Israël-Une liste d'union judéo-arabe émerge, les analystes circonspects
information fournie par Reuters 29/07/2026 à 15:59

par Benjamin Raab

Un parti politique judéo-arabe nouveau venu sur la scène politique israélienne tente de séduire les jeunes électeurs avant les élections du 27 octobre, au risque d'amenuiser les chances d'évincer le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son gouvernement de droite.

Citoyens israéliens mais d'origine palestinienne, les Arabes d'Israël représentent environ un cinquième de la population et leur taux de participation aux élections est traditionnellement bien inférieur à celui des électeurs juifs, ce qui conduit à leur sous-représentation à la Knesset, le parlement monocaméral israélien.

Nombre d'entre eux, qui s'identifient comme Palestiniens ou revendiquent une identité palestinienne, s'interrogent de longue date sur leur place dans la vie politique du pays, partagés entre leur héritage et leur nationalité israélienne.

Le parti "A Place for Us All" ("Une place pour nous tous") a été fondé par des responsables de "Standing Together" (Debout ensemble), un mouvement contestaire de gauche qui milite en faveur de la paix et de l'égalité sociale. Lancé en juin dernier, il espère entrer au Parlement lors du scrutin d'octobre.

Pour ce premier scrutin national depuis l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza, la formation mène campagne sous le signe de l'unité afin de mettre fin au gouvernement le plus à droite de l'Histoire du pays.

"Nous voulons nous adresser directement aux jeunes électeurs qui restent chez eux, à ceux qui regardent le système politique et se sentent ignorés", a déclaré Alon-Lee Green, co-dirigeant du parti, dont la liste est composée à parts égales d'Arabes et de Juifs.

UN FACTEUR DE DISPERSION?

Les Arabes israéliens dénoncent leur mise au ban de la société et leurs griefs se sont amplifiés sous le gouvernement actuel, dont les membres les plus à droite incluent le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, condamné par le passé pour incitation raciste anti-arabe et responsable de la police.

Ils dénoncent notamment le sous-financement de nombreuses villes arabes ainsi qu'une vague de criminalité violente qui a atteint des niveaux records ces dernières années.

La création du nouveau parti intervient à un moment sensible. Lors des élections de 2022, seulement 53,2% des électeurs arabes ont voté, contre environ 75% des électeurs juifs. Cet écart a contribué au retour au pouvoir de Benjamin Netanyahu et à la chute du gouvernement précédent, le premier de l'Histoire israélienne à compter dans ses rangs un parti arabe dans sa coalition.

La minorité arabe accuse depuis longtemps Benjamin Netanyahu d'attiser les craintes de l'électorat juif. Le jour du scrutin de 2015, il avait exhorté ses partisans à se mobiliser en affirmant que les Arabes se rendaient aux urnes "en masse" et soutient désormais que ses adversaires formeraient à nouveau un gouvernement avec le soutien de partis arabes s'ils l'emportaient.

Le lancement de "A Place for Us All" intervient alors que les quatre principaux partis arabes tentent de reconstituer une alliance destinée à faire le plein de la participation des électeurs arabes. Dans le système électoral israélien, une liste doit obtenir au moins 3,25% des suffrages pour entrer au Parlement.

Plusieurs analystes notent que la multiplication des petits partis risque de disperser les voix et de les priver de sièges. Dans ce contexte, "A Place for Us All" pourrait contribuer à affaiblir davantage une minorité déjà sous-représentée, notent certains adversaires.

"NOUS VENONS DU TERRAIN"

"Toute voix accordée à un tel parti serait tout simplement une voix perdue pour une société arabe qui ne peut pas se permettre", a déclaré Arik Rudnitzky, spécialiste de la société arabe à l'Israel Democracy Institute.

Alon-Lee Green affirme toutefois que son mouvement entend élargir l'électorat plutôt que le fragmenter en attirant vers les urnes de nouveaux votants. Il souligne également que la parité hommes-femmes constitue l'une des priorités du parti.

"Nous sommes des jeunes, nous venons du terrain", a-t-il expliqué. "Quand je regarde les partis existants, j'y vois surtout des hommes et des responsables très âgés."

Selon lui, le parti peut franchir le seuil électoral et il discute avec d'autres formations d'une éventuelle fusion. Il a toutefois reconnu qu'il renoncerait à se présenter s'il parvenait à la conclusion qu'il ne pouvait pas atteindre ce seuil.

Les dirigeants arabes ont pour l'essentiel balayé les ambitions des nouveaux venus. "Je ne perçois aucune chance pour eux ou pour d'autres nouveaux partis de franchir le seuil électoral", a déclaré Yousef Jabareen, dirigeant de la confédération judéo-arabe Hadash. "Je pense qu'il est temps pour eux de revoir leur stratégie."

Les partis arabes détiennent actuellement 10 des 120 sièges de la Knesset. Lors de plusieurs scrutins récents, une alliance réunissant les quatre partis, connue sous le nom de Liste unie, a constitué l'outil le plus efficace pour accroître leur poids électoral.

Présentée pour la première fois en 2015, cette alliance avait obtenu 13 sièges avec une participation arabe d'environ 64%, devenant la troisième force de la Knesset. Lors des élections de mars 2020, elle avait atteint son apogée avec près de 65% de participation et 15 sièges.

Cette année, la marche vers l'union des forces arabes connaît quelques cahots et seuls trois partis se sont pour l'instant rapprochés. L'arrivée d'une nouvelle formation dans la course ne facilite pas ces négociations, estime Ahmad Tibi, dirigeant du parti Ta'al.

"Pendant ce temps, nous faisons tout notre possible pour unifier tous nos partis sur une seule liste commune", assure-t-il.

(Benjamin Raab et Andreea Popescu; version française Nicolas Delame)