Italie-Nouveaux remous dans le monde de la culture, Giorgia Meloni contrariée information fournie par Reuters 11/05/2026 à 18:59
Le ministre italien de la Culture, Alessandro Giuli, a limogé lundi deux de ses proches collaborateurs à la suite, notamment, d'un tollé autour du financement d'un documentaire, dernier épisode en date de tensions au sein d'un ministère déjà ébranlé depuis des mois par une succession de démissions et de luttes politiques internes.
Selon les médias italiens, Alessandro Giuli a remercié à la fois Emanuele Merlino, chef du secrétariat technique du ministère, et Elena Proietti, sa cheffe de cabinet. Il n'y a pas eu de communiqué officiel mais des responsables haut placés au sein du gouvernement ont par la suite confirmé l'information.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2022 à la tête d'une coalition de droite, la présidente du Conseil Giorgia Meloni s'est efforcée d'accroître l'influence de son camp sur les principales institutions culturelles du pays, estimant que ces dernières sont dominées par la gauche.
Emanuele Merlino aurait fait les frais du refus du ministère de la Culture d'accorder un financement à un documentaire sur Giulio Regeni, un étudiant italien enlevé, torturé et tué au Caire début 2016 – une mort que l'Italie a imputée aux forces de sécurité égyptiennes.
Alessandro Giuli a qualifié ce refus de financement d'"inacceptable", ajoutant qu'il n'avait pas été informé de cette décision.
Le limogeage d'Elena Proietti serait lié à un incident distinct : elle ne se serait pas présentée à l'aéroport pour une mission ministérielle à New York le mois dernier.
Le ministère de la Culture a refusé de s'exprimer sur ces cas, tout comme les deux personnes concernées.
GUERRES CULTURELLES
Emanuele Merlino et Elena Proietti sont des figures de proue de la droite et les représentants de l'opposition ont immédiatement interprété leur limogeage comme un signe de dissensions internes croissantes au sein de la coalition de Giorgia Meloni, alimentées par la défaite du gouvernement lors du référendum sur la réforme de la justice en mars.
"C'est le signe d'une coalition déchirée par des guerres internes, des règlements de comptes, des affrontements entre factions et des rivalités entre dirigeants", a déclaré Sandro Ruotolo, porte-parole chargé de la culture pour le Parti démocrate (centre-gauche).
Le ministère de la Culture avait déjà été ébranlé en septembre 2024 par la démission de Gennaro Sangiuliano, le prédécesseur d'Alessandro Giuli, à la suite d'une affaire d'adultère, un épisode qui avait entraîné une vague de licenciements et de départs.
En dehors des murs du ministère, la polémique ne semble jamais loin.
Le mois dernier, le célèbre opéra de La Fenice à Venise a limogé sa future directrice musicale et cheffe d'orchestre, Beatrice Venezi, mettant ainsi fin à un conflit qui opposait depuis plusieurs mois cette dernière, proche de Giorgia Meloni, au personnel de l'établissement.
La Biennale de Venise, qui a ouvert ses portes au début du mois, s'est aussi trouvée plongée dans la polémique en autorisant la Russie à rouvrir, de manière restreinte, son pavillon dans les jardins de la cité lacustre accueillant sa 61e édition de l'exposition d'art contemporain, pour la première fois depuis son invasion de l'Ukraine en 2022.
Cette décision, défendue par le président de la Biennale Pietrangelo Buttafuoco, a été vivement critiquée et par le gouvernement italien et par l'Union européenne.
(Crispian Balmer, version française Benoit Van Overstraeten, édité par Bertrand Boucey)