Israël : l'opposition jure de chasser Netanyahu, sans expliquer comment
information fournie par AFP 03/11/2026 à 15:17

Le dirigeant d'opposition Gadi Eisenkot (à gauche) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ( AFP / Maya LEVIN )

Les dirigeants du bloc de l'opposition israélienne se sont engagés mardi à tout faire pour remplacer la coalition sortante de Benjamin Netanyahu par un "gouvernement d'urgence nationale", tout en entretenant le flou sur leur plan pour y parvenir.

Les cinq dirigeants du "bloc du changement" mené par le centriste Gadi Eisenkot se sont réunis pour la première fois depuis les législatives du 27 octobre, qui n'ont dégagé aucune majorité. Le but : coordonner leur stratégie à la veille du début officiel des consultations avec le président Isaac Herzog, qui désignera une personne chargée de former un gouvernement.

Ces tractations sont délicates, car le camp de l'opposition, qui réunit un large éventail de partis allant de la gauche à la droite nationaliste, est divisé sur plusieurs sujets. En particulier sur une éventuelle alliance avec les partis arabes israéliens, dont la percée aux élections lui permettrait pourtant d'avoir la majorité absolue de 61 sièges au Parlement.

Dans un communiqué commun publié à l'issue de leur rendez-vous à Herzliya (nord-ouest), les dirigeants de l'opposition ont dit vouloir mettre en place "un gouvernement d'urgence nationale" et éviter une impasse qui conduirait à un nouveau scrutin.

Ils ont "réaffirmé leur engagement total à respecter la décision des électeurs israéliens, qui ont voté clairement et résolument pour le changement et contre la poursuite du mandat du gouvernement actuel, le gouvernement du 7 octobre", poursuit le communiqué dans une référence à l'attaque du Hamas en 2023, que l'exécutif de l'époque est accusé par nombre d'Israéliens de n'avoir pas su prévenir.

Les membres du bloc, qui ont récolté 48 sièges contre 53 pour le camp de M. Netanyahu, n'ont pas expliqué comment ils comptaient s'y prendre pour prendre le contrôle du Parlement.

Ils ont toutefois souligné leur intention de mettre en place un "gouvernement sioniste", ce qui semble écarter les formations arabes israéliennes d'une participation directe. Mais cela n'exclut pas l'hypothèse récurrente d'une coalition gouvernementale minoritaire de partis juifs, soutenue par les élus arabes à la Knesset.

Dans un entretien à l'AFP lundi, Youssef Jabareen, chef de file de la Liste unifiée, formation majoritairement arabe qui a récolté 11 sièges, s'est dit prêt à appuyer un gouvernement anti-Netanyahu sans y entrer, appelant l'opposition à "accepter la réalité politique" issue des urnes.

La déclaration du bloc de l'opposition semble aussi laisser une marge de manœuvre pour un éventuel partenariat avec des formations juives ultra-orthodoxes, actuellement alliées à M. Netanyahu, à condition qu'elles acceptent le principe du service militaire pour tous.

La plupart de ces partis s'opposent farouchement à ce que les étudiants religieux soient appelés sous les drapeaux, un sujet sensible alors que l'armée est déployée sur plusieurs fronts.

"Campagne dangereuse"

Dans leur déclaration, les dirigeants du bloc d'opposition ont par ailleurs dénoncé la "campagne aussi dangereuse que déchaînée" de M. Netanyahu visant à "saper la légitimité des résultats de l'élection" en accusant les partis arabes de fraude massive. Aucune preuve en ce sens n'a été apportée.

Avant de participer à la réunion à Herzliya, le dirigeant de gauche Yaïr Golan, a rencontré M. Jabareen.

Il est le seul dirigeant du bloc de l'opposition à appeler à une alliance avec les partis arabes, une perspective difficile à accepter pour une partie de la majorité juive, dans un contexte de polarisation extrême depuis le 7-Octobre.

Le nationaliste Avigdor Liberman s'est radicalement opposé à une telle option. M. Eisenkot a semblé l'écarter mais sans l'exclure clairement, et la position des ex-Premiers ministres Naftali Bennett et Yaïr Lapid est floue.

Lundi soir, quelques heures après l'annonce de la réunion, Benjamin Netanyahu s'est lui fendu d'un long message sur ses réseaux sociaux pour se dire "ouvert au dialogue" et appeler à la formation, sous sa direction, d'une large coalition gouvernementale.

Il a exclu qu'y participent les partis arabes, qu'il n'a cessé de cibler pendant sa campagne et après leur succès électoral, en les accusant de fraude et en les présentant comme une menace pour la survie d'Israël.

Le président Herzog doit confier à l'issue de ses consultations avec les partis, prévues mercredi et jeudi, un mandat à l'un des dirigeants élus pour tenter de former un gouvernement.

Traditionnellement, le président israélien choisit la personnalité la plus recommandée, en tenant compte du poids des différents partis, ce qui place M. Eisenkot en position de favori.