"J'ai vidé mon PEL" : un rapport pointe le coût des violences sexuelles pour les victimes
information fournie par AFP 29/09/2026 à 19:51

La députée LFI Elise Leboucher à l'Assemblée nationale, le 15 juillet 2026 à Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

A deux jours de l'examen dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale de la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles (VSS), un rapport parlementaire alerte sur les coûts importants, notamment judiciaires et médicaux, supportés par les victimes, et appelle l'Etat à mieux les prendre en charge.

"Les conséquences financières (...) pour les victimes demeurent la face immergée de l'iceberg" des VSS, écrivent les députées Sandrine Josso (MoDem) et Elise Leboucher (LFI), en préambule de leur rapport, fruit de 125 auditions menées pendant six mois.

Les deux parlementaires pointent ainsi l'absence d'étude d'envergure, à l'image de celle menée en Espagne, pour chiffrer l’ensemble des coûts liés à ces agressions, "tant pour la société que pour les victimes". Elles en font la première de leurs 100 recommandations.

En 2025, 58,8 millions d'euros étaient consacrés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, soit quatre fois plus qu'en 2020, selon les chiffres du Sénat cités dans le rapport.

Mais "l'accompagnement qui est aujourd’hui proposé aux victimes demeure encore largement insuffisant", soulignent les parlementaires.

"C'est la ruine"

Se soigner, engager un avocat, mais aussi subir des pertes de revenus ou voir sa carrière professionnelle se dégrader: les violences sexistes et sexuelles peuvent ainsi avoir des conséquences financières durables pour les victimes.

"C'est simple, j'ai vidé mon PEL", leur a confié une victime, pour expliquer comment elle a financé sa procédure. Une autre, dont le parcours judiciaire a duré 16 ans, estime avoir dépensé environ 46.000 euros pour quatre avocats successifs.

La députée Sandrine Josso, le 30 janvier 2026 à Nantes, en Loire-Atlantique ( AFP / Loic VENANCE )

Sandrine Josso en sait quelque chose: elle a confié à l’AFP avoir déboursé 30.000 euros en honoraires d’avocat dans le procès de Joël Guerriau, condamné fin janvier pour l'avoir droguée à son insu en 2023 dans le but de la violer.

L’élue de Loire-Atlantique déplore de ne pas avoir obtenu la protection fonctionnelle de l’Assemblée nationale, qui lui aurait permis de faire prendre en charge ses frais de justice, et dénonce une "violence institutionnelle".

En matière de santé, le rapport souligne aussi le coût élevé des soins psychologiques spécialisés, souvent intégralement à la charge des victimes. Les séances coûtent en moyenne 90 euros et peuvent atteindre 150 euros.

Le traumatisme psychologique lié à l'agression dépasse bien souvent l'atteinte à la santé mentale.

"Je dois aller chez le psy toutes les semaines, j'ai dû faire du kiné, des radios, me faire retirer quatre dents chez le dentiste, tout ça mis bout à bout c'est la ruine", témoigne Sandrine Josso.

Coûts "cachés"

Le programme Nook, spécialisé dans l'aide aux victimes de violences sexuelles dans l'enfance, estime ainsi à environ 21.000 euros le reste à charge sur huit ans.

A son article 53, amendé en commission spéciale, la loi contre les violences sexistes et sexuelles prévoit notamment la dispense d’avance de frais pour les actes médicaux et les soins consécutifs aux violences, "quelle que soit la date à laquelle (elles) ont été commises".

Arrêts maladie, chômage, temps partiel, licenciement ou difficultés à évoluer dans sa carrière peuvent entraîner une baisse des revenus et, à terme, des droits à la retraite ( AFP / VALERY HACHE )

Le rapport pointe aussi d'autres effets, parfois indirects, des violences sur la vie des victimes, dont les trajectoires professionnelles peuvent être brisées.

Arrêts maladie, chômage, temps partiel, licenciement ou difficultés à évoluer dans sa carrière peuvent entraîner une baisse des revenus et, à terme, des droits à la retraite.

Une ingénieure des mines, victime de violences sexuelles dans l'enfance puis à l'âge adulte, a raconté avoir été licenciée de son dernier emploi "pour cause de comportement instable lié aux différents traumatismes qu’elle a subis", selon le rapport.

D'autres coûts, plus "cachés", recouvrent "toutes les conséquences quotidiennes, notamment sociales, qu’il est presque impossible de mesurer", insistent les deux parlementaires.

Parmi eux figurent les dépenses liées à un déménagement pour s'éloigner de l'auteur des violences, la perte des réseaux d'entraide familiaux, l'isolement social ou encore les stratégies d'évitement, comme le recours au taxi ou le changement de lieux fréquentés pour ne pas croiser l'agresseur.