"J'ai perdu pied", explique Aurélie S., jugée pour avoir congelé ses bébés
information fournie par AFP 25/03/2026 à 12:53

"Je les ai pas tués", "j'étais pas moi-même, j'ai perdu pied": Aurélie S., 44 ans, jugée pour les meurtres de deux de ses nourrissons qu'elle a ensuite placés au congélateur ( AFP / LOIC VENANCE )

"Je les ai pas tués", "j'étais pas moi-même, j'ai perdu pied": Aurélie S., 44 ans, jugée pour les meurtres de deux de ses nourrissons qu'elle a ensuite placés au congélateur, a tenté mercredi d'expliquer ses actes à la cour d'assises de Vaucluse.

Deux nourrissons filles, nées à un an d'intervalle en 2018 et 2019, ont été retrouvées par les gendarmes, avertis par un ami de la famille, dans le congélateur de cette mère au foyer qui élevait seule ses trois filles à Bedoin, au pied du Mont-Ventoux.

Pull noir, bras serrés sous la poitrine, Aurélie S. est revenue en détails sur la naissance puis la mort de ces deux bébés.

"Je regretterai toute ma vie de pas avoir fait les choses comme il faut, je sais pas pourquoi j'ai pas réagi, j'ai été totalement irresponsable", a-t-elle répété, sa voix douce brisée par les pleurs, frottant frénétiquement son bras droit avec sa main gauche.

Aurélie S., qui qualifie elle-même sa vie sentimentale de "tumultueuse", réalise en 2017 qu'elle attend un nouvel enfant. Le père, prévenu de cette grossesse, "ne donne plus signe de vie".

Cette travailleuse saisonnière, qui boucle difficilement les fins de mois, n'a alors qu'une idée en tête: "la faire adopter".

"Je pouvais pas la garder avec nous", explique-t-elle, "déjà c'était très difficile avec les trois filles, et toutes les factures".

- "Elle a pas pleuré" -

Aurélie S. vit alors une grossesse en cachette de son entourage et ne consulte aucun médecin. Le soir de l'accouchement, elle ne se rend pas à l'hôpital et refuse la proposition de sa fille aînée d'appeler les secours.

Le surlendemain de la naissance du bébé, que ses filles prénomment Allia, alors qu'elle rentre de courses avec "une brique de lait et de quoi faire des croque-monsieur", Aurélie S. "glisse" dans l'escalier, selon sa version des faits, le bébé dans les bras, et celui-ci est écrasé sous son poids.

"Elle a pas pleuré, rien du tout", raconte-t-elle. Aurélie S. va ensuite le déposer sur le canapé le temps d'aller se changer, "parce que dans la chute ma protection [hygiénique] avait bougé".

"Je n'allais pas rester pleine de sang", a-t-elle répondu à une avocate qui s'étonnait de ce délai avant de prendre soin de son bébé qui avait gravement chuté.

Prostrée, elle reste ensuite "un long moment" sur le canapé, Allia dans les bras, mais "il n'y avait pas de réaction".

C'est un coup de fil de sa fille aînée, qui l'avertit de son retour imminent à la maison, qui lui fait faire l'impensable: "c'est là que je l'ai placée dans le congélateur, je sais pas pourquoi j'ai pas appelé les secours. J'étais pas moi-même, j'ai perdu pied".

- "Le sang et la panique" -

Un an plus tard, nouvelles contractions, nouvelles douleurs "qui coupent les jambes". Mais cette fois, assure Aurélie S., elle ne savait pas qu'elle était enceinte. Un déni de grossesse dont la probabilité a été confirmée par les experts.

S'ensuit "le pire accouchement de tous, entre la douleur, le sang et la panique". Aurélie S. perd brièvement connaissance, avant de découvrir le bébé "là, entre mes jambes. Elle bougeait pas, elle pleurait pas".

Paniquée par les appels de son aînée à l'étage, elle va poser le nourrisson "dans le bac à linge", dans la buanderie.

De retour dans la buanderie après une brève discussion avec sa fille, Aurélie S. veut "voir si [le bébé] était vivante ou pas", en essayant de "sentir une respiration". Elle assure qu'il n'y avait "rien du tout", et a "pris la décision de la mettre avec sa sœur, au congélateur".

Les expertises légales n'ont pas permis de déterminer avec certitude si les enfants ont été placés au froid vivants ou morts ni quelles ont été les causes de leur mort, mais ont établi qu'ils étaient bien nés vivants.

Le procès doit se terminer vendredi.