Israël intensifie ses attaques à Gaza depuis le cessez-le-feu en Iran information fournie par Reuters 13/05/2026 à 13:17
par Nidal al-Mughrabi, Maayan Lubell et Dawoud Abu Alkas
Israël a intensifié ses attaques dans la bande de Gaza au cours des cinq semaines écoulées depuis la suspension de ses frappes conjointes avec les Etats-Unis contre l'Iran, dirigeant à nouveau ses tirs vers l'enclave palestinienne dévastée où son armée soupçonne le Hamas de renforcer son emprise.
Selon le ministère de la Santé de Gaza, 120 Palestiniens, dont huit femmes et 13 enfants, ont été tués dans le territoire depuis le cessez-le-feu en Iran le 8 avril, soit 20% de plus qu'au cours des cinq semaines précédentes lorsqu'Israël bombardait l'Iran.
L'observatoire des conflits ACLED, qui recense les attaques israéliennes à Gaza, a écrit dans son rapport mensuel pour avril qu'Israël avait mené 35% d'attaques supplémentaires le mois dernier par rapport à mars.
Cette intensification des frappes israéliennes sur Gaza illustre l'enlisement du plan du président américain Donald Trump visant à mettre fin à la guerre déclenchée par les attaques du Hamas en Israël le 7 octobre 2023 et à engager la reconstruction du territoire.
"La guerre est toujours en cours", dit Lafi al Najjar, un Palestinien aveugle âgé de 36 ans dont un fils a été tué le 28 avril dans une attaque israélienne.
"Elle s'est arrêtée dans les paroles mais en réalité et sur le terrain, la guerre n'a pas cessé", ajoute cet homme dont la famille vit dans un campement de tentes au milieu des ruines de Khan Younès, autrefois la deuxième plus grande ville de Gaza.
L'armée israélienne n'a pas fourni de raisons dans l'immédiat à cette intensification. Quatre responsables de la défense israélienne ont déclaré à Reuters que l'armée avait averti le gouvernement de Benjamin Netanyahu ces dernières semaines que le Hamas renforçait son emprise sur l'enclave, reconstituait ses forces et fabriquait des armes.
Un autre responsable militaire israélien, s'exprimant sous le sceau de l'anonymat, a déclaré que le cessez-le-feu à Gaza permettait à Israël d'agir contre des menaces imminentes. Il a ajouté que l'armée était prête à tout scénario, y compris à la mise en oeuvre de plans de combat plus vastes en vue d'une reprise des hostilités à Gaza, bien qu'aucun ordre de ce type n'ait encore été donné.
PEU DE PROGRÈS VERS LA PAIX
L'accord conclu en octobre dernier a mis fin aux principaux combats à Gaza après deux ans de guerre entre Israël et le Hamas. Mais les efforts visant à parvenir à un règlement permanent qui permettrait le retrait des troupes israéliennes, le désarmement des activistes et la reconstruction de l'enclave en ruines sont au point mort.
Les forces israéliennes occupent toujours plus de la moitié du territoire de Gaza. Dans ces zones, elles ont démoli la plupart des bâtiments restants et ordonné à tous les habitants de partir.
Plus de deux millions de personnes vivent désormais sur une minuscule bande de territoire le long de la côte, principalement dans des structures endommagées ou des tentes de fortune, où les combattants du Hamas exercent un contrôle de facto.
Quelque 850 Palestiniens ont été tués lors de frappes israéliennes depuis le cessez-le-feu d'octobre, selon des chiffres qui ne font pas la distinction entre combattants et civils. Quatre soldats israéliens ont été tués par des activistes au cours de la même période. Le Hamas ne communique pas de bilan concernant les pertes dans ses rangs.
Depuis la suspension de la guerre en Iran, plusieurs frappes israéliennes à Gaza ont visé des positions tenues par les forces de police dirigées par le Hamas. Au moins 14 policiers ont été tués depuis le 14 avril, selon des responsables de la santé et de la police.
Selon Nasser Khdour, chercheur à l'ACLED, Israël a mené, au cours d'une trentaine d'incidents distincts en avril, des attaques visant le Hamas, d'autres groupes armés, des membres des forces de police, des commissariats et des postes de contrôle de sécurité.
La plupart de ces attaques ont eu lieu dans des secteurs contrôlés par le Hamas, "tandis que les bombardements, les frappes de drones et les tirs se sont poursuivis près de la (ligne d'armistice), visant des activistes et des civils, y compris des femmes et des enfants, qui s'approchaient des soldats", dit Nasser Khdour.
(Reportage Nidal al-Mughrabi au Caire, Maayan Lubell à Jérusalem et Dawoud Abu Alkas et Haseeb Alwazeer à Gaza, rédigé par Rami Ayyub, version française Bertrand Boucey, édité par Sophie Louet)