Israël poursuit les bombardements au Liban, mise en garde de l'ayatollah Khamenei
information fournie par Reuters 04/10/2024 à 17:41

par Maya Gebeily et James Mackenzie

Le guide suprême de la Révolution iranienne, l'ayatollah Ali Khamenei, a menacé vendredi Israël trois jours après une attaque sans précédent de l'Iran contre le territoire israélien, alors que l'Etat hébreu poursuivait ses pilonnages contre le Hezbollah au Liban.

De violentes frappes aériennes sur la banlieue sud de Beyrouth, jeudi soir, visaient le quartier général de l'unité de renseignement de la milice chiite pro-iranienne, a déclaré vendredi un porte-parole de Tsahal, le lieutenant-colonel Nadav Shoshani.

Après la mort du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, dans de telles circonstances le 27 septembre à Beyrouth, la "cible" des bombardements de jeudi soir aurait été Hachem Safieddine, présenté comme son successeur possible.

Le site d'informations américain Axios affirme, sur la foi de trois sources autorisées israéliennes, que les bombes israéliennes visaient un bunker souterrain dans lequel Safieddine se serait réfugié. Son sort restait incertain vendredi, l'état-major israélien poursuivant l'évaluation des dégâts infligés, selon Nadav Shoshani.

L'armée israélienne a décliné tout commentaire sur Hachem Safieddine, de même que le Hezbollah. Son frère Sayyed Abdallah Safieddine, représentant de la milice chiite à Téhéran, était présent vendredi au sermon de l'ayatollah Khamenei.

Tsahal affirme avoir "éliminé" le chef du réseau de communication du Hezbollah, Mohammed Rachid Sakafi, dans une frappe "précise et basée sur des renseignements" à Beyrouth jeudi. Le Hezbollah n'a pas fait de commentaire.

L'armée israélienne a annoncé par ailleurs la mort vendredi de deux soldats de la brigade Golani dans le nord d'Israël. Selon les médias israéliens, les militaires auraient été victimes d'une attaque de drone opéré depuis l'Irak. Deux autres soldats israéliens ont été blessés.

"LÉGALE ET LÉGITIME"

L'Iran a mené mardi la plus importante attaque jamais lancée contre Israël en tirant quelque 200 missiles, qui ont été interceptés pour la plupart d'entre eux, en représailles, a-t-il dit, à la mort de Hassan Nasrallah et aux opérations militaires de Tsahal au Liban.

L'état-major israélien a fait état vendredi de quelque 250 combattants du Hezbollah tués depuis l'amorce de la phase terrestre de l'opération israélienne, en début de semaine.

"L'action brillante de nos forces armées il y a quelques nuits était totalement légale et légitime", a dit Ali Khamenei lors d'un sermon à Téhéran pour la prière du vendredi, après avoir rendu hommage à Hassan Nasrallah et au chef du Hamas Ismaïl Haniyeh, tué à Téhéran dans une explosion imputée à Israël.

L'Iran "ne temporisera pas et n'agira pas non plus avec précipitation" dans sa confrontation avec Israël, a-t-il ajouté.

Israël a menacé d'une riposte si l'Iran venait à passer à l'acte, une perspective qui a fait grimper les cours du pétrole, de crainte d'une attaque sur les infrastructures pétrolières de l'Iran.

Un commandant en second des Gardiens de la Révolution, Ali Fadavi, a déclaré vendredi que Téhéran viserait des sites énergétiques et gaziers en réponse à une éventuelle attaque israélienne, rapporte l'agence iranienne SNN.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, était à Beyrouth pour s'entretenir avec le Premier ministre Najib Mikati et le président du Parlement. Le chef de la diplomatie a dit se tenir au côté du Liban "en ces difficiles circonstances".

Il a ajouté que Téhéran soutenait les efforts en faveur d'un cessez-le-feu au Liban, à la condition que le Hezbollah y souscrive et qu'une trêve intervienne simultanément dans la bande de Gaza.

QUELQUE 2.000 MORTS AU LIBAN

Le Liban subit les lourdes répercussions humaines et matérielles des bombardements israéliens, qui ont notamment détruit mercredi un bâtiment du centre de Beyrouth utilisé par des secouristes liés au Hezbollah. Neuf d'entre eux ont été tués, a rapporté vendredi le ministère libanais de la Santé.

Vendredi, c'est un secouriste de la même unité qui a été tué par une frappe de Tsahal dans la banlieue sud de la capitale libanaise, bastion du Hezbollah, et un autre à Marjayoune, dans le Sud-Liban. Le personnel médical de l'hôpital de Marjayoune a évacué le bâtiment, a dit à Reuters son directeur Mounes Klakesh.

Israël accuse le Hezbollah de déployer des combattants dans les zones civiles, ce que la milice dément.

Le conflit au Liban entre Israël et le Hezbollah, qui s'est intensifié depuis mi-septembre après quasiment un an d'échanges réguliers de tirs de roquettes et de missiles, a entraîné à ce jour le déplacement de plus de 1,2 million de civils et a fait quelque 2.000 morts, selon les autorités libanaises.

Des responsables de l'Onu ont déclaré vendredi que les quelque 900 abris destinés aux populations déplacées au Liban étaient désormais au maximum de leur capacité et que de nombreux habitants ayant fui le Sud étaient contraints de dormir dans la rue ou dans les parcs publics.

La route principale reliant le Liban à la Syrie, empruntée par de nombreux civils en fuite, a été coupée vendredi après un bombardement israélien qui a laissé un cratère de quatre mètres de large.

Des personnes ont abandonné leur véhicule et traversé la frontière libano-syrienne à pied, des valises et des jerricans d'essence à la main.

Israël affirme que le Hezbollah utilise cette voie pour la contrebande d'armes. Les autorités libanaises ont précisé contrôler tous les véhicules et souligné le caractère essentiel de cette route pour les convois humanitaires.

(Reportage James Mackenzie and Steven Scheer à Jérusalem; Maya Gebeily and Timour Azhari à Beyrouth; Parisa Hafezi à Istanbul; Kanishka Singh, Phil Stewart, Jeff Mason, Andrea Shalal and Idrees Ali à Washington; Tala Ramadan, Jana Choukeir, Maha El Dahan, Pesha Magid, Elwely Elwelly, Parisa Hafezi and Clauda Tanios à Dubaï; version française Sophie Louet, édité par Blandine Hénault)