Italie: Le gouvernement Meloni à l'épreuve d'un référendum sur la réforme de la justice information fournie par Reuters 19/03/2026 à 09:48
par Angelo Amante
Un référendum sur une réforme de la justice prévu dimanche et lundi constitue un test pour le gouvernement de droite dure de la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, et pourrait donner un élan à l'opposition en vue des élections législatives de l'an prochain.
Les Italiens sont appelés les 22 et 23 mars à se prononcer sur un référendum qui prévoit de séparer les fonctions de juges et procureurs, divisant le Haut conseil de la justice (CSM) en deux organes autonomes dont les membres ne seraient plus élus mais désignés par tirage.
Le référendum, bien que centré sur la gouvernance de la justice, est devenu un enjeu politique entre un camp gouvernemental qui s'est prononcé en faveur d'un "oui" et l'opposition qui soutient le "non". Aucun taux de participation minimal n'est requis pour que le référendum soit validé.
Selon les observateurs politiques, les Italiens devraient voter en fonction de leur affinité politique sans s'attarder sur le contenu du référendum après une campagne marquée par des allégations infondées de part et d'autre quant à l'impact potentiel de la réforme.
"Seule une petite minorité d'Italiens a une connaissance du sujet. Beaucoup vont suivre les partis et les dirigeants de coalition qui tentent tous de mobiliser leurs électeurs pour gagner", estime Fabrizio Masia, à la tête de l'institut de sondage EMG.
DYNAMIQUE À GAUCHE
Selon des sondages publiés avant la période de neutralité électorale qui a débuté deux semaines avant le scrutin, les deux camps sont au coude-à-coude, la dynamique étant du côté des partisans du "non" alors que de nombreux électeurs de droite pourraient s'abstenir.
Giorgia Meloni a refusé de lier son destin au résultat du vote, une décision largement perçue comme une tentative visant à dissuader les électeurs de l'opposition de se rendre massivement aux urnes dans l'espoir de la faire tomber.
La coalition de droite, qui regroupe le parti Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni, la Ligue et Forza Italia, reste plus populaire que celle de gauche, toujours à la recherche d'une alliance stable autour du Parti démocrate et du Mouvement Cinq-Etoiles.
"Une victoire du 'non' pourrait donner une dynamique nouvelle pour bâtir un bloc de centre-gauche et causer des problèmes dans les rangs de Meloni", selon Fabrizio Masia.
Giorgia Meloni pourrait récolter les fruits d'une victoire du "oui" au référendum alors que la fin de son mandat est perturbée par le conflit au Moyen-Orient et une économie stagnante.
"Une victoire gouvernementale renforcerait son projet politique à plus long-terme, notamment dans la perspective de l'élection de 2027", selon Emanuele Massetti, professeur de sciences politiques à l'université Trente.
HÉRITAGE DE BERLUSCONI
La justice est devenue un sujet de discorde en Italie depuis les déboires judiciaires de l'ancien président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, qui a souvent accusé les juges de partialité politique.
Ce référendum est le dernier épisode d'une longue confrontation entre la droite et la justice, selon Emanuele Massetti et divise les électeurs autour du clivage gauche-droite depuis l'ère Berlusconi, décédé en 2023.
La campagne a également été marqué par une opposition entre Giorgia Meloni et le syndicat de la magistrature ANM, qui affirme que la réforme mettrait à mal l'indépendance de la justice et augmenterait les chances d'interférences politiques.
Le gouvernement rejette ces critiques, affirmant que cette réforme est nécessaire pour mettre un terme à la politisation de l'élection des membres du CSM, après que des scandales ont révélé l'existence d'accords secrets concernant la nomination de hauts magistrats.
"La réforme vise à rendre le système judiciaire plus moderne, plus équitable, plus responsable et plus indépendant, à l'abri des pressions politiques et des querelles de clans qui ont porté atteinte à sa crédibilité et à son autorité", a déclaré Giorgia Meloni au quotidien Il Dubbio cette semaine.
(Reportage d'Angelo Amante, Version française Zhifan Liu, Edité par Benoit Van Overstraeten)