Israël: Le ministre des Finances appelle à annexer le sud du Liban
information fournie par Reuters 23/03/2026 à 15:41

Des soldats israéliens se tiennent à côté de chars près du côté israélien de la frontière avec le Liban, dans le nord d'Israël

par Tamar Uriel-Beeri et Maya Gebeily

Israël devrait étendre sa frontière avec le Liban jusqu'au ‌fleuve Litani situé nettement à l'intérieur du sud du pays, a déclaré lundi le ministre des Finances, alors que Tsahal intensifiait son offensive dans la zone en bombardant des ponts et en ​détruisant des habitations.

Ces déclarations de Bezalel Smotrich, ministre d'extrême droite du gouvernement Netanyahu, constituent la prise de position la plus explicite à ce jour d'un haut responsable israélien concernant l'annexion de territoires libanais, alors que l'Etat hébreu cible officiellement les membres du Hezbollah, soutenus par l'Iran.

Le Liban a été entraîné dans le conflit régional le 2 mars lorsque le Hezbollah a tiré ​des missiles contre Israël. Israël a depuis ordonné à tous les habitants de quitter la zone située au sud du fleuve Litani, qu'il bombarde sans relâche en faisant valoir qu'il s'agit d'un bastion du mouvement chiite.

Selon les autorités libanaises, les frappes aériennes ​et terrestres israéliennes ont fait plus de 1.000 morts et plus d'un million de personnes ⁠ont été chassées de leurs foyers, Israël ayant ordonné aux habitants de fuir de vastes portions du pays.

La campagne militaire au Liban "doit se terminer par une réalité totalement ‌différente, aussi bien [en ce qui concerne] le Hezbollah que par la modification des frontières d'Israël", a déclaré Bezalel Smotrich lors d'une émission de radio.

"Je le dis ici clairement (...), dans chaque pièce et dans chaque discussion également : la nouvelle frontière israélienne doit être le Litani", a dit le ministre des Finances, ​dont les propos vont régulièrement au-delà de la politique officielle israélienne.

SMOTRICH ‌PRÉCONISE AUSSI D'ANNEXER UNE PARTIE DE GAZA

Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n'a pas répondu dans l'immédiat à une ⁠demande de commentaires. Le ministre de la Défense, Israel Katz, avait déclaré plus tôt ce mois-ci que le Liban risquait de subir une "perte de territoire" s'il ne désarmait pas le Hezbollah.

Les déclarations de Bezalel Smotrich ont eu une forte résonance au Liban alors que le pays tente de sortir d'un cycle d'invasions et d'occupations menées par l'Etat hébreu qui dure depuis des décennies. ⁠Les forces israéliennes ont ainsi lancé des ‌assauts répétés contre le Liban depuis 1978 et ont occupé le sud du pays de 1982 à 2000.

Un responsable libanais a déclaré à Reuters que ⁠Beyrouth comptait toujours sur les puissances étrangères pour faire suffisamment pression sur Israël afin de mettre fin à la guerre, par le biais d'une proposition du président Joseph Aoun d'entamer des ‌pourparlers directs.

Bezalel Smotrich a également appelé Israël à annexer le territoire qu'il contrôle actuellement dans la bande de Gaza, jusqu'à la ligne d'armistice avec le Hamas. Un ⁠cessez-le-feu signé en octobre a laissé à Israël le contrôle de 53% de l'enclave, où il a ordonné l'évacuation des ⁠habitants et rasé des bâtiments.

"SI TOUTES LES ROUTES ‌VERS LE NORD SONT COUPÉES..."

Tsahal affirme que ses troupes mènent des manœuvres terrestres et des raids ciblés contre des combattants du Hezbollah et des dépôts d'armes dans le sud du Liban. ​Selon les autorités israéliennes, ces attaques visent à protéger les habitants du nord d'Israël des tirs du ‌Hezbollah.

Le gouvernement libanais a interdit les activités militaires du Hezbollah et déclaré vouloir engager des pourparlers directs avec Israël.

Au cours du week-end, Israël a frappé un pont principal reliant le sud du Liban au reste du ​pays après avoir ordonné à son armée de détruire tous les points de passage sur le fleuve Litani et d'intensifier la démolition des maisons près de la frontière sud.

Alors que le droit international interdit généralement aux forces armées d'attaquer les infrastructures civiles, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a critiqué les actions d'Israël au Liban, notamment le recours à ⁠des ordres d'évacuation généralisés.

Des frappes israéliennes ont touché deux autres points de passage sur le fleuve Litani lundi, à savoir une route longeant un pont principal touché dimanche et un pont de plus petite taille situé sur une autre section du fleuve.

Hanna Amil, le maire de Rmeish, ville frontalière chrétienne dont les habitants refusent de quitter leurs maisons, a déclaré à Reuters qu'il devenait de plus en plus difficile de se déplacer.

"Une ou deux fois par semaine, un convoi de l'armée libanaise nous accompagne lorsque nous essayons de nous procurer des produits de première nécessité dans les environs", a-t-il déclaré.

"Nous n'avons déjà plus d'électricité, plus d'eau et nous manquons de diesel. Si toutes les routes vers le nord sont coupées, qui sait ce que ​l'avenir nous réserve ?"

(Rédigé par Rami Ayyub, version française Benjamin Mallet)