Israël va intensifier ses frappes contre l'Iran, Trump veut parler aux nouveaux dirigeants information fournie par Reuters 01/03/2026 à 17:41
(Actualisé tout du long)
par Rami Ayyub, Alexander Cornwell, Nayera Abdallah et Maha El Dahan
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis dimanche d'intensifier les frappes contre l'Iran au moment où Donald Trump indiquait qu'il avait accepté de parler aux nouveaux dirigeants iraniens, alors que les ripostes de Téhéran ont tué dans la journée au moins trois soldats américains et neuf civils israéliens.
Après la confirmation de la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, et de plusieurs autres figures de la République islamique, Israël et les États-Unis n'entendent pas relâcher la pression sur le régime iranien, qui a choisi de son côté de frapper tous azimuts au Proche-Orient.
Des missiles et des drones iraniens ont visé toute la journée les pays qui hébergent des bases américaines, comme le Qatar, le Koweït, l'Arabie saoudite et les émirats arabes unis, où trois personnes ont été tuées et une base navale hébergeant des forces américaines et navales touchée à Abou Dhabi.
Un missile balistique s'est par ailleurs abattu sur un abri hébergeant des civils dans la ville de Bet Shemesh, dans le centre d'Israël, où au moins neuf personnes ont été tuées, selon
les services de secours.
Le commandement central de l'armée américaine a annoncé de son côté que trois soldats américains avaient été tués et cinq autres grièvement blessés, sans préciser quand ni où ces pertes avaient été enregistrées.
Interrogé dimanche par la chaîne CNBC, le président Donald Trump a assuré que l'opération lancée samedi en coordination avec Israël était "en avance sur ses objectifs", sans que l'on sache exactement quels sont les objectifs de Washington et de Tel-Aviv - élimination des programmes nucléaire et balistique iraniens ou renversement du régime des mollahs.
Le président américain s'est dans le même temps dit prêt à parler aux nouveaux dirigeants iraniens.
"Ils veulent parler et j'ai accepté de leur parler, donc je leur parlerai. Ils auraient dû le faire plus tôt (...) Ils ont trop attendu", a-t-il dit dans une interview diffusée dimanche par le magazine The Atlantic.
MORT DE SOLDATS AMÉRICAINS
La mort de premiers soldats américains et les perturbations majeures provoquées par ce conflit sur le trafic aérien et maritime international ainsi que sur les cours du pétrole - en hausse de 10% dimanche et qui pourrait atteindre 100 dollars le baril, selon certains experts - vont accroître la pression sur le président des États-Unis pour obtenir des résultats visibles rapides et éviter un nouvel enlisement qui hérisserait sa base électorale.
Soucieux de ménager son allié américain, Benjamin Netanyahu a évoqué une opération qui devrait durer encore "quelques jours" et promis une intensification des frappes visant notamment le centre de Téhéran.
Le Premier ministre israélien a présenté ce conflit comme l'accomplissement d'un objectif qu'il nourrissait depuis 40 ans, celui de renverser la République islamique.
Plusieurs vagues de bombardements ont de nouveau visé l'Iran dimanche et le conflit s'est aussi déplacé sur la mer, où l'armée américaine a annoncé avoir coulé un navire de guerre iranien tandis que les Gardiens de la révolution ont dit avoir tiré des missiles en direction du porte-avions américain USS Abraham Lincoln, sans atteindre leur cible.
Deux pétroliers naviguant aux abords du détroit d'Ormuz ont en revanche été touchés par des drones, accentuant la pression sur le trafic maritime commercial.
Le porte-parole de l'armée israélienne, le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, a déclaré à des journalistes qu'il restait de nombreuses cibles à atteindre sur le sol iranien, dont des sites de production militaro-industriels.
"Nous avons les capacités et les cibles nécessaires pour poursuivre nos opérations aussi longtemps que nécessaire", a-t-il dit.
Interrogé sur l'hypothèse d'un déploiement de soldats israéliens en Iran, Nadav Shoshani a rétorqué que le scénario n'était pas envisagé ni par Donald Trump, ni par Benjamin Netanyahu.
A Téhéran, la direction collégiale mise en place après la mort de l'ayatollah Ali Khamenei a officiellement pris ses fonctions dimanche, a déclaré le président Massoud Pezeshkian.
La mort du guide suprême, âgé de 86 ans et au pouvoir depuis 37 ans, a été confirmée dans la nuit par les médias officiels et accueillie par des cris de joie d'une partie de la population et les larmes de ses partisans.
Selon la constitution iranienne, le nouveau guide suprême devrait être nommé par une assemblée d'experts composée de 88 membres du clergé mais un conseil des dirigeants, avec à sa tête l'ayatollah Alireza Arafi, est pour le moment chargé de diriger le pays.
UN TRIUMVIRAT AU POUVOIR À TÉHÉRAN
Le processus de transition a débuté dimanche, ont déclaréle le président Massoud Pezeshkian etAli Larijani, principal responsable de la sécurité de l'Iran, cités par les médias iraniens.
Outrel'ayatollah Alireza Arafi et Massoud Pezeshkian, le très conservateur chef de la justice, Gholamhossein Mohseni Ejei, fait partie du conseil des dirigeants.
Ali Larijani a accusé les Etats-Unis et Israël de vouloir désintégrer l'Iran et a averti les "groupes sécessionnistes" d'une réponse sévère s'ils tentaient d'agir.
Abdolrahim Mousavi, le chef d'état-major des forces armées iraniennes, a également été tué dans les frappes qui ont visé l'Iran, a rapporté la télévision iranienne.
Le président du parlement iranien, Mohammad Baqer Qalibaf, a pour sa part déclaré que Donald Trump et Benjamin Netanyahu avaient franchi la ligne rouge et qu'ils en "paieraient le prix".
Donald Trump, qui a averti le régime iranien de frappes d'"une force sans précédent" si Téhéran décidait de mener des représailles, a ordonné le déploiement de bombardiers furtifs B-2, capables d'emporter les bombes anti-bunker les plus puissantes de l'armée américaine, selon plusieurs médias américains.
Donald Trump a déclaré que les frappes aériennes visaient à mettre fin à des décennies de menace iranienne et à s'assurer que le régime de Téhéran ne développe pas l'arme nucléaire.
"Il ne s'agit pas seulement de justice pour le peuple d'Iran, mais pour tous les Grands Américains et ceux des nombreux pays à travers le monde qui ont été tués ou mutilés par Khamenei et son gang de CRIMINELS assoiffés de sang", a-t-il écrit sur son réseau Truth Social.
Donald Trump comme Benjamin Netanyahu ont enjoint les Iraniens à profiter de la situation pour renverser le régime iranien une fois les opérations militaires terminées.
Le régime iranien, soumis à d'importantes sanctions économiques, a réprimé avec une brutalité sans précédent une vague de manifestations en début d'année.
Si les morts de l'ayatollah Khamenei et d'une partie des dirigeants iraniens sont un coup dur pour Téhéran, elles ne signifient pas la fin du régime ni de l'emprise du Corps des Gardiens de la révolution, selon des observateurs.
(Version française Zhifan Liu et Tangi Salaün)