Japon-Première réunion de Sanae Takaichi avec le gouverneur de la BoJ depuis sa victoire électorale
information fournie par Reuters 16/02/2026 à 10:40

par Makiko Yamazaki et Leika Kihara

Le gouverneur de la Banque du Japon (BoJ), Kazuo Ueda, et la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, ont tenu lundi leur première réunion bilatérale depuis la victoire écrasante du parti au pouvoir aux élections législatives anticipées, une rencontre susceptible de servir de cadre pour discuter de potentielles hausse des taux d'intérêt de la banque centrale.

La réunion s'est tenue dans un contexte de spéculations croissantes sur les marchés selon lesquelles la hausse du coût de la vie, due en partie à la faiblesse du yen, pourrait inciter la banque centrale à relever ses taux d'intérêt dès mars ou avril.

À l'issue de la réunion, Kazuo Ueda a déclaré avoir procédé à un "échange de vues général sur les développements économiques et financiers". Il a ajouté que Sanae Takaichi n'avait formulé aucune demande spécifique en matière de politique monétaire.

Lorsqu'on lui a demandé s'il avait obtenu l'accord de la Première ministre sur la position de la BoJ en matière de hausse des taux, Kazuo Ueda a répondu : "Je ne peux rien révéler de particulier sur le contenu des discussions".

Leur précédente rencontre, qui s'était tenue en novembre, avait préparé le terrain pour la hausse des taux de la BoJ en décembre. Au moment de la réunion, le yen était en baisse, les marchés estimant que Sanae Takaichi s'opposerait à une hausse précoce des taux par la BoJ.

Après la réunion de novembre, Kazuo Ueda avait déclaré aux journalistes que la Première ministre "semblait avoir accepté" son explication selon laquelle la BoJ relevait progressivement ses taux afin de garantir que le Japon atteigne sans heurts son objectif d'inflation.

Un mois plus tard, la BoJ a relevé son taux directeur à court terme à 0,75%, son plus haut niveau depuis 30 ans.

La victoire historique de Sanae Takaichi lors des élections législatives du 8 février a accru l'attention des marchés quant à savoir si la Première ministre, réputée en faveur d'une politique budgétaire et monétaire expansionniste, allait renouveler ses appels à la BoJ pour qu'elle maintienne ses taux d'intérêt à un niveau bas.

Selon certains analystes, le récent rebond du yen pourrait modifier l'opinion du gouvernement sur le rythme souhaitable des futures hausses de taux. Après avoir chuté près du seuil psychologique important de 160 en janvier, le yen JPY= a gagné près de 3% la semaine dernière, sa plus forte hausse depuis novembre 2024. Le dollar se situait à 152,66 yens en Asie lundi.

En vertu de la législation japonaise, la BoJ jouit sur le papier d'une indépendance mais cela ne l'a pas protégée des pressions politiques exercées par le passé pour qu'elle accorde un soutien monétaire à une économie moribonde.

Les fluctuations du yen ont toujours été un facteur déclencheur des mesures prises par la BoJ, les responsables politiques faisant pression sur la banque centrale pour qu'elle intervienne sur les marchés.

Sanae Takaichi a le pouvoir de pourvoir deux sièges vacants au sein du conseil des gouverneurs de la BoJ, composé de neuf membres, ce qui pourrait influencer le débat sur la politique de la banque centrale.

Sous la direction de Kazuo Ueda, la BoJ a mis fin à la politique de relance massive de son prédécesseur en 2024 et a relevé plusieurs fois les taux à court terme, notamment en décembre.

L'inflation dépassant son objectif de 2% depuis près de quatre ans, la BoJ a souligné sa volonté de continuer à relever les taux d'intérêt. Les marchés ont largement anticipé une probabilité de 80% d'une nouvelle hausse d'ici avril.

Le gouverneur de la BoJ tient généralement une réunion bilatérale avec le Premier ministre environ une fois par trimestre pour discuter de l'évolution de l'économie et des prix.

(Rédigé par Makiko Yamazaki et Leika Kihara, Mara Vîlcu pour la version française, édité par Blandine Hénault)