des intrants devrait également faire grimper l'inflation des services au cours des prochains mois. Par conséquent, nous prévoyons que l'inflation hors produits frais et énergie atteindra environ 2,5% d'ici le début 2027", poursuit-il.

Le gouvernement tente de son côté d'atténuer les effets de l'inflation sur le pouvoir d'achat des ménages, avec notamment un plan de relance massif adopté fin 2025, de vastes rabais fiscaux sur l'énergie, et de nouvelles aides adoptées au printemps pour soutenir la consommation.

"Si le gouvernement ne prolonge pas les subventions sur l'électricité, l'inflation globale pourrait même grimper jusqu'à environ 4%", prévient cependant M. Thieliant.

Pour autant, Tokyo a entériné cette semaine un abaissement drastique de la taxe sur la consommation des produits alimentaires, de 8% à 1% à partir d'avril 2027, qui devrait soulager les prix à partir de sa mise en place.

Alors que l'archipel, longtemps guetté par la déflation, a été confronté depuis le printemps 2022 à une hausse soutenue des prix à la consommation au-delà de 2%, la BOJ a entamé depuis mars 2024 un resserrement de ses taux, après 10 ans de politique monétaire ultra-accommodante.

"Les données d'inflation d'août confortent l'idée de nouvelles hausses des taux de la BOJ mais à un rythme graduel", tempère cependant Taro Kimura, expert de Bloomberg Economics.

"La BOJ dispose encore d'une marge de manœuvre pour relever ses taux, mais pour l'heure en l'absence de signes indiquant un dépassement de l'objectif d'inflation ou un retard sur la courbe (pour juguler préventivement la hausse des prix), rien ne justifie un resserrement rapide", estime-t-il.